Port-au-Prince : MSF soigne plus de 100 blessés en deux semaines alors que l’accès aux hôpitaux se dégrade
Communiqué de presse
Plus de 100 blessés ont été admis en seulement deux semaines à l’hôpital de Drouillard de Médecins Sans Frontières (MSF), alors que Port-au-Prince connaît une recrudescence des combats entre la Police Nationale d’Haïti (PNH) et les groupes armés, principalement dans des quartiers densément peuplés. Pour des milliers de civils, le quotidien est désormais rythmé par les échanges de tirs et les frappes de drones, les laissant souvent pris au piège, dans des zones contrôlées par les groupes armés.
À Port-au-Prince, les blessés sont confrontés à de nombreux obstacles : il leur faut franchir des barricades de plusieurs mètres, contourner des routes coupées et traverser des quartiers assiégés sous les tirs pour atteindre l’un des rares hôpitaux encore opérationnels. Dans la capitale, de nombreuses structures médicales sont fermées ou partiellement fonctionnelles, certaines ayant été attaquées ou pillées par les groupes armés. Seul un hôpital public capable d’assurer des soins chirurgicaux reste ouvert ; les autres sont des structures privées inaccessibles à ceux qui en ont le plus besoin.
« Dans mon quartier, il n’y a pas d’hôpitaux et aucun médicament. Il y a quelques médecins, mais ils ont tout juste de quoi faire des pansements », explique Anderson, 35 ans, commerçant et patient de MSF. Lui-même a été admis à l’hôpital MSF de Tabarre début janvier après avoir été touché au talon par une balle en rentrant chez lui dans un quartier de Port-au-Prince.
« Les gens n’osent plus sortir de ces zones, ils ont peur. Ceux qui viennent de mon quartier sont toujours considérés comme des bandits, surtout lorsqu’ils sont blessés par balle, même s’ils n’ont rien à se reprocher. Les ambulances ne viennent pas jusqu’ici et les mototaxis refusent souvent de transporter les blessés, par peur d’être eux-mêmes pris pour cibles », ajoute-t-il.
En dépit de ces grandes difficultés d’accès aux structures médicales, MSF enregistre une hausse marquée des admissions liées à la violence dans son hôpital de Drouillard. Entre le 29 décembre 2025 et le 17 janvier 2026, les 101 patients admis par MSF ont tous été victimes des violences et parmi eux 66 ont été blessés par balle. Ce chiffre pour les deux premières semaines de janvier dépasse déjà largement la moyenne mensuelle de 54 blessés par balle admis en 2025 à Drouillard. Parmi ces patients, 30 % étaient des femmes et 9 % des enfants de moins de 15 ans.
Les patients nécessitant une prise en charge chirurgicale sont référés vers l’hôpital traumatologique MSF de Tabarre, l’un des derniers établissements de la capitale encore en mesure de fournir gratuitement des soins chirurgicaux spécialisés. Ces transferts s’effectuent toutefois dans des conditions difficiles. Il y a plus d’un an, MSF a été contrainte d’interrompre son service d’ambulances en raison de menaces et d'attaques répétées visant ses véhicules et patients lors des transferts entre structures médicales. Quelques ambulances du Centre ambulancier national (CAN) restent opérationnelles, mais leur capacité est insuffisante. En conséquence, de nombreux blessés, parfois dans un état critique, arrivent à l’hôpital tardivement, à la faveur d’une accalmie des combats, souvent transportés par des moyens non médicalisés, comme les mototaxis.
« Beaucoup de patients arrivent avec des lésions aggravées, car elles n’ont pas pu être prises en charge plus tôt, en raison des difficultés d’accès aux structures de soins. Ces deux dernières semaines, la majorité des admissions liées à la violence concernent des blessures par balle, souvent graves, entraînant des fractures ouvertes ou des traumatismes abdominaux », explique le Dr Dembélé Dionkounda, référent médical à l’hôpital MSF de Tabarre.
En 2025, 686 patients victimes des violences ont été hospitalisés à l’hôpital MSF de Tabarre, dont près de 90 % à cause de blessures par balle. Parmi ces blessés par balle figuraient 193 femmes et 47 enfants de moins de 14 ans. La tendance ne faiblit pas en ce début d’année : pour la seule journée du 6 janvier l’hôpital de Tabarre a reçu huit patients blessés par balle, illustrant la persistance et l’intensité de la violence dans la capitale depuis plus de quatre ans.