Histoire de migrants : « On a peur de passer la frontière »

Sarah jeune migrante originaire d'Ouganda.
Sarah, jeune migrante originaire d'Ouganda. ©Alessandro Penso

Sarah, 20 ans, vient du district de Wakiso en Ouganda. Elle voyage avec sa sœur Barbara, le bébé de Barbara et une autre amie d’Ouganda. Sarah est enceinte de 6 mois et a déjà subi un voyage long et dangereux.

« Notre père a été tué en Ouganda  par une tribu voisine, à cause d’un conflit pour de la terre. Des gens nous ont aidées à aller au Kenya parce qu’ils connaissaient notre père et ils pensaient que la tribu aller nous tuer aussi. Quelqu’un nous a dirigées vers la Turquie, et ensuite la Grèce.

En Turquie, nous sommes montées à bord d’un petit bateau gonflable avec 45 autres personnes. On avait à peine commencé à naviguer que des gens se sont aperçus que le bateau prenait l’eau. On a essayé d’appeler les garde-côtes mais ils ne sont pas venus. L’eau avait déjà commencé à monter dans le bateau, et on se mouillait, tous, mêmes les bébés. On s’est dit que c’était fichu pour nous, on allait y mourir. Puis nous avons récité nos prières, et tout le monde pleurait parce que le bateau coulait. Quelqu’un a eu une crise cardiaque. Et soudain, on a vu une grosse lampe, et des Grecs sont venus à notre secours. C’est comme si j’avais vu le visage de Dieu en personne !

Ensuite, ils nous ont amenés à l’hôpital. Ils m’ont donné des médicaments, et des vêtements neufs pour le bébé de ma sœur. Ils nous ont même donné à manger. Alors, on a pris un gros bateau pour Athènes, et puis un train pour Thessalonique. De là, ce n’est pas facile de venir jusqu’ici, on a dû marcher tout le long. A la frontière, la police est venue, ils ont arrêté ma sœur et mon amie. Ils m’ont laissée tranquille parce que j’étais enceinte. Au bout d’un certain temps, ils ont relâché ma sœur et ma copine.

Nous voyageons avec des Syriens. Ils sont très gentils avec nous, certains parlent Anglais, alors on se comprend. Ils nous donné de l’eau et ils nous aident avec le bébé. On a peur de passer la frontière avec la Macédoine parce qu’on a entendu dire que les femmes se faisaient violer. Mais on ne peut pas revenir en Afrique maintenant. »
 

La semaine  dernière, le nombre de migrants et de réfugiés bloqués dans la forêt autour du village d’Idomeni, à la frontière entre la Grèce et la Macédoine, a décuplé. Médecins Sans Frontières offre depuis avril des consultations médicales, un soutien psychologique et distribue des articles de première nécessité. L’organisation prévoit désormais de renforcer ses activités dans la région en envoyant une nouvelle équipe mobile.

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