[EN PHOTOS] Gaza : Marcher à nouveau

Manifestation du 14 mai contre l'ouverture de l'ambassade américaine à Jérusalem. Un manifestant vient d'être touché à la jambe. Bande de Gaza. 2018.
Palestine, Gaza © Laurence Geai

Entre mars 2018 et décembre 2019, des milliers de Gazaouis pris au piège du blocus israélien depuis 12 ans ont manifesté tous les vendredis le long du mur séparant Gaza d'Israël. Ils demandaient la fin du blocus et le droit au retour des réfugiés palestiniens. Au cours de ces manifestations, les forces israéliennes ont tué 213 personnes et blessé grièvement par balle plus de 8 000 autres, la plupart du temps aux jambes.

Ces blessures, en particulier lorsqu'elles sont infectées, nécessitent de multiples chirurgies complexes, une rééducation spécifique et de longues périodes de soins. C’est un défi médical gigantesque à Gaza, où le système de santé est à terre. Regards croisés de deux photographes : Virginie Nguyen Hoang et Mohammed Abed.

(gauche) Eyad, un musicien palestinien de 23 ans, a été blessé par balle par l'armée israélienne le 14 mai 2018. © Mohammed Abed (droite) Sabrine Wadi est physiothérapeute à l'hôpital Al Awda dans le nord de Gaza. Elle aide un patient dans ses exercices de physiothérapie. © Virginie Nguyen Hoang
(gauche) Eyad, un musicien palestinien de 23 ans, a été blessé par balle par l'armée israélienne le 14 mai 2018. © Mohammed Abed (droite) Sabrine Wadi est physiothérapeute à l'hôpital Al Awda dans le nord de Gaza. Elle aide un patient dans ses exercices de physiothérapie. © Virginie Nguyen Hoang

Sabrine Wadi, physiothérapeute
« Je n'oublierai jamais la dame qui m'a enlacée en pleurant après notre dernière séance. Blessée par balle à la jambe, sa vie était déchirée ; elle se sentait coupable et inutile pour ses quatre enfants car elle ne pouvait plus marcher ni s'occuper d'eux. Nous avons travaillé sur sa mobilité pendant un an et trois mois, et à la fin de ce processus douloureux, elle a pu à nouveau marcher. »

(gauche) Rami, 40 ans, infirmier à l'hôpital Al Awda à Gaza. © Virginie Nguyen Hoang (droite) Ahmed, 38 ans, a été blessé par balle par l'armée israélienne le 14 mai 2018. Il pose dans les vergers de sa ferme à Rafah, au sud de la bande de Gaza. © Mohammed Abed
(gauche) Rami, 40 ans, infirmier à l'hôpital Al Awda à Gaza. © Virginie Nguyen Hoang (droite) Ahmed, 38 ans, a été blessé par balle par l'armée israélienne le 14 mai 2018. Il pose dans les vergers de sa ferme à Rafah, au sud de la bande de Gaza. © Mohammed Abed

Rami Abu Yasser, infirmier
« Certains de nos patients subissent jusqu'à 50 opérations chirurgicales. Il faut au moins un an pour soigner des blessures comme celles subies par nos patients lors des manifestations. J'ai souvent passé jusqu'à dix heures d’affilées à l'hôpital. J'ai deux enfants - mon fils a neuf ans et ma fille n'a que dix mois - et bien sûr ma famille me manque car je travaille énormément. Je leur explique que grâce à la chirurgie et à la physiothérapie que nous proposons ici, nos patients peuvent à nouveau marcher. »

Eyad, jeune palestinien de 23 ans, a été blessé par un tir israélien lors de la marche du retour en mai 2018.
 © Mohammed Abed
Eyad, jeune palestinien de 23 ans, a été blessé par un tir israélien lors de la marche du retour en mai 2018. © Mohammed Abed

Ola Hassuna, infirmière. Mère de cinq enfants, elle se souvient d'un patient de 14 ans qui avait été hospitalisé avec une blessure grave à la jambe et qui a dû être amputé. Lorsque le garçon s'est réveillé après l’opération, il a appris que sa mère, malade depuis longtemps, était décédée d'une crise cardiaque.

(gauche) L'infirmière Ola Hassuna assiste un patient dans une chambre d'isolement de l'hôpital Al-Awda. © Virginie Nguyen Hoang (droite) Ahmed, 38 ans, a été blessé par balle par l'armée israélienne lors de la grande marche du retour © Mohammed Abed
(gauche) L'infirmière Ola Hassuna assiste un patient dans une chambre d'isolement de l'hôpital Al-Awda. © Virginie Nguyen Hoang (droite) Ahmed, 38 ans, a été blessé par balle par l'armée israélienne lors de la grande marche du retour © Mohammed Abed

« Il a dû passer six semaines dans une chambre en isolement en raison de son infection. Il a mis longtemps à récupérer et sa mère lui manquait. Nous avons essayé de recréer une famille autour de lui. Et on le suivait constamment afin de lui apporter tout le soutien dont il avait besoin. Il a reçu une prothèse et aujourd’hui il joue même au football. Parfois, nous allons regarder ses matchs. »

(gauche) Murad, 26 ans, a été blessé par balle par l'armée israélienne le 14 mai 2018, devant la maison de son père à la périphérie de la ville de Gaza. © Mohammed Abed (droite) Shadi Al Najjar, physiothérapeute, pose dans l'un des couloirs de l'hôpital Al Awda, dans le nord de Gaza. © Virginie Nguyen Hoang
(gauche) Murad, 26 ans, a été blessé par balle par l'armée israélienne le 14 mai 2018, devant la maison de son père à la périphérie de la ville de Gaza. © Mohammed Abed (droite) Shadi Al Najjar, physiothérapeute, pose dans l'un des couloirs de l'hôpital Al Awda, dans le nord de Gaza. © Virginie Nguyen Hoang

Shadi Al Najjar, superviseur physiothérapeute
« Cet hôpital est devenu ma deuxième maison. Depuis que nous avons commencé à travailler avec les patients blessés lors des manifestations, nous avons vu de quarante à cinquante personnes par jour. Et les jours peuvent être longs lorsque nous sommes confrontés à des personnes qui sont submergées par la douleur. Beaucoup d’entre eux se rétablissent, même s’il s’agit d’un processus long et difficile. C'est tout simplement incroyable de voir quelqu'un marcher à nouveau après de tels efforts. »
 

Murad, 26 ans, blessé par l'armée israélienne lors de la grande marche du retour en mai 2018, marche vers la clinique MSF de Gaza city.
 © Mohammed Abed
Murad, 26 ans, blessé par l'armée israélienne lors de la grande marche du retour en mai 2018, marche vers la clinique MSF de Gaza city. © Mohammed Abed

Les soins de traumatologie MSF à Gaza en chiffres

Depuis mars 2018, les équipes MSF à Gaza ont soigné plus de 4830 personnes blessées lors des manifestations de la Grande Marche du retour. En mai 2018, MSF a lancé un projet de reconstruction chirurgicale à l'hôpital Al Awda, et en janvier 2020, l'équipe a ouvert un service de chirurgie nouvellement réhabilité ainsi qu’un service d'hospitalisation. Depuis mai 2018, à l'hôpital Al Awda, les équipes MSF ont soigné plus de 490 blessés et effectué plus de 1340 opérations chirurgicales.

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