Récit de réfugiés - Des Syriens tiraillés entre l’Orient et l’Occident

Une famille de réfugiés syriens vivant à Istanbul en Turquie. Mai 2013
Une famille de réfugiés syriens vivant à Istanbul, en Turquie. Mai 2013 ©Anna Surinyach/MSF

Istanbul abrite une communauté provenant de Syrie qui ne cesse d’augmenter, tiraillée entre l’envie de revenir dans son pays une fois la guerre terminée et l’envie de prendre la route pour l’Europe.

Assis à gauche, se trouve Yaman. Il a 12 ans, il est calme, et c’est un fervent supporter du club de football du Real Madrid. Il a fui la Syrie et vit actuellement avec sa famille dans un sous-sol à Istanbul, au nord-ouest de la Turquie. Il pense souvent à sa ville natale, Al Kisswah, qui se trouve dans la banlieue de Damas, et il veut retourner dans son pays une fois la guerre terminée. Quand il sera grand, il voudrait être mathématicien.    

Assis à droite, se trouve Yanal, un an de moins que son frère. Il aime être le centre d’attention et ses héros sont les attaquants du F. C. Barcelone. Il rêve de laisser la Syrie et la Turquie derrière lui et de s’installer dans une capitale européenne. Yanal veut être journaliste.

Même au sein d’une famille, il existe des tensions entre ceux qui souhaitent rentrer chez eux et ceux qui veulent découvrir de nouveaux horizons. Au milieu se trouve le père, Hassan Nasser : « Si nous partons, nous le ferons légalement, dit-il avec fermeté. Beaucoup de Syriens entrent en Europe de façon illégale, grâce à des passeurs, mais c’est très dangereux. Ma famille ne le fera pas. Si nous allons en Europe, il faut que nos papiers soient en règle. »

Hassan se tord sur le divan lorsque la douleur de son dos se réveille. Il a été impliqué dans les premières protestations en Syrie en mars 2011. Peu après, les forces de sécurité sont arrivées chez lui pour l’arrêter. Hassan a sauté du troisième étage par une fenêtre et s’est blessé au dos.  Un an plus tard, lui et sa famille sont partis en Turquie. On ne sait pas encore s’il aura besoin d’être opéré. « Si j’ai la chance d’aller en Europe pour être soigné, j’irai, dit-il. J’aimerais pouvoir le faire. » Mais le plus fervent désir d’Hassan est de rentrer chez lui lorsque l’effusion de sang aura pris fin.

Des milliers de migrants et de réfugiés du monde entier se sont installés à Istanbul. Ils sont nombreux à avoir fui leur pays en proie aux conflits tels que l’Afghanistan, l’Iraq ou la République démocratique du Congo. Le dernier pays à avoir rejoint cette liste est la Syrie. La plupart des personnes qui ont échappé aux bombes qui sont lâchées en Syrie vivent dans des camps de réfugiés qui se trouvent le long de la frontière turque avec la Syrie, mais un nombre de plus en plus grand de migrants se rend à Istanbul. 

« La plupart des syriens que nous avons rencontrés attendent à Istanbul car ils ont les moyens financiers de le faire, indique Ghassan Abou Chaar, le coordinateur de MSF à Istanbul. La plupart des personnes que nous prenons en charge dans notre programme de soins psychologiques a fui la guerre. Il existe une crainte chez ces personnes – plus enclines à la paranoïa – lorsqu’il s’agit de parler avec les organisations internationales ou à la population turque, et elles vivent en quelque sorte repliées sur elles-mêmes. Elles ont peur d’être identifiées et d’être déportées hors d’Istanbul. »

Hassan est incapable de travailler à cause de sa blessure dans le dos. Les médecins ont discuté pendant des mois au sujet de l’opération de l’une des vertèbres qui pourrait le soulager. Pendant ce temps, ses ressources financières se tarissent. Avant la guerre, Hassan était propriétaire d’une boutique de vêtements dans sa ville natale et se trouvait dans une bonne situation économique. Puis le conflit a commencé. « Nous avons tout perdu, dit Hassan. D’un seul coup, je n’ai plus eu de clients, pas un seul. Dans ma région, au début de la révolution, même les gens qui avaient un niveau de vie en-dessous de la moyenne pouvaient au moins survivre, mais par la suite, beaucoup d’entre eux se sont retrouvés sans rien pour vivre et ils ont dus être aidés par les organismes de bienfaisance. »  

Des histoires comme celle d’Hassan montrent que des familles qui se trouvaient dans une situation aisée vivent à présent des moments difficiles. Kemal Zori, un kurde Syrien, a également vu fondre littéralement sa fortune. Il était propriétaire d’un restaurant à Damas et sa famille vivait confortablement, mais ils se sont sentis discriminés en tant que membres de la communauté kurde. « Nous nous sentions tout en bas de l’échelle sociale, » dit-il. Bien que Kemal n’ait pas directement été touché par la violence, ses deux fils ont été appelés pour rejoindre l’armée de Bachar Al Assad, et la famille a décidé de s’enfuir. « Qui allait se battre ? », demande t-il avec ironie.

Kemal admet qu’il regrette sa vie d’avant la guerre. Un de ses frères joue du luth pour essayer d’encourager les uns et les autres. Ils attendent pour diner dans un appartement spacieux dans la zone de Kanarya, dans la banlieue d’Istanbul. La situation de sa famille n’est pas désespérée mais il signale que l’incertitude quand à l’avenir que ressentent tous les réfugiés est bien là. « L’idée de l’Europe n’est pas dans mon esprit, explique t-il, nous allons rester ici, nous n’avons pas le choix. »

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