Il y a un an, le retrait

Dernière minute : 26 septembre 2006  Nous venons d'apprendre la libération sous caution du principal suspect de ces meurtres relâché le 12 septembre dernier. Cette décision souligne à nouveau l'impunité existante envers les assassins de volontaires
©Marit Helgerud

Le 2 juin 2004, cinq de nos collègues étaient assassinés en Afghanistan. Ce crime odieux et l'absence de réaction des autorités afghanes aboutissaient, le 28 juillet 2004, à la fermeture de tous nos programmes dans le pays.

En mai dernier, le principal suspect du meurtre a finalement été arrêté. En dépit de cette nouvelle positive, les conditions préalables à notre retour ne sont pas réunies. La sécurité nécessaire à la conduite des secours indépendants dont la population afghane, toujours très vulnérable, a pourtant encore tant besoin, n'est pas garantie.

Il y a un peu plus d'un an, le 2 juin 2004, cinq de nos collègues étaient assassinés en Afghanistan. Helène (coordinatrice de projet), Pim (logisticien), Egyl (médecin), Fasil (traducteur) et Besmillah (chauffeur) ont été la cible d'une attaque préméditée (par armes à feux et grenade), alors qu'ils circulaient à bord d'une voiture clairement identifiée "MSF" sur une route de la province de Bagdhis, au nord-ouest du pays.

Helène (coordinatrice de projet), Pim (logisticien), Egyl (médecin), Fasil (traducteur) et Besmillah (chauffeur) travaillaient pour MSF. Ils ont été assassinés le 2 juin 2004 dans la province de Bagdhis, au nord-ouest de l'Afghanistan.

Une décision douloureuse, mais inévitable…

Ce tragique événement a eu pour conséquence immédiate la suspension des programmes de toutes les sections de Médecins Sans Frontières, sur tout le territoire afghan. Le 28 juillet 2004, Médecins Sans Frontières annonçait la fermeture de tous ses programmes en Afghanistan. Cette décision faisait bien sûr suite à l'assassinat, mais aussi au manque de réaction des autorités afghanes face à ce crime.
En effet, alors que ces dernières nous avaient présenté des preuves de l'implication de commandants locaux dans cette attaque, elles n'ont procédé à aucune arrestation ni engagé aucune poursuite. En agissant ainsi, le gouvernement afghan n'assumait pas sa responsabilité de protection des travailleurs humanitaires présents sur son territoire. Pire, le principal suspect dans cette affaire – un chef de la police locale démis de ses fonctions qui aurait voulu prouver par ce meurtre le risque de dégradation de la sécurité suite à son limogeage – était réinstallé dans ses fonctions. Cela équivalait pour nous à une approbation officielle de ce crime et tendait à prouver l'impunité dont bénéficient les meurtriers de travailleurs humanitaires en Afghanistan !

En outre, peu après le drame, un porte-parole taliban revendiquait cette attaque et lançait un appel au meurtre contre Médecins Sans Frontières et d'autres organisations, accusées d'être au service des forces de la coalition dirigée par les Etats-Unis. Ces charges mensongères étaient et restent particulièrement outrageantes pour notre association, dont l'un des principes fondateurs est d'aider les populations en détresse en fonction de leurs besoins, indépendamment de toutes considérations politiques. Ainsi, depuis 1980, quel que soit le pouvoir en place, nous avons toujours assisté les populations afghanes confrontées aux guerres successives qui ont ravagé leur pays (occupation soviétique, guerre civile, régime taliban).

Le meurtre de nos collègues, l'échec du gouvernement à arrêter les coupables et les déclarations des Talibans rendaient malheureusement impossible la poursuite de nos activités et nous avons dû nous résoudre à transmettre nos programmes au ministère de la Santé afghan ainsi qu'à d'autres organisations. C'est avec colère et amertume que ces décisions ont été prises, mais nous ne pouvions continuer à mettre nos volontaires en danger alors qu'ils étaient délibérément pris pour cible par des groupes armés.

Confusion militaro-humanitaire

Depuis leur intervention en Afghanistan (en octobre 2001), les forces de la coalition utilisent l'aide humanitaire pour servir leurs objectifs politiques et militaires. Dès lors, l'aide n'est plus perçue comme une action impartiale. Nous avons dénoncé à plusieurs reprises cette confusion entre militaires et humanitaires (1). La responsabilité première des meurtres de travailleurs humanitaires incombe aux groupes armés qui les commettent. Il n'en reste pas moins que la confusion militaro-humanitaire contribue à mettre en danger la vie des volontaires et réduit l'accès aux populations en détresse. Pour que la mise en oeuvre de l'aide soit possible, tous les acteurs du conflit doivent respecter la sécurité et l'indépendance des travailleurs humanitaires.
 
Enfin des avancées dans l’enquête

Le 10 mai dernier, à l'occasion d'une visite du président afghan, Hamid Karzai, à Bruxelles, nous avons réitéré notre appel – auprès du gouvernement afghan – à mener une enquête sérieuse sur l'assassinat de nos collaborateurs. Le président Karzai s'est alors engagé publiquement, et pour la première fois, à ce que l'enquête soit relancée et à ce que les responsables de l'assassinat soient jugés "le plus vite possible". M. Karzaï a également affirmé que des forces supplémentaires contribueraient à ramener l'ordre dans la province de Badghis, où a eu lieu le meurtre, et notamment au sein même du département de la police locale. Dans le mois qui a suivi ces déclarations, le chef de police suspect était arrêté avec pour principal chef d'inculpation l'assassinat de nos collègues.

Nous espérons désormais que l'ensemble des personnes impliquées seront poursuivies en justice. Nous attendons également de l'enquête qu'elle élucide les mobiles de l'assassinat. En attendant, les conditions actuelles de travail pour les acteurs humanitaires en Afghanistan ne garantissent toujours pas la sécurité nécessaire à la conduite des secours indépendants dont la population afghane, toujours très vulnérable, a pourtant encore tant besoin.

24 année de présence et d'action

Avec près de 80 volontaires expatriés et 1.400 employés nationaux, Médecins Sans Frontières était présente dans 16 des 32 provinces afghanes. Nos activités allaient du soutien aux réfugiés afghans – de retour après la guerre – à l'accès aux soins, notamment dans les zones les plus isolées – vaccination, soutien d'hôpitaux régionaux et provinciaux, approvisionnement en eau, hygiène – ainsi que des programmes spécialisés dans la nutrition, la santé materno-infantile, le traitement de la tuberculose et la santé mentale.

Dossier spécial retrait de MSF en Afghanistan

Consultez notre dossier spécial consacré au retrait de MSF en Afghanistan.

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