Coronavirus en Afrique centrale et de l’Ouest : le point sur les réponses à la pandémie

Formation à la prévention et au contrôle des infections dans le cadre de la pandémie de Covid-19 à Juba, au Soudan du Sud.
Formation à la prévention et au contrôle des infections dans le cadre de la pandémie de Covid-19 à Juba, au Soudan du Sud. © Gabriele François Casini/MSF

Mamady Traoré est référent régional sur les maladies infectieuses et tropicales et la réponse aux épidémies pour MSF. Il revient sur les enjeux que soulève la pandémie de Covid-19 dans les pays africains où les équipes MSF sont présentes, comme le Mali, le Burkina Faso, le Nigeria ou encore la République démocratique du Congo.

Face au coronavirus, quels sont les enjeux et les stratégies adoptées en Afrique centrale et de l’Ouest ?

 

La plupart des pays africains doivent faire face à 4 grands problèmes : le manque d’équipements de protection individuelle pour les soignants, l'insuffisance de ressources humaines qualifiées pour la prise en charge des cas sévères de Covid-19, la capacité limitée des infrastructures médicales et enfin l'insuffisance de tests pour pouvoir dépister. Tous les laboratoires qualifiés pour établir les diagnostics se trouvent dans les capitales et ils sont aujourd’hui limités en tests. Les cas rapportés en Afrique sont donc clairement sous-estimés.
 
Certains pays semblent plus touchés que d'autres, principalement l'Afrique du Sud et les pays du Maghreb : l'Algérie, le Maroc, la Tunisie. L’Afrique du Sud et le Maroc ont déjà mis en place des mesures de confinement, d’autres ont décrété l’état d’urgence et instauré un couvre-feu. Cependant une partie importante de la population africaine vit au quotidien, au jour le jour : ce qu’on gagne dans la journée sert à manger le soir, beaucoup vivent de petits boulots et n’ont pas la capacité de stocker de la nourriture pour plusieurs jours.
 
En terme de réponse à la pandémie, les stratégies varient en fonction des pays. Le Sénégal a par exemple mis en place une stratégie centralisée, où les cas positifs au Covid présentant des formes peu graves sont isolés de façon systématique. En plus de cela, les cas suspects et les personnes ayant été en contact avec des cas positifs sont également mis en isolement. L'Etat a réquisitionné quelques hôtels, cela fait plus de 600 lits disponibles pour isoler les contacts et les cas suspects. Les autres cas positifs identifiés se trouvent dans les hôpitaux.

Nigeria - Malaria in Borno state
Camp de personnes déplacées de Bama dans le Borno, au Nigéria. © Scott Hamilton/MSF

D'autres pays ont opté pour une stratégie décentralisée : les cas positifs, qui ont des symptômes mineurs font de l'auto-isolement, c’est-à-dire qu’ils s'isolent chez eux, comme au Nigeria par exemple. Les cas modérés et sévères sont sous oxygénothérapie ou avec une ventilation mécanique pour les cas critiques, dans des unités de soins dédiés.
 
Je ne suis pas certain que le confinement soit une stratégie adaptée pour l'Afrique subsaharienne. Je pense que les mesures barrières, la distanciation sociale, le respect des mesures sanitaires sont plus adaptés dans le contexte africain, plutôt que de faire un “copier/coller” du modèle européen avec un confinement total.

 

Quelle est la situation dans des pays particulièrement fragilisés ou éprouvés par des conflits ?

 

Les pays où la situation m'inquiète particulièrement sont le Burkina Faso, le Nord-Est du Nigeria, le Niger, le Mali, où il y a beaucoup de personnes déplacées. Une pandémie de coronavirus dans des camps de déplacés, comme par exemple dans le Borno au Nigeria ou au Burkina, risque d'être catastrophique parce que ces personnes sont vulnérables et vivent déjà dans des conditions de précarité extrême, parfois entre 8 à 10 personnes sous une tente et avec un accès à l’eau plus que réduit. Dans ces conditions, c’est impossible de se laver fréquemment les mains ou de respecter la distanciation sociale.
 
