Darfour du Nord : une situation toujours précaire pour les déplacés de Sortony

Des écolières se rendent à une consultation dans un centre de santé géré par MSF.  Soudan. 2018.
Des écolières se rendent à une consultation dans un centre de santé géré par MSF.  ©MSF

En 2016, les combats entre les forces gouvernementales et les groupes rebelles ont éclaté à Djebel Marra, une zone montagneuse au Darfour, dans l'ouest du Soudan, forçant 160 000 personnes à quitter leur foyer pour trouver un abri dans les camps de déplacés.

Plus de 23 000 personnes se sont installées dans le camp de Sortony, un petit village dans le Darfour du Nord.

Malgré les difficultés quotidiennes et les conditions très précaires dans les camps, nombreux sont ceux qui hésitent encore à rentrer chez eux. La sécurité générale demeure trop volatile et les conflits restent l’une des principales sources de violence.

Des accoucheuses traditionnelles discutent avec des médecins MSF. Ces personnes de confiance sont généralement présentes lors des naissances à domicile. En créant un dialogue, Médecins Sans Frontières s'assure qu'elles réfèrent à l'association les femmes dont elles s'occupent, avant et après l'accouchement, pour des consultations et pour éviter les risques de complications. 
 © MSF
Des accoucheuses traditionnelles discutent avec des médecins MSF. Ces personnes de confiance sont généralement présentes lors des naissances à domicile. En créant un dialogue, Médecins Sans Frontières s'assure qu'elles réfèrent à l'association les femmes dont elles s'occupent, avant et après l'accouchement, pour des consultations et pour éviter les risques de complications.  © MSF

Elmounzer Ag Jiddou, coordinateur de mission de MSF au Soudan, a vécu et travaillé dans cette région et témoigne des dures conditions de vie des déplacés dans ce camp surpeuplé.

À Sortony, malgré la présence de la mission conjointe de l'Union africaine et des Nations unies au Darfour (MINUAD), qui doit assurer la sécurité des civils, et malgré des niveaux de violence moins élevés, une tension permanente règne toujours dans le camp et ses alentours.

Enlèvement, agression et meurtre : une menace constante

Les problèmes de sécurité sont bien réels : des groupes tribaux armés vivent près du camp et entrent souvent en conflit avec les déplacés au sujet des droits de pâturage. Mais les conflits portant sur les terres et l’accès aux ressources ne représentent qu’une petite partie des causes profondes de l’insécurité caractérisant cette région. Les blessés que nous soignons dans notre hôpital témoignent de nombreux actes de violence, le plus souvent envers les femmes et les enfants (attaques, violences sexuelles), lorsqu’ils sortent du camp pour chercher de l'herbe, du bois ou de l'eau. Il n'est pas rare que des hommes soient capturés et tués.

La plupart des personnes vivant dans le camp sont des femmes et des enfants, car beaucoup d’hommes sont morts au cours des années de combat ou sont partis ailleurs, à la recherche d’un travail. Dans certaines situations particulièrement difficiles, les deux parents sont morts, laissant à un jeune enfant la responsabilité d'élever ses frères et sœurs.

23 000 personnes entassées

Les défis auxquels les déplacés doivent faire face sont nombreux : 23 000 personnes vivent entassées dans le camp de Sortony, un lieu morne et saturé. Les rations de nourriture fournies par le Programme alimentaire mondial (PAM) ont été réduites à seulement deux denrées de base et leurs quantités ont fortement diminué.

Des habitants du camp de déplacés de Sortony remplissent des bidons d'eau. 
 © MSF
Des habitants du camp de déplacés de Sortony remplissent des bidons d'eau.  © MSF

Par ailleurs, l'approvisionnement en eau est limité : les 7,5 litres d'eau par jour remis à chaque personne sont insuffisants pour cuisiner, nettoyer et abreuver leurs animaux. Le manque d'eau propre force souvent les familles à chercher des sources alternatives.

Ces personnes prennent le risque de se rendre à des mares d'eau stagnante et contaminée pouvant provoquer des maladies telles que la diarrhée aiguë ou la jaunisse.

Des progrès en terme de soins de santé

Malgré ces difficultés, nous avons pu constater de légers progrès dans l’accès aux soins de santé, dus notamment à l’amélioration générale des conditions de sécurité.

L'hôpital de Kabkabiya, structure de référence la plus proche, dotée d’un service de chirurgie, est à présent accessible en moins de deux heures sans risques, alors qu’auparavant l’issue de ce voyage était incertaine. En effet, jusqu’à récemment, des bandes armées attaquaient les voyageurs sur la route menant à l'hôpital et les vols, les enlèvements et les meurtres étaient un risque réel.

Lorsque MSF est arrivée à Sortony, nous avons vu que les familles avaient peur des attaques et construisaient leurs abris proches les uns des autres pour se protéger. Nous savions que d'un point de vue sanitaire, la promiscuité dans le camp facilitait la propagation de maladies transmissibles telles que la diarrhée et la rougeole. Au fil du temps, notre équipe a travaillé en étroite collaboration avec les anciens du camp pour construire des systèmes d'assainissement de base et promouvoir la santé et l'hygiène communautaires.

Avec le soutien du ministère soudanais de la Santé, nous prenons régulièrement en charge diverses pathologies dans notre hôpital de 35 lits, qui comprend un service de maternité, un service de traitement des maladies des voies respiratoires supérieures et inférieures et de traitement des diarrhées.

Une vue du camp de déplacés de Sortony au Soudan. Il abrite quelque 23 000 personnes, dont la majorité sont arrivées en 2016 après le début des combats dans les montagnes du Djebel Marra. 
 © MSF
Une vue du camp de déplacés de Sortony au Soudan. Il abrite quelque 23 000 personnes, dont la majorité sont arrivées en 2016 après le début des combats dans les montagnes du Djebel Marra.  © MSF

Coopérer avec la communauté locale

Nos équipes ont également réussi à établir une étroite collaboration avec les accoucheuses traditionnelles : un pas important vers l’acceptation et la compréhension du rôle de MSF sur le terrain. Grâce au dialogue avec ces membres respectés de la communauté, nous avons pu développer une culture de la coopération, qui nous a permis de faire comprendre l’importance d’une intervention rapide dans le cas des grossesses avec complications, où il est urgent d'amener la mère à l’hôpital.

Presque tous les déplacés résidant dans le camp de Sortony souhaitent rentrer chez eux à Djebel Marra. Néanmoins, les combats dans la région rendent ce rêve aussi difficile aujourd'hui qu'il y a deux ans.

MSF intervient au Soudan depuis 1979. Actuellement, l'organisation gère trois hôpitaux au Darfour du Nord et un au Darfour-Occidental, et soutient les réfugiés du Soudan du Sud dans le Darfour-Oriental. MSF assiste également deux hôpitaux dans l'État du Nil Blanc pour venir en aide à la population soudanaise locale et aux réfugiés du Soudan du Sud. Dans l'État d'Al Qadarif, au Soudan, MSF mène un projet de traitement et de recherche sur la leishmaniose viscérale.

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