Pakistan : les réfugiés Afghans menacés par l’arrivée de l’hiver et la hausse des expulsions

Un centre de santé maternelle et infantile à Quetta, au Baloutchistan, Pakistan, 2020.
Un centre de santé maternelle et infantile à Quetta, au Baloutchistan, Pakistan, 2020. © Nasir Ghafoor/MSF

Depuis la fin des années 1970, le Pakistan accueille des millions de réfugiés afghans. Au cours des quarante dernières années, beaucoup ont fui les conflits, les persécutions et l'instabilité en Afghanistan. Cependant, depuis novembre 2023, le gouvernement pakistanais met en œuvre le Plan de rapatriement des étrangers en situation irrégulière (IFRP), qui touche principalement les Afghans. La détérioration de leurs conditions de vies et la crainte d'être arrêtés mettent en danger cette importante population de réfugiés. 

La déportation massive de réfugiés afghans du Pakistan est devenue une crise humanitaire catastrophique, aggravant les souffrances d'une communauté déjà vulnérable. Ces déportations laissent de nombreuses personnes sans abri dans des camps de détention où les installations, les soins de santé et les moyens de survie sont rares, voire inexistants. La peur d'être arrêtés entraîne des complications pour les femmes enceintes, l’absence de prise en charge des malades et le refus de soins médicaux en raison du manque de documents. 

« Ma femme était enceinte de trois mois lorsque la police m'a arrêté pour la première fois. Cette nuit-là, elle a été terrifiée et bouleversée », raconte un réfugié afghan. « Lorsque j'ai été libéré et que je suis rentré à la maison le lendemain, elle était toujours bouleversée. Elle m'a dit qu'elle avait commencé à saigner abondamment à cause du stress. Je l'ai emmenée d'urgence chez le médecin, mais il était trop tard. Ma femme avait déjà fait une fausse couche. » Il a ensuite été de nouveau arrêté, avec sa femme, puis contraint de retourner en Afghanistan. 

La campagne d'expulsion en cours au Pakistan a d'abord visé les Afghans sans papiers, avant d'être étendue aux titulaires de la carte de citoyen afghan (ACC), une protection précédemment accordée par le gouvernement pakistanais qui permettait aux citoyens afghans de rester dans le pays. Plus récemment, les Afghans titulaires d'une carte de preuve d'enregistrement (PoR), qui avaient obtenu un séjour légal temporaire du gouvernement pakistanais, en collaboration avec les Nations unies, ont également fait l'objet d'un rapatriement forcé. 

Selon l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés, en octobre 2025, on estimait à plus de 2,18 millions le nombre d'Afghans vivant au Pakistan, dont beaucoup étaient nés au Pakistan ou avaient passé la majeure partie de leur vie dans ce pays. 

La recrudescence des expulsions depuis le mois de septembre, qui coïncide avec l'arrivée de l'hiver, a fortement aggravé la situation des réfugiés, car cette politique oblige tous les Afghans à retourner dans leur pays, quel que soit leur statut. 

« Ma famille et moi sommes exposés au froid quotidiennement. Nous n'avons rien pour nous réchauffer. J'ai peur de l'expulsion. Si nous sommes contraints de retourner en Afghanistan, les difficultés seront deux fois plus grandes. J'ai peur pour ma femme et mes enfants », confie un réfugié qui, par crainte, ne sort pas pour aller travailler. Il souffre de l'exposition au froid, aggravée par le coût élevé du chauffage et des conditions de logement inadéquates. « Nous nous couchons souvent le ventre vide », raconte un autre réfugié afghan. « La dernière fois, je n'avais rien à manger à la maison. Un voisin est allé au marché et m'a acheté de la nourriture. Il arrive parfois que mes enfants et moi n'ayons rien à manger le soir. » 

Les équipes médicales de MSF constatent clairement que pour les communautés vulnérables, l'hiver peut être mortel. Les températures glaciales augmentent considérablement le nombre de maladies et de décès, en particulier chez les enfants souffrant de malnutrition. L'exposition au froid oblige le corps à brûler plus de calories pour survivre, mais les enfants mal nourris n'ont pas les réserves nécessaires pour se réchauffer. Leur état se détériore rapidement. Leur immunité s'affaiblit, rendant les infections respiratoires à la fois courantes et dangereuses, et les maladies bénignes peuvent rapidement devenir mortelles.  

En novembre, un bébé dans un état critique a été amené au centre de MSF au Baloutchistan, près de la frontière avec l'Afghanistan. La famille avait été orientée vers ce centre depuis un centre de détention. « Je me suis approché et j'ai vu le bébé ; il haletait. C'étaient ses derniers instants. Je n'avais jamais vu les derniers instants d'une personne auparavant. » détaille un travailleur MSF. 

