Iran : dépression, drogue, prostitution, la spirale qui emprisonne Mahbubeh

Salle d'attente de la clinique MSF à Darvazeh Ghar un quartier du sud de Téhéran
Salle d'attente de la clinique MSF à Darvazeh Ghar, un quartier du sud de Téhéran ©MSF

Mahbubeh a 49 ans, elle est iranienne et suivie par l’équipe médico-sociale de MSF à Téhéran, en Iran. Au début de la révolution islamique, elle a été arrêtée en compagnie d’un homme. C’était un simple rendez-vous mais ils ont été forcés à se marier. C’est alors que la vie de Mahbubeh a basculé.

Toxicomane, son mari passait beaucoup de temps à la maison avec des amis. Il a commis quelques larcins et a même revendu de la drogue. Elle avait perdu son père au début de son mariage, sa famille vivait très loin, elle n’avait aucun soutien et son mari refusait de divorcer. Et puis Mahbubeh s’est rendue compte qu’elle était enceinte et s’est résignée.

Un jour, elle est tombée malade. Une infection sévère qui la faisait beaucoup souffrir. C’est comme ça que ça a commencé. Son mari lui a proposé de l’opium pour soulager la douleur. Progressivement, elle s’est habituée à en consommer pour ne plus avoir mal. Ses problèmes conjugaux ont empiré et ils se sont finalement séparés. En cas de divorce, la loi iranienne réserve la garde des enfants au père. Elle est donc rentrée seule chez ses parents.

Arrachée à ses enfants, Mahbubeh a sombré dans une profonde dépression. Remariée à un autre homme toxicomane, elle a commencé à prendre de l’héroïne. « Tu te sentiras planer plus longtemps », lui disait l’un de ses voisins. Elle se sentait coupable vis-à-vis de ses enfants, « je suis comme de la mauvaise herbe dans un jardin ». Un jour, elle a surpris son mari avec une autre femme et s’est jetée par la fenêtre. Trois vertèbres brisées. « La mort vaut mieux que la vie que j’ai devant moi ».

Sa machine à coudre lui permet de gagner un peu d’argent, mais c’est insuffisant pour payer le loyer. Elle ne voit pas d’autres solutions que de se prostituer. « Personne ne sait ce que les femmes comme moi vivent après 16h, une fois que les portes des centres sociaux ou des cliniques sont fermées ». Qui lui donnerait un travail si elle arrêtait de se droguer ? « Quand une femme comme moi essaie de sortir de la dépendance, elle fait face à un monde où il n’y a pas de place pour elle ». Pas d’argent, pas de travail, pas de soutien. Elle déprime et la dépression la replonge dans la dépendance.


MSF vient de mettre en place un suivi social et psychiatrique au sein de la clinique de soins de santé materno-infantile ouverte en avril 2012 dans le sud de Téhéran. 13 patientes ont bénéficié de consultations psy en Septembre, et 97 ont été orientées vers les centres sociaux partenaires de MSF dans le quartier. 

À lire aussi