Incendie dans le camp de Moria en Grèce : le résultat de cinq ans de traitements inhumains

L'incendie du camp de Moria, sur l'île grecque de Lesbos, dans la nuit du 8 au 9 septembre 2020.
L'incendie du camp de Moria, sur l'île grecque de Lesbos, dans la nuit du 8 au 9 septembre 2020. © MSF

Dans la nuit du 8 au 9 septembre, plusieurs incendies ont éclaté dans le camp de réfugiés de Moria, sur l'île grecque de Lesbos, forçant plus de 12 000 personnes à évacuer les lieux. Elles n'ont pour le moment été orientées vers aucun endroit sûr et celles qui voulaient rejoindre la ville de Mytilène ont été bloquées par les forces de l’ordre. Les équipes MSF, présentes sur l'île depuis 2015 pour leur porter assistance, s'organisent pour répondre à l'urgence.

« Nos équipes ont vu le feu se propager à travers le camp toute la nuit. Tout était en feu. Nous avons vu les personnes fuir massivement les flammes, sans savoir où aller. Les enfants sont effrayés et les parents en état de choc. Nous sommes soulagés car il ne semble pas y avoir de victimes. Nous travaillons maintenant en priorité sur les besoins des personnes qui habitaient le camp », déclare Marco Sandrone, coordinateur terrain MSF à Lesbos.

Incendie du camp de Moria, au petit matin, le 9 septembre 2020.

 
 © /MSF
Incendie du camp de Moria, au petit matin, le 9 septembre 2020.   © /MSF

Ces dernières années, des tensions ont régulièrement éclaté dans le camp, exacerbées durant les cinq derniers mois par les mesures de prévention et de contrôle des infections liées au coronavirus, inapplicables en raison de la surpopulation. Les départs d’incendies ont eu lieu alors que certains réfugiés protestaient contre les conditions de confinement qui étaient mises en place. 

En effet, les autorités grecques avaient récemment renforcé les mesures de confinement et avaient radicalement restreint les possibilités de déplacement des habitants dans le camp, après la découverte de cas positifs à la Covid-19. MSF avait alerté les autorités des conséquences dangereuses que pouvaient avoir de telles mesures.

« Comment les autorités grecques pouvaient-elles garder 12 000 personnes piégées dans ces conditions inhumaines ? Elles devaient faire la queue tous les jours pour recevoir de la nourriture, explique Aurélie Ponthieu, conseillère en affaires humanitaires pour MSF. Il n'y a aucun doute quant à la cause de cet incendie : il est le résultat de plusieurs années de souffrances et de violences humaines produites par les politiques migratoires européennes et grecques. »

Tous les services médicaux disponibles pour les personnes exilées qui habitaient Moria ont été temporairement suspendus, dont la clinique pédiatrique de MSF.

MSF alerte les responsables européens sur les conditions de vie inhumaines dans le camp depuis des années, sans que les États membres n'assument leur responsabilité face à cette situation. L'association appelle désormais les autorités grecques à adopter immédiatement un plan d'intervention d'urgence et à évacuer toutes ces personnes vers un endroit sûr, sur le continent ou vers d'autres pays européens.

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Mise à jour du 11 septembre

Après que tous les services médicaux, dont la clinique pédiatrique MSF, ont été suspendus, les équipes ont pu reprendre partiellement leurs activités dans une nouvelle installation en dehors du camp. Elles y fournissent des soins médicaux de base. 

Plus de 12 000 personnes sont privées d’hébergement et sans accès aux services de bases, comme en témoigne le coordinateur de projet MSF sur place, Marco Sandrone.

Pour agir à nos côtés et exiger des gouvernements européens qu'ils prennent leurs responsabilités, signez la pétition.

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