Libye : L’attaque du centre de Qasr Bin Gashir rappelle le besoin d’évacuer de toute urgence les réfugiés et les migrants de Tripoli

Un réfugié d'un naufrage retenu dans un centre de détention en Libye.
Un réfugié d'un naufrage retenu dans un centre de détention en Libye. ©Sara Creta/MSF

L’analyse des éléments médicaux disponibles par les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF)  permet de confirmer que les réfugiés et les migrants enfermés dans le centre de détention de Qasr Bin Gashir ont été blessés par balle, lors d'une attaque survenue le 23 avril. MSF et d’autres organisations humanitaires avaient déjà alerté il y a deux semaines sur les dangers auxquels sont exposés les quelque 3 000 réfugiés et migrants enfermés dans les centres de détention de Tripoli et dans les environs. Cet épisode de violence insensée aurait pu être évité si ces personnes avaient été évacuées en dehors du pays.

« L’inaction totale de la communauté internationale est scandaleuse. MSF demande à nouveau aujourd’hui que les réfugiés et les migrants soient évacués immédiatement et en lieu sûr, en dehors de la Libye – sans quoi, ils resteront exposés à d’autres attaques », explique Karline Kleijer, responsable des programmes d’urgence de MSF.

Lors de l'attaque de mardi dernier, plus de 700 hommes, femmes et enfants sans défense étaient détenus dans le centre de Qasr Bin Gashir. Plusieurs sources ont fait état de plusieurs morts et au moins douze blessés. Bien qu’il ne soit pas possible d’obtenir une image claire des événements, l’analyse des photos et des vidéos disponibles a permis à des équipes  de MSF de confirmer  que les blessures visibles sont compatibles avec celles causées par des tirs – ce qui corrobore les nombreux témoignages de réfugiés et migrants qui ont assisté aux événements et qui ont raconté avoir été attaqués de façon brutale et indiscriminée avec des armes à feu.

« Je n’ai pas de mots pour exprimer notre indignation, poursuit Karline Klejer. Rien ne peut justifier une attaque si violente sur des civils qui sont piégés dans une zone de conflit, et totalement vulnérables. Les condamnations de principe de la violence à l’encontre des réfugiés et migrants par la communauté internationale ne sont d’aucune utilité si elles ne s’accompagnent pas de l’évacuation immédiate de ces milliers de personnes en lieu sûr ».

Les personnes qui se trouvaient dans le centre de Qasr Bin Gashir ont été transférées dans un autre centre de détention, celui de Zawiya, entre le 24 et le 25 avril. Pendant une intervention médicale menée le 24 avril  en réponse à l’attaque de Qasr Bin Gashir, les équipes de MSF ont transféré 30 personnes, dont 12 enfants; les autres ont été transférées par d’autres organisations humanitaires. Même si elles ne se trouvent plus à proximité directe des combats, ces personnes restent en détention, dans un environnement dangereux et inhumain, tandis que les dynamiques très variables des combats continuent de représenter une menace pour la population de tous les centres de détention, à Tripoli et dans les alentours de la ville.

« C’est terrible d’entendre les cris de peur et de désespoir des femmes du centre dans les vidéos de l’incident. Il y avait des bébés, des enfants, et plusieurs femmes enceintes parmi les personnes attaquées, commente Hassiba Hadj-Sahraoui, conseillère aux opérations de MSF pour la Libye et les activités de secours en Méditerranée. De nombreuses personnes avaient déjà vécu des événements similaires, parfois plusieurs fois, après avoir été interceptées en mer et ramenées en Libye. Cet épisode de violence insensée aurait pu être évité si les appels à évacuer ces personnes en dehors du pays avaient été entendus ». Mais des pays comme la France et l’Italie choisissent au contraire le  renvoi et le maintien des réfugiés et des migrants en Libye  soutenant  directement les  garde-côtes libyens  pour intercepter les embarcations en mer.

MSF reste très inquiète du sort de tous les civils pris au piège des combats : des quartiers densément peuplés de Tripoli continuent d’être pilonnés et bombardés de façon indiscriminée. Depuis le début des combats, l’Organisation mondiale de la santé a rapporté que 296 personnes ont été tuées, dont 21 civils, et 1 441 blessées. Plus de 35 000 personnes ont été contraintes de fuir leurs maisons, selon l’Organisation internationale pour les migrations.

MSF demande à toutes les parties au conflit de respecter le droit humanitaire et de prendre toutes les précautions nécessaires pour épargner les populations et les bâtiments civils et permettre au personnel de santé et aux humanitaires de fournir l’assistance médicale à tous ceux qui en ont besoin, des deux côtés des lignes de front.

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