Haïti : 5 informations clés pour comprendre la crise humanitaire en 2026
Depuis 2021 et l’assassinat du président Jovenel Moïse, Haïti est plongé dans une instabilité politique et une violence extrême. Présentes sur le terrain, les équipes MSF sont au soutien de la population haïtienne et observent chaque jour la dégradation de la situation humanitaire. 5 clés pour comprendre cette crise.
1- Un niveau de violence généralisée sans précédent
Les rues de Port-au-Prince sont devenues de véritables champs de bataille où des armes à feu, des véhicules blindés et des drones explosifs sont utilisés quotidiennement. Des dizaines de groupes armés ont pris le contrôle de vastes zones de la capitale et multiplient les attaques dans d'autres zones. Le bilan humain est lourd :
- Entre mars 2025 et janvier 2026, plus de 5 500 personnes ont été tuées par l'une ou l'autre des parties au conflit.
- Plus de 3 650 personnes ont été blessées par ces violences et soignées par Médecins Sans Frontières (MSF) en 2025.
Pour faire face à cette insécurité grandissante, les opérations des forces de sécurité de l’État se sont intensifiées et depuis début avril, les premiers membres de la « Force de répression des gangs » (force multinationale de 5 500 hommes autorisée par l'ONU) ont été déployés.
Pendant ce temps, les populations civiles restent prises entre deux feux, tuées, blessées, déplacées et privées de soins de santé.
2- Une crise complexe face à un sous-financement chronique
Cette escalade de violence s’ajoute aux séismes, ouragans et épidémies de choléra qui ont marqué les dernières décennies en Haïti. Dans de nombreuses régions, les services de base (santé, eau potable, éducation) font cruellement défaut. La récente flambée des prix de l'essence a entraîné une hausse du coût de l'alimentation et des transports, et entretient le cycle de la pauvreté pour les plus vulnérables.
En 2026, 6,4 millions de personnes auront besoin d’une aide d’urgence, soit la moitié de la population et quatre fois plus qu’il y a dix ans. Mais le niveau élevé d'insécurité rend le travail en Haïti extrêmement difficile pour les ONG et les empêche de venir en aide aux populations dans les zones contrôlées par des groupes armés.
De plus, l'aide humanitaire est gravement sous-financée : l'année dernière, seul un quart des besoins financiers a été couvert, contre 40 % en 2024.
3 - L’ensemble du système de santé haïtien s'est effondré
L'insécurité a provoqué un exode massif des compétences : on estime que 40 % du personnel médical a quitté le pays. À Port-au-Prince, les deux tiers des établissements de santé sont soit partiellement opérationnels, soit hors service après avoir été attaqués, pillés ou incendiés.
Un seul hôpital public doté de capacités chirurgicales reste opérationnel dans la capitale et il est constamment surchargé.
Dans de nombreuses zones, les équipes de MSF sont les seules à fournir des soins médicaux
Pour des milliers de personnes vivant derrière les lignes de front ou dans des camps de déplacés insalubres, les structures ou cliniques mobiles de MSF sont souvent le seul recours. Notre hôpital de traumatologie de Tabarre, seul centre doté d'un service pour les grands brûlés, a dû augmenter sa capacité de 75 à 90 lits pour faire face à l'afflux constant de patients.
4 - Déplacements massifs : une crise dans la crise
Les violences ont entraîné le déplacement forcé de plus de 1,45 million de personnes, dont plus de 400 000 rien qu'en 2025. À Port-au-Prince, près de 200 000 personnes survivent aujourd'hui dans 95 sites d'accueil improvisés (écoles, églises, stades).Ces lieux sont inadaptés et insalubres. Les populations y sont exposées à des intempéries avec un accès limité à l'eau, ce qui les expose aux abus et aux maladies.
Dans nos dispensaires mobiles, sur les 7 600 patients pris en charge depuis le début de l'année :
- Près d'un quart souffrait de la gale.
- 27 % des enfants de moins de 5 ans présentaient une infection respiratoire.
- Début mars, MSF a distribué des kits d'hygiène à 3 000 personnes déplacées suite aux violences à Cité Soleil.
5 - La violence sexuelle est utilisée pour contrôler les populations
L'escalade de la violence a un impact direct sur les femmes et les jeunes filles.
- Dans certains centres MSF, le nombre d'admissions pour violences sexuelles a presque triplé depuis 2021.
- En 2025, nous avons pris en charge près de 5 000 victimes.
De plus en plus de patientes rapportent des agressions collectives commises par plusieurs hommes armés — parfois plus d'une dizaine — lors d'attaques de quartiers. Faute d'hébergement d'urgence ou d'assistance juridique, de nombreuses survivantes sont contraintes de retourner dans les zones où elles ont été agressées. Conséquence : un cinquième de nos patientes déclarent avoir été victimes d'abus à plusieurs reprises.
L’intervention de MSF en chiffres
En 2025 :
- 129 458 consultations médicales et 8 469 interventions chirurgicales.
- 4 975 victimes de violences sexuelles prises en charge.
- 3 650 blessés soignés (balles, explosions, armes blanches).
- 2 812 naissances assistées et 19 819 séances de physiothérapie.
Premier trimestre 2026 :
- 7 621 consultations en cliniques mobiles (dont 2 080 cas de gale).
- 4 363 urgences médicales et 2 988 suivis prénataux/postnataux.
- 600 familles déplacées ont reçu des kits d'hygiène et de première nécessité.
L’action de MSF en Haïti
Présente en Haïti depuis 30 ans, MSF pallie aujourd'hui l'effondrement du système de santé local. De la chirurgie de guerre à l'hôpital de Tabarre aux cliniques mobiles pour les populations déplacées, nos équipes assurent un accès gratuit aux soins d'urgence. Face à l'explosion des besoins, MSF est également un soutien important aux victimes de violences généralisées et sexuelles à Port-au-Prince et dans les zones plus reculées.