L'histoire d'Ameer, réfugié syrien : "quel genre d'avenir nous attend, mes enfants et moi?"

Des familles viennent consulter à l'hôpital MSF du camp de Zaatari.
Des familles viennent consulter à l'hôpital MSF du camp de Zaatari. ©Enass Abu Khalaf-Tuffaha/MSF

Ameer est un bébé âgé de 9 mois, né dans le gouvernorat de Deraa, en Syrie. Il est arrivé dans le camp de Zaatari, en Jordanie, le 2 avril 2013, avec ses parents, une sœur âgée de 4 ans et un frère de 2 ans. Peu après son arrivée, Ameer a été transporté à l'hôpital pédiatrique de MSF, souffrant d'une infection sévère à la gorge et à l'œil, entraînant une forte fièvre.

Le père - qui préfère ne pas donner son vrai nom en raison de menaces à l'intérieur de la Syrie - raconte qu'ils ont été poussés à quitter leur pays quand les attentats à la bombe sont devenus très intensifs. Il lui était devenu impossible de mettre en péril la sécurité de sa femme et de ses enfants en y restant plus longtemps.

« Nous avons traversé la frontière vers la Jordanie pendant la nuit, en laissant tout derrière nous, des membres de la famille, nos biens, toute notre vie ! Je n’arrêtais pas de me poser des tas de questions le long du chemin vers le point de passage : "Allons-nous revenir en Syrie? Combien de temps allons-nous rester en Jordanie? Quel genre d'avenir nous attend, mes enfants et moi ?" Et des dizaines et des dizaines d’autres questions auxquelles je ne pouvais pas trouver des réponses », raconte le père d’Ameer.

Après un voyage de 8 heures à partir de Deraa jusqu’à la frontière jordanienne, nous sommes arrivés au point d'accueil des réfugiés et nous avons été reçus par l'armée jordanienne. Ils nous ont donné de l’eau et des couvertures et nous avons pris un bus pour le camp de réfugiés de Zaatari.

Avant de quitter la Syrie, nous savions que le camp Zaatari était immense, mais c'est vraiment différent de le voir de ses propres yeux. Ma femme et moi avons été surpris de sa taille ! En termes de population, c'est encore plus grand que Deraa.

Les conditions de vie sont très difficiles dans le camp. La première nuit, dans la petite tente, ma fille de 4 ans n’a pas arrêté de pleurer. Elle disait : « il fait très froid ici, je veux rentrer chez moi ! » Je ne savais pas quoi lui dire. On nous a donné des couvertures en fonction du nombre de membres de la famille et je n'ai pas pu en obtenir de supplémentaires. J'ai enlevé ma veste et ai couvert son petit corps jusqu'à ce qu'elle s’endorme. Notre première nuit à Zaatari a été très difficile. Maintenant, nous nous sommes adaptés.

Quelques jours après notre arrivée, mon fils Ameer est tombé malade. L'accès aux services de santé dans le camp est très difficile, vous devez patienter des heures dans les longues files d’attente et l'examen médical est très basique et rapide. Dans un autre hôpital, j'ai attendu deux heures et demie avant qu’une infirmière n’examine mon fils.

Ameer a finalement dû être hospitalisé parce qu'il n'a pas reçu les soins appropriés à un stade précoce de sa maladie, c'est pour cela que nous sommes arrivés à l'hôpital MSF. Ameer va maintenant beaucoup mieux et il peut avaler un peu de lait. Le médecin MSF m’a dit qu'il sera rétabli à la fin de son traitement.

Mon père m'a appelé de Deraa il y a quelques heures pour me dire qu’il avait identifié une zone sûre et sécurisée à proximité du village où nous vivons. Donc, je prévois d’y retourner dès que mon fils est rétabli.

Nous avons quitté la Syrie en quête de sécurité pour nos enfants et pour fuir les bombardements. Mais s'ils tombent malades à cause de la poussière et du froid à l'intérieur du camp, à quoi ça sert de rester ici ? Il est préférable de rentrer à la maison. »

Dossier Urgence Syrie

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