Papouasie-Nouvelle-Guinée : face au cancer, l’impossible accès aux soins
Le cancer s’impose comme un défi sanitaire majeur et silencieux en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Face à une progression fulgurante de la maladie et un système médical peu préparé, de nombreux patients sont pris en charge lorsqu’il est déjà trop tard. Médecins Sans Frontières (MSF) déploie une réponse médicale indispensable pour renforcer le diagnostic, former les équipes et redonner leur dignité aux malades en fin de vie.
Des barrières d'accès aux soins et un diagnostic tardif des cancers
« De profondes disparités dans la richesse individuelle et l'accès aux ressources médicales signifient qu'une infime partie de la population peut bénéficier d'un traitement précoce », explique Robert Keango, chef de mission pour MSF en Papouasie-Nouvelle-Guinée. « Souvent, la décision de se faire soigner dépend d'abord de la volonté d'une famille de dépasser des croyances associant la maladie à la sorcellerie, puis de sa capacité à financer le transport vers une structure de santé. À leur arrivée, les patients font face à une pénurie de spécialistes ainsi qu'à des options de dépistage et de traitement limitées. Résultat, la plupart des patients consultent beaucoup trop tard. »
Le nombre de cas de cancer devrait augmenter de plus de 30 % d'ici 2030, selon les projections de l'Agence internationale de recherche sur le cancer (IARC) et de GLOBOCAN :
- En 2022, environ 7 200 décès liés au cancer ont été enregistrés ;
- Les estimations prévoient près de 16 506 nouveaux cas par an d'ici 2030.
Ces chiffres sont toutefois jugés en deçà de la réalité, de nombreux cas n'étant ni diagnostiqués ni répertoriés.
Le manque d'infrastructures de santé et l'urgence des soins palliatifs
Seuls deux établissements hospitaliers à l'échelle du pays proposent certains services oncologiques spécifiques. L'accès à la chirurgie reste restreint, l'approvisionnement en chimiothérapie est irrégulier et l'offre en radiothérapie demeure très limitée.
« En Papouasie-Nouvelle-Guinée, recevoir un diagnostic de cancer signifie souvent endurer la douleur, l'incertitude et se débattre avec un système de santé insuffisamment préparé », explique Ivo Juliao, coordinateur de l'Initiative Cancer de MSF dans la province de Morobe.
L’hôpital provincial ANGAU Memorial, situé à Lae, la deuxième ville du pays, est le seul centre de référence national pour le cancer. En raison de diagnostics trop tardifs, on estime que 80 à 90 % des patients qui y sont accueillis nécessitent des soins de fin de vie.
« Quand on m’a diagnostiqué un cancer du sein, il était déjà à un stade avancé, et on a dû m’enlever les deux seins », a déclaré une patiente.
Face à la souffrance des malades : le besoin crucial d'un accompagnement en fin de vie
En l'absence de services de soins palliatifs structurés, de nombreux malades traversent cette période de vulnérabilité dans une grande souffrance physique et psychologique (douleurs prolongées, difficultés respiratoires, anxiété, perte de dignité), tandis que les familles se retrouvent démunies, sans outils pour les soulager.
« Les soins palliatifs ne se résument pas à la gestion des symptômes de fin de vie », précise Owen Mgawi, responsable des activités infirmières pour MSF dans la province de Morobe. « Il s'agit d'améliorer la qualité de vie, de soulager la souffrance et de restaurer la dignité des patients et de leurs familles. »
Pour un accès gratuit à des soins oncologiques complets : l’action de MSF
Pour combler ces lacunes, MSF a lancé en septembre 2025 l'Initiative Cancer de Morobe, en étroite collaboration avec les autorités sanitaires locales.
Basé à l'hôpital ANGAU Memorial, ce projet à long terme vise à renforcer la continuité des soins oncologiques dans la province de Morobe en soutenant le développement du système de santé. L'objectif est également d'intégrer pleinement les soins palliatifs dans le parcours de traitement du cancer, en offrant aux patients un accès à des services gratuits et complets.
Le renforcement des compétences infirmières en première ligne
Un axe majeur du projet repose sur le développement des compétences du personnel infirmier, qui assure une présence continue auprès des malades.
MSF dispense des formations théoriques et pratiques axées sur :
- Les principes fondamentaux des soins palliatifs et l'utilisation d'outils d'évaluation de la douleur.
- La gestion des plaies tumorales et des symptômes physiques.
- L'accompagnement psychosocial et spirituel des patients, pour identifier et orienter les sentiments d'isolement ou de détresse vers des travailleurs sociaux.
- L'éducation thérapeutique des familles, afin de leur enseigner la gestion sécurisée des médicaments à domicile.
Le renforcement des compétences techniques et humaines permet d'amorcer une transformation durable au sein de l'unité de soins palliatifs de l'hôpital ANGAU. « Lorsque les gens sont gravement malades, certains commencent à percevoir leur maladie comme une punition ou comme un abandon de Dieu », explique Owen. « Reconnaître ces sentiments et orienter les patients vers le soutien approprié est essentiel aux soins palliatifs. » Aujourd’hui, les patients sont plus réceptifs et les infirmières affirment prodiguer des soins avec plus de compassion et de clarté.