Somalie : le manque d’accès aux soins obstétriques met en péril la vie des femmes

Une sage-femme effectue une prise de sang sur une femme enceinte recevant des soins d'urgence au service de maternité de l'hôpital régional de Bay, soutenu par MSF, à Baidoa, en Somalie. 
Une sage-femme effectue une prise de sang sur une femme enceinte recevant des soins d'urgence au service de maternité de l'hôpital régional de Bay, soutenu par MSF, à Baidoa, en Somalie.  © Hareth Mohammed/MSF

En Somalie, où les centres de santé et les hôpitaux sont peu nombreux et majoritairement en sous-effectif, donner naissance peut s’avérer particulièrement compliqué. Pour accoucher, les femmes sont parfois obligées de parcourir de longues distances afin d’atteindre l’hôpital le plus proche. Shaheen Bibi est responsable des activités obstétriques pour MSF. Elle travaille dans l’hôpital régional de Bay, soutenu par MSF. Dans cet entretien, elle revient sur son expérience et explique les difficultés auxquelles les femmes somaliennes font face au moment de leur accouchement. 

« Elle a été transportée sur une civière de fortune, sous un soleil de plomb qui brûlait le toit de notre maternité. Pendant deux jours, sa famille et une accoucheuse traditionnelle avaient tout essayé pour l'aider à accoucher. Ce n'est que lorsqu'elle a commencé à saigner abondamment que son mari a décidé de l'amener à l'hôpital régional de Bay, soutenu par MSF. Lorsqu'elle est arrivée, elle était inconsciente. Nous avons fait tout notre possible. Son bébé a survécu, elle non. Elle est décédée le lendemain. 

Chaque jour, je vois ce qui arrive lorsque les femmes ne peuvent pas accéder à des soins à temps. Ce n'est pas parce qu'elles ne veulent pas venir. C'est parce que le chemin, celui parcouru physiquement et celui façonné par les décisions prises par des tiers, est long et difficile. 

En Somalie, les familles essaient d’abord souvent de gérer l'accouchement à la maison. C'est ce que leurs mères et leurs grands-mères ont fait. Elles font appel à des accoucheuses traditionnelles, des femmes de la communauté qui ont aidées de nombreuses mères à accoucher. Mais lorsque quelque chose ne se passe pas comme prévu, lorsque les saignements ne s'arrêtent pas ou lorsque le bébé ne sort pas, la famille doit faire un choix. Elle doit décider d’entreprendre le chemin vers l'hôpital.

Ce trajet n'est pas facile. Environ 70 % des femmes que nous traitons viennent de l'extérieur de la ville de Baidoa. Certaines parcourent trente kilomètres ou plus, des distances qui peuvent prendre une journée entière. Les routes sont accidentées. L'insécurité et les postes de contrôle ralentissent le trajet. Et pour de nombreuses familles, il y a le coût du transport, un coût qu'elles ne peuvent peut-être pas se permettre. 

La Somalie a l'un des taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde, avec environ 563 décès pour 100 000 naissances vivantes. Environ un accouchement sur trois seulement est assisté par un professionnel de santé qualifié. Il n'y a que 1,5 sage-femme pour 10 000 habitants. Cela signifie que trop de femmes accouchent seules ou avec une aide qui ne peut pas faire face en cas de complications.

Ce qui m'inquiète aujourd'hui, c'est que les rares services qui existent sont menacés. Le système de santé somalien dépend presque entièrement de l'aide extérieure. Les récentes coupes budgétaires ont déjà contraint certains centres de santé à fermer. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) prévient que plus de 600 établissements de santé pourraient fermer leurs portes dans tout le pays. Si cela se produit, les femmes devront parcourir des distances encore plus longues, et certaines n'y parviendront pas. 

Baidoa accueille plus de 700 000 personnes qui ont fui la sécheresse et les conflits. Elles vivent dans des camps, loin de chez elles. La pression sur l'hôpital que nous soutenons est énorme. Chaque jour, nous voyons des femmes qui ont marché ou voyagé pendant des heures alors qu'elles saignaient, ou qui arrivent trop tard pour que nous puissions sauver leurs bébés. 

En 2025, notre équipe de l'hôpital régional de Bay a assisté près de 4 000 accouchements. Nous avons traité 19 000 enfants souffrant de malnutrition. Nous avons fourni gratuitement des dizaines de milliers de consultations.  

La Somalie a besoin de davantage de sage-femmes et de personnel de santé, formés et déployés dans les communautés afin que les femmes puissent bénéficier d'un soutien près de chez elles. Le pays a besoin de routes et d’ambulances qui fonctionnent et de centres de santé ouverts, financés et dotés en personnel. Chaque mère doit pouvoir accoucher en toute sécurité ». 

Notes

    À lire aussi