Ebola : restaurer une relation de confiance avec les communautés du nord-est de la RDC

Des membres d'une troupe locale jouent une pièce de théâtre pour informer les populations sur la prévention et les soins relatifs aux maladies infectieuses. 2019. République démocratique du Congo. 
Des membres d'une troupe locale jouent une pièce de théâtre pour informer les populations sur la prévention et les soins relatifs aux maladies infectieuses. 2019. République démocratique du Congo.  ©Caroline Frechard/MSF

Près de 600 membres des équipes de Médecins Sans Frontières interviennent dans le nord-est de la République démocratique du Congo. L'un des principaux enjeux, dans le contexte de l'épidémie d'Ebola qui sévit, est de maintenir l'accès à des soins de santé tout en évitant la propagation de la maladie dans les centres de santé. 

Helene, Robert ou encore Clément sont agents de santé communautaires, promoteurs de santé ou hygiénistes MSF. Alors que l’épidémie ne cesse de faire de nouvelles victimes, ils s’emploient chaque jour à restaurer une relation de confiance avec les communautés.

Il est midi à Lubero, dans l’est de la République démocratique du Congo. Diallo, agent de santé communautaire pour Médecins Sans Frontières, dévale la petite pente menant à la case de la famille qu’il vient rencontrer. « Ma tante saigne du nez depuis 3 jours, mais j’ai peur de l’envoyer à l’hôpital, lui lance un père de famille. Je ne veux pas qu’on l’envoie de force au centre de traitement Ebola. »

Les craintes, les rumeurs, sont rencontrées quotidiennement par les agents communautaires comme Diallo, qui informent les membres de leur communauté des soins disponibles gratuitement dans les hôpitaux et les centres de santé soutenus par MSF. Helene, sa collègue, regrette : « Notre hôpital a enregistré une baisse de la fréquentation depuis qu’on parle d’Ebola. De plus, les bâtiments de triage nouvellement installés à l’hôpital font peur, car les communautés ne connaissent pas leur fonctionnement. Certains s’imaginent qu’ils vont y attraper Ebola, ce qui est faux. »

Vue aérienne de la ville de Lubero. 2019. République démocratique du Congo. 
 © Caroline Frechard/MSF
Vue aérienne de la ville de Lubero. 2019. République démocratique du Congo.  © Caroline Frechard/MSF

Chaque jour, Helene et une vingtaine de relais communautaires se rendent donc à la rencontre des communautés pour regagner leur confiance. Ils le font en expliquant que malgré l’épidémie en cours, qui menace de mettre en difficulté le système de santé, chaque personne aura la possibilité d’être prise en charge pour tout problème de santé. « Ne laissez pas mourir vos proches à la maison, alors qu’il y a des soins de santé gratuits dans les centres voisins ! », répètent-ils. Ils expliquent que seuls les cas potentiellement contagieux sont installés dans la zone des maladies infectieuses. « Les mesures d’hygiène, qui impressionnent, servent avant tout à se protéger des maladies infectieuses. En quelques jours, on peut tester un patient pour sa maladie la plus probable, par exemple le choléra, la rougeole ou le paludisme... Si le patient semble avoir Ebola, il est transféré vers un centre spécialisé à Butembo », explique le Dr. Kanouté, médecin MSF du projet Lubero.

Renforcer les mesures d'hygiène dans les centres de santé

Il est vrai que l’hôpital de Lubero a changé ces derniers temps. Les mesures de prévention et de contrôle des infections qui ont été prises ont conduit à l’embauche de nombreux hygiénistes, ainsi qu’à l’installation d’une zone « rouge » pour les maladies infectieuses. Le personnel de l’hôpital porte des équipements de protection et des gants, lave ses mains soigneusement et porte une attention particulière au triage des déchets.

Des hygiénistes MSF travaillent à la désinfection de matériel médical. 2019. République démocratique du Congo. 

 
 © Caroline Frechard/MSF
Des hygiénistes MSF travaillent à la désinfection de matériel médical. 2019. République démocratique du Congo.    © Caroline Frechard/MSF

Dans cette zone à haut risque, les patients qui présentent des symptômes similaires à Ebola peuvent être installés le temps que leur évaluation soit effectuée et que les modalités de leur transfert vers une structure adaptée soient organisées. Le nombre de personnes infectées par Ebola s’élève à 14 dans la zone de santé de Lubero depuis le début de l’année, dont 3 sont décédées sans avoir eu accès aux soins. Hors de l’hôpital général de référence de Lubero, MSF soutient des mesures de prévention et de contrôle des infections dans les centres de santé de la zone, qui sont dotés au fur et à mesure de points de lavage de mains à l’eau chlorée et de thermomètres pour vérifier la température.

Ces aménagements sont nécessaires et sont accompagnés par des formations pour le personnel de santé, qui n’a souvent jamais été confronté à la maladie Ebola, et par l’engagement des communautés, sans lesquels toute stratégie visant à endiguer l’épidémie est vouée à l’échec. Depuis le début de l’épidémie, plus de 2 000 personnes ont été infectées par le virus Ebola et plus de 1 200 sont mortes. Près de la moitié des victimes d’Ebola décèdent avant d’avoir été identifiées comme malades d’Ebola et sans avoir été admises dans les structures dédiées. Cette épidémie d’Ebola est la seconde plus meurtrière de l’histoire et la plus grande jamais vue en République démocratique du Congo.

À lire aussi