Mossoul, Irak : « Nous avons fait tout ce que nous avons pu, mais parfois cela ne suffit pas »

Depuis son ouverture le 19 février cet hôpital situé au sud de Mossoul a reçu plus de 915 patients.
Depuis son ouverture le 19 février, cet hôpital situé au sud de Mossoul a reçu plus de 915 patients. ©MSF

Le 19 février, une offensive a été lancée sur les quartiers Ouest de Mossoul, dans le nord de l’Irak, forçant des dizaines de milliers de personnes à prendre la fuite. Le même jour, MSF a ouvert un hôpital de traumatologie sur le terrain doté de capacités chirurgicales, dans un village au sud de Mossoul.

Ce nouvel hôpital dispose de deux salles d’opération, d’une unité de soins intensifs, d’une salle d’urgence, d’un service d’hospitalisation et d’autres installations de soutien. L’équipe de MSF travaillant au sein de cet hôpital se compose principalement de chirurgiens, de médecins et d’infirmiers irakiens, et ne peut prendre en charge que les cas les plus graves, appelés « cas rouges » ; les cas moins urgents sont transférés vers d’autres hôpitaux plus éloignés.

Depuis son ouverture, la structure a reçu plus de 915 patients. Parmi eux, 763 souffraient de traumatismes liés à la guerre, dont 190 étaient considérés comme des cas « rouges » nécessitant une intervention d’urgence, et 421 comme des cas « jaunes » dont l’état a pu être stabilisé avant d’être transférés vers un autre hôpital de la région. Plus de la moitié des blessés étaient des femmes (241 patients) et des enfants de moins de quinze ans (240 patients).

DECRYPTAGE / Comment prendre en charge un afflux de blessés dans un hôpital?

Le Dr. Ahmed* est un chirurgien orthopédique irakien travaillant pour MSF depuis 2008. Il a été déployé depuis mi-février dans l’hôpital de traumatologie de terrain de MSF, à quelques kilomètres au sud de Mossoul :

« Hier matin, nous avons reçu une famille de quatre : la mère, le père et leurs deux garçons. Ils avaient tous été blessés par un tir de mortier. La mère et le père étaient déjà décédés lorsqu’ils sont arrivés à l’hôpital, donc nous avons concentré tous nos efforts sur les deux frères. Toutefois, la blessure au visage du plus jeune était si grave qu’il est lui aussi décédé ; nous sommes seulement parvenus à sauver l’aîné, âgé de neuf ans. Je me demande comment il a pu survivre, et comment il fera pour rester en vie par la suite. De toute sa famille, il est le seul survivant.

Puis, hier après-midi, nous avons reçu un autre garçon, cette fois âgé de dix ans. Il est arrivé avec la jambe gauche presque complètement amputée par un tir de mortier. Nous l’avons directement transféré à la salle d’opération, mais il avait déjà perdu beaucoup de sang sur le chemin vers l’hôpital. Pendant deux heures, nous avons procédé à une intervention orthopédique, puis mon collègue a effectué une laparotomie pendant une heure, mais le garçon est décédé durant la nuit suivante.

Nous avons fait tout ce que nous avons pu, mais parfois cela ne suffit pas. Si je pouvais, je prendrais une photo de chaque patient soigné pour raconter leur histoire et m’assurer qu’ils ne soient pas oubliés. Ici, je n’opère que les cas rouges, mais j’aimerais pouvoir en faire davantage. J’aimerais également suivre les cas jaunes, ceux que nous transférons vers d’autres structures. J’aimerais prendre soin d’eux, faire tout mon possible pour aider ces personnes qui subissent de terribles souffrances. »

* Le nom a été modifié
 


Les activités de MSF en Irak

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