MSF s'oppose à la demande de brevet pour le Tenofir

Les malades du sida dans les pays en développement sont privés des innovations thérapeutiques qui pourraient leur sauver la vie. MSF refuse la pratique courante des sociétés pharmaceutiques qui commercialisent en Afrique en Asie et en Amérique Latin
©MSF

Breveter le Tenofovir pourrait constituer un précédent dangereux dans l'accès aux nouveaux médicaments essentiels.

Médecins Sans Frontières (MSF) exprime aujourd'hui son soutien aux groupes de la société civile indienne qui s'opposent à la demande de brevet pour le médicament Tenofovir produit par Gilead Sciences. Les personnes vivant avec le VIH/SIDA en Inde se sont opposées hier à cette demande, arguant que le médicament est composé d'un principe chimique déjà connu, et ne devrait donc pas être considéré comme une invention, selon l'India Patent Act.

Si Gilead obtenait le brevet, la production du Tenofovir en Inde- où une version générique a été mise sur le marché en 2005- pourrait être paralysée jusqu'en 2018, et toute production déjà existante serait compromise. De plus, la future production de combinaisons génériques à dose fixe contenant du Tenofovir serait bloquée. Ce type d'associations médicamenteuses a eu un impact très important dans l'augmentation de la prise en charge du VIH/SIDA, en permettant la simplification des traitements.

"Délivrer ce brevet créerait un précédent dangereux. Limiter la production de Tenofovir et celle de nouveaux médicaments à une seule compagnie pharmaceutique entraîne des prix élevés, en empêchant la concurrence des génériques", affirme Ellen t'Hoen, de la Campagne d'accès aux médicaments essentiels de MSF.

L'accès au Tenofovir dans les pays les plus pauvres est très limité. Bien que Gilead, titulaire du brevet, ait annoncé qu'il vendrait le médicament à prix réduit dans 97 pays en voie de développement, la compagnie fait preuve d'une extrême lenteur dans sa mise à disposition.

Les difficultés d'accès au Tenofovir ont des conséquences directes sur nos patients. En Afrique du Sud, à Khayelitsha, où MSF prend en charge près de 4 000 malades du sida, seuls 40 parmi ceux qui en avaient le plus besoin ont pu obtenir du Tenofovir.

"Nous avons besoin de Tenofovir pour un nombre de plus en plus élevé de patients, mais son approvisionnement par Gilead n'est pas régulier. Nous ne pouvons donc pas mettre davantage de patients sous traitement avec ce médicament", affirme le Dr. Eric Goemaere, du programme MSF en Afrique du Sud. "Nous avons tous attendu avec impatience de disposer du Tenofovir sous forme générique en provenance de l'Inde. Notre projet n'est que le reflet de ce qui va se passer ailleurs, et il est essentiel que plusieurs laboratoires fabriquent ce médicament pour assurer un approvisionnement régulier et suffisant", a-t-il ajouté.

Le Tenofovir est communément prescrit dans les traitements antirétroviraux aux Etats-Unis et en Europe. Il est maintenant de plus en plus demandé dans les pays les moins riches, d'une part pour les patients qui entament une thérapie pour la première fois (car les risques d'effets secondaires sont moindres par rapport à ceux d'autres médicaments actuellement utilisés), d'autre part pour les patients sous traitement depuis plusieurs années. Les dernières directives de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) reconnaissent l'importance du Tenofovir, et recommandent son utilisation. Bien qu'il soit reconnu comme un médicament essentiel, la possibilité d'y avoir recours est très restreinte.

L'Indian Network for People Living with HIV/AID, représenté par le Alternative Law Forum, à Bangalore, a exprimé officiellement hier son opposition auprès de l'organisme en charge des brevets à Delhi. Les avocats de la partie civile indienne affirment que la formation de sel (acide fumarique) dans une combinaison existante (tenofovir disproxil) est une pratique courante qui ne représente pas une innovation, et ne devrait donc pas être brevetable dans le cadre de la loi indienne.

"Pour beaucoup d'entre nous vivant avec le VIH/SIDA, de nouveaux médicaments comme le Tenofovir offrent l'espoir de poursuivre un traitement. Si des brevets ont des conséquences négatives sur nos vies, nous ne pouvons que nous y opposer", a déclaré Loon Gangte, de Delhi Network of Positive People, lors d'une conférence de presse à Delhi.

D'après la Loi indienne, toute personne peut s'opposer à un brevet, avant que l'office compétent ne statue sur sa délivrance. Les patients cancéreux et les producteurs de médicaments génériques se sont opposés récemment à un brevet demandé par Novartis pour Glivec (Imatinib Mesylate), un médicament contre le cancer, affirmant que Novartis n'avait fait que produire une nouvelle forme d'un ancien médicament. Le brevet avait été rejeté.

Dossier spécial accès aux médicaments essentiels

Pour plus d'informations sur les difficultés concernant l'accès aux médicaments essentiels, consultez notre dossier spécial "Menace sur l'accès aux médicaments essentiels"

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