Covid-19 : une clinique mobile pour prendre soin des « inconfinables » à Paris

Deuxième vague Covid19 - clinique mobile MSF à Paris
Deuxième vague Covid19 - clinique mobile MSF à Paris © Mohammad Ghannam/MSF

La pandémie de Covid-19 a compliqué l'accès aux soins et aux services de base pour les personnes qui étaient déjà dans une situation très précaire en France. Une clinique mobile MSF parcourt les rues de Paris afin de permettre l’accès aux soins de santé primaires à toutes les personnes à la rue : migrants, sans domicile fixe, mineurs non accompagnés en recours, habitants des quartiers modestes. Reportage.

Ce matin, le ciel est gris à la Porte de Saint-Ouen et la température ne dépasse pas zéro degré. A quelques pas du périphérique, coincées entre les immeubles et un stade de foot, des personnes en vestes de couleurs vives distribuent de la nourriture, café et petit-déjeuners, à des dizaines de personnes, les « inconfinables » de la pandémie de Covid-19 : sans-abris de longue date, personnes tombées dans la précarité durant la crise, migrants privés de solution d’hébergement.

Depuis le 20 novembre, Médecins Sans Frontières a intensifié son intervention à destination des personnes à la rue via une clinique mobile présente cinq jours par semaine à proximité de lieux de distributions alimentaires dans Paris. Composée d’un médecin, de deux infirmiers, d’un logisticien et d’un travailleur social, cette clinique offre des soins de santé primaires, de l’information et un dépistage Covid-19 à toutes personnes se trouvant à la rue. 

Les personnes à la rue, et plus largement celles qui vivent dans une grande précarité, renoncent souvent à rechercher des soins ou ne consultent que très tardivement. « En se plaçant à côté des distributions alimentaires, nous rencontrons les personnes qui sont le plus en difficulté. Elles vont manger ici et elles nous voient, on est à côté », explique Jean-François Véran, coordinateur de projet.

Nicolas, travailleur social, va à la rencontre des personnes installées sur les bancs pour manger. Il écoute, conseille, oriente : vers un hébergement pour femmes seules, une association qui accompagne les usagers de drogue, une autre qui aide les demandeurs d’asile dans leurs démarches. Et pour ceux qui ont besoin de voir un médecin, la clinique mobile est à deux pas, où les soins sont gratuits pour tous.

Dans la file d’attente, les futurs patients sont reçus par Mathieu et Akram qui enregistrent leur nom, le motif de leur consultation et proposent un nouveau café. La Covid-19 est venue grossir et remodeler un paysage de la rue déjà pluriel. Ainsi, de nombreuses personnes ont perdu leur source de revenus et n’avaient jamais fréquenté de distributions alimentaires auparavant, d’autres n’ont pas pu renouveler leur couverture maladie ou ne savaient pas qu'elles pouvaient en demander une. Presque tous ont perdu leurs repères avec la fermeture ou le fonctionnement modifié de leurs structures de soins habituelles et des associations qui les accompagnent, et ne savent plus vers qui se tourner.

Ce matin, Christine*, doudoune et masque roses, partage le même banc que Bilal*, demandeur d’asile afghan de 31 ans. La première est confuse et dit s’être échappée d’une clinique qui voulait la placer en Ehpad. Le second a été chassé du camp de Saint-Denis, puis de celui de la place de la République et vit depuis « dans des parcs, à Saint-Denis, à la Chapelle, à Porte de la Villette. Partout, mais toujours dehors. »

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 Alix, la médecin de la clinique mobile en consultation. © Mohammad Ghannam/MSF

Ils sont encore environ 400 exilés dans son cas, à vivre éparpillés et cachés aux abords de Paris, victimes d’une politique de démantèlement et de traque, empêchant les réinstallations alors même qu’aucune solution d’hébergement ne leur est proposée. Jean-François Véran explique : « Ces pratiques qui durent depuis des années et se sont intensifiées récemment ont des conséquences particulièrement graves en temps de pandémie. On est en train de perdre l’accès à des populations qui ont pourtant besoin d’aide et de soins, parce que ces personnes sont de moins en moins visibles et de plus en plus apeurées. Nombreuses arrivent à la clinique en situation d’épuisement et de privation de sommeil. »

Toutes les personnes qui le veulent sont reçues par les infirmiers de MSF, Sandrine et Sinan, qui effectuent notamment des tests Covid-19, et si les examens doivent être plus poussés, par Alix, la médecin. 

Les principales pathologies observées par les équipes médicales sont le résultat de la vie à la rue : douleurs, problèmes dermatologiques et troubles digestifs, plaies graves et infections. Les personnes souffrent également psychiquement et le sentiment d’abandon et d’isolement est grand. Comme un cercle vicieux, la rue constitue indéniablement un risque aggravant de ces pathologies.

La clinique mobile de Médecins Sans Frontières permet à la fois de maintenir un accès aux soins pour ces personnes particulièrement vulnérables mais également de maintenir une proximité et une veille concernant l’état de santé physique et mentale des personnes à la rue, et ainsi de pouvoir adapter notre réponse à leurs besoins.

Depuis son installation il y a trois semaines, 250 personnes ont pu bénéficier de consultations et une cinquantaine ont été orientées sur l’accès au soin par les travailleurs sociaux.

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