Le bébé n'avait que cinq mois et avait souffert toute la nuit. « Il faisait très froid. Dans le centre de détention, il n'y a ni sanitaires, ni eau potable, ni nourriture, ce qui expose les réfugiés aux conditions les plus difficiles », explique un travailleur humanitaire du centre de détention.  

La famille s'était occupée du bébé toute la nuit, car il n'y avait pas de services de santé disponibles et une consultation médicale n'était possible que le matin, lorsqu'une organisation humanitaire commençait à fournir des services de base. « Ces conditions sont insupportables. Personne ne devrait avoir à les endurer. En tant qu'être humain, je comprends leur situation. Je ressens leur douleur. La nuit, je ne peux pas me passer d'un chauffage, mais eux n'ont pas de chauffage toutes les nuits. » 

L'hiver étant déjà installé, les réfugiés ont d’autant plus besoin de couvertures et de fournitures pour affronter le froid. Les centres de détention manquent souvent d’eau, d’installations sanitaires, et les personnes qui y sont détenues ne reçoivent pas toujours deux repas par jour, les stocks alimentaires étant souvent trop faibles. Les réfugiés étant confrontés à des obstacles pour obtenir les soins médicaux nécessaires, le besoin d'une aide humanitaire immédiate n'a jamais été aussi urgent. 

Les problèmes de santé, tant physiques que psychologiques, augmentent les risques pour la santé et la survie, contribuant à des taux de mortalité plus élevés. 

Les réfugiés sont hantés par l'incertitude de leur avenir et l'expérience traumatisante d'avoir été contraints de quitter leur foyer et leurs moyens de subsistance. Le harcèlement, les détentions arbitraires et les séparations familiales compliquent encore la situation. « Nous avons travaillé avec le gouvernement précédent en Afghanistan dans la police et l'armée », raconte un réfugié, qui a été arrêté à plusieurs reprises par les autorités qui lui ont demandé son nom. « Maintenant, j'ai peur que le gouvernement pakistanais m'arrête. Si je retourne en Afghanistan, je serai tué. » 

De l’autre côté de la frontière, selon l'évaluation réalisée par l'équipe de MSF en Afghanistan, à l'est de la ville de Kandahar, les rapatriés sont confrontés à des conditions difficiles dans les abris de fortune. L'accès à l'eau potable est limité, les installations sanitaires sont quasi inexistantes et les enfants sont exposés à des risques accrus d'infections respiratoires, de rougeole et de diarrhée.  

L'absence d'un système de santé adéquat en Afghanistan, en particulier pour les femmes, ne fait qu'aggraver leur situation. « Ma femme souffre d'hypertension. J'ai été choqué quand j'ai entendu parler de ce processus de rapatriement des réfugiés afghans. Je pensais à ma femme enceinte et à mes enfants », raconte un autre réfugié afghan. Il était arrivé au Pakistan il y a 35 ans à cause des guerres et s'y était installé. Quatre de ses enfants sont morts à la suite de fausses couches, et sa femme est aujourd'hui enceinte de six mois. 

Depuis des décennies, le Pakistan offre refuge à des millions d'Afghans fuyant les conflits et les persécutions. Beaucoup n'ont connu aucun autre foyer. Leur retour ne doit pas être forcé ou précipité, mais effectué uniquement sur une base volontaire, sûre et digne, avec suffisamment de temps et la possibilité d'emporter leurs biens afin que les familles puissent reconstruire leur vie. 

« Des vies sont en jeu. Les familles afghanes sont contraintes de choisir entre vivre dans la crainte d'être expulsées et le danger qui les attend à leur retour. Le Pakistan doit veiller à ce que personne ne soit renvoyé dans une situation dangereuse, et la communauté internationale doit renforcer de toute urgence son aide humanitaire et sa protection », déclare Xu Weibing, chef de mission de MSF au Pakistan. « Il est essentiel de mobiliser l'aide humanitaire afin d'apporter une aide immédiate aux réfugiés afghans vivant au sein des communautés locales et aux personnes qui sont expulsées, en veillant à ce que les personnes touchées aient accès à la nourriture, à un abri et aux services essentiels. Parallèlement, la question des retours forcés doit être abordée, en mettant l'accent sur la réinstallation en toute sécurité dans des pays tiers et la protection des groupes vulnérables contre de nouveaux préjudices. La sécurité, la dignité et l'humanité ne sont pas facultatives. » 

 

Notes

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