L’autre problème, ce sont les zones difficilement accessibles. Au centre du Mali et dans le nord du Burkina Faso par exemple, la situation sécuritaire s'est dégradée depuis l’an dernier, et nos équipes ont des difficultés à s'y rendre. Pour l'instant, ces zones paraissent épargnées par le Covid-19, on peut supposer que la difficulté d'accès fait que les gens ne s’y déplacent pas et qu'elles sont de fait pour l’instant protégées. Mais qu'adviendrait-il des personnes y vivant loin de tout établissement de santé, si elles venaient à être infectées par le virus ?

Au Burkina Faso voisin, on compte plus de 840 000 déplacés internes. Dans le nord du pays, le pic annuel de paludisme et de malnutrition va arriver dans les prochains mois, avec un impact sur la santé et la mortalité au sein de ces populations déjà vulnérables. Et là-aussi, il y a des zones inaccessibles où il est difficile de répondre et de savoir ce qu’il se passe. Les équipes MSF ont notamment mis en place un centre de traitement du Covid-19 à Bobo-Dioulasso, le deuxième foyer le plus important de coronavirus situé dans l’ouest du Burkina Faso.
 
En République démocratique du Congo, les enjeux sont aussi sécuritaires dans un pays fragilisé par la violence et les conflits armés, surtout dans l'est du pays avec la présence de groupes armés. Le système de santé est déjà mis à l’épreuve et fait face aux épidémies de rougeole et d’Ebola, il pourrait être complètement miné par cette pandémie. On se prépare en tant qu'acteur humanitaire pour appuyer les autorités congolaises, on soutient à Kinshasa l’un des six hôpitaux identifiés par le ministère de la Santé pour prendre en charge les cas de Covid-19.
 
Dans ces contextes instables, il faut pourtant tout faire pour protéger le personnel soignant et ceux en première ligne tout en maintenant à la fois l’accès aux soins des patients souffrant de pathologies plus létales que le Covid-19 et celui des personnes affectées par le coronavirus.

Hôpital du Point G à Bamako, au Mali, où MSF accompagne les patients atteints de cancer et soutient une unité Covid-19.
 © MSF/Mohammad Ghannam
Hôpital du Point G à Bamako, au Mali, où MSF accompagne les patients atteints de cancer et soutient une unité Covid-19. © MSF/Mohammad Ghannam

Quel est l’impact de la pandémie sur les actions que MSF menait avant en Afrique ?

 

Je suis inquiet par rapport au pic de paludisme qui va arriver avec la saison des pluies et la malnutrition. Comment les absorber dans un contexte de pandémie ? A l’heure actuelle, on travaille pour pouvoir maintenir nos activités non seulement sur le paludisme et la malnutrition, mais aussi les activités de vaccination. Nos équipes font face à des difficultés en termes d'importation de médicaments et de stocks limités sur place. La fermeture des frontières ne nous facilite pas la tâche, il est impératif de négocier des couloirs humanitaires afin de maintenir nos projets réguliers mais aussi soutenir les autorités sanitaires dans la réponse à la pandémie.
 
Par exemple, pour la chimioprévention du paludisme saisonnier, on doit administrer le traitement quatre fois pour qu’il soit efficace : dans certains pays, on a reçu uniquement de quoi réaliser un seul des quatre passages nécessaires pour lutter contre le paludisme.

Au Mali, on prend en charge les personnes atteintes de cancer dans un hôpital de Bamako. Ce sont des personnes fragiles, qui ont un système immunitaire affaibli et qui doivent continuer à être soignées et davantage protégées. Les équipes ont suspendu les consultations ambulatoires en soins palliatifs et font désormais les soins à domicile, pour éviter qu’elles soient exposées au risque d’être infectées par le coronavirus. Ce sont des équipes mobiles qui se déplacent avec tout le matériel nécessaire pour les soigner.
 
En RDC, le projet d'urgence de réponse à l'épidémie de rougeole dans l'ex-Katanga est aujourd’hui suspendu. Un autre projet qui prend en charge les victimes de violences sexuelles est aussi à l’arrêt en attendant de voir l'évolution de la situation. On est davantage focalisés sur la préparation à la réponse au Covid-19 avec les autorités sanitaires. La pandémie nécessite beaucoup de ressources humaines et matérielles. Avec la fermeture de toutes les frontières, les autres activités sont difficiles à maintenir.

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