Ebola : reportage en immersion avec les équipes de MSF qui sensibilisent au virus
En Ituri, province la plus touchée par cette 17ème épidémie d’Ebola, la réponse médicale se heurte à un obstacle : la peur et la méfiance des communautés. À Bunia et dans ses environs, les équipes de Médecins Sans Frontières vont à la rencontre des habitants pour échanger, informer et briser les idées reçues. Suivez en images celles et ceux qui nouent ce dialogue essentiel pour freiner la propagation du virus.
Bunia, chef-lieu de la province de l'Ituri en République démocratique du Congo, est l'épicentre de la 17ème épidémie d’Ebola, déclarée le 15 mai 2026. À ce jour, elle a fait 1 437 victimes déclarées, et 3 262 cas confirmés. Dans un contexte sécuritaire déjà instable, la méfiance des communautés envers la réponse médicale est alimentée par le manque d'information, les rumeurs et la peur. Beaucoup doutent encore de l'existence du virus ou craignent d'être empoisonnés dans les centres de traitement. Pour déconstruire ces préjugés, nos équipes se déplacent dans la région afin d'échanger directement avec les habitants et les sensibiliser sur le virus Bundibugyo.
Floribert est chauffeur pour MSF depuis le début de l'épidémie. Il habite Bunia depuis 1997, et connaît donc très bien la ville et ses environs. Alors que le virus se propage à un rythme alarmant, il aide l'équipe de sensibilisation de MSF à se rendre dans les différents quartiers pour rencontrer les communautés.
Informer pour prévenir la propagation du virus Bundibugyo
Nathanaël Cirho Nyamwaba est superviseur de l'équipe de sensibilisation. Originaire de Goma, il est engagé sur le terrain depuis le lancement de la réponse médicale de MSF. Grâce à sa “boîte à images”, il explique les risques liés à la maladie et enseigne les gestes barrières essentiels. Chaque présentation laisse place à un échange interactif. Pour Nathanaël, ces moments d'écoute sont cruciaux : ils sont le cœur de cette relation de confiance que son équipe s'efforce de tisser jour après jour avec la population.
Ce jour-là, la foule s'agrandit au fil de la présentation sur le parking. Intrigués par le rassemblement, les curieux s'approchent et écoutent attentivement l'équipe de Nathanaël.
Dans l'assistance, les visages sont concentrés, les regards captivés. Peu à peu, la parole se libère et les questions émergent. Nathanaël prend le temps d'y répondre sans détour pour lever chaque doute.
L’engagement indispensable des habitants et des relais locaux
Les équipes de MSF sont épaulées par les « relais communautaires ». Lors de cette session, Nathanaël Wathum, membre influent et respecté de sa communauté, est présent. En tant que relais communautaire, il fait le pont entre la population et le centre de traitement d'Ebola de la zone. Grâce à sa connaissance fine du terrain, il est au fait du moindre événement marquant : décès, déplacements ou identification de cas contacts.
Dans le contexte épidémique actuel, impliquer les habitants est primordial. Nathanaël sillonne les foyers pour partager les consignes de prévention, recueillir les préoccupations locales et signaler les décès communautaires. Son rôle est décisif : il permet d'adapter la riposte en temps réel et de mieux anticiper l'évolution de la maladie.
Ces sessions de sensibilisations sont aussi l'occasion pour les habitants d'exprimer leurs besoins et leurs idées. À l'écoute, Nathanaël et son équipe notent précieusement les suggestions du terrain qui pourront ensuite être concrétisées par MSF, comme l'organisation d'une visite du centre de traitement d'Ebola Elikya pour lever les inquiétudes et rassurer les familles lorsqu'un proche y est admis.
“Nous avons compris que l'information et la prévention sauvent des vies”
Florence Dorcasse (deuxième en partant de la gauche) est la présidente de l'association villageoise d'épargne et de crédit (AVEC). Dans ses locaux de Matalata, un quartier de la zone de santé de Shari à l'est de Bunia, elle organise des séances de sensibilisation en partenariat avec MSF. À l'issue de la réunion, Élisa, Foura, Justine et Gertrude ont accepté de poser devant le bâtiment.
Dans la salle, les participantes s'écoutent avec attention et échangent ouvertement sur leur vécu. Alors que l'épidémie touche fortement leur quartier, comprendre le virus est devenu indispensable pour stopper sa propagation et protéger leurs familles.
« Au début, nous ne croyions pas que c’était Ebola. Nous pensions qu'il s'agissait du paludisme ou d'une autre maladie. C'est lorsque les premiers décès sont survenus que nous avons pris la mesure du danger. Grâce aux équipes de sensibilisation, nous avons adopté les bons réflexes : se laver fréquemment les mains, éviter les contacts à risque et se rendre sans attendre au centre de santé dès les premiers symptômes.
Aujourd'hui, nous devenons relais à notre tour auprès de nos proches et de nos voisins. Nous avons compris que l'information et la prévention sauvent des vies », témoigne l’une des participantes.
L’action de MSF face au virus Ebola
Médecins Sans Frontières (MSF) fait face à la plus importante épidémie d'Ebola dans l’est de la RDC en mobilisant plus de 1 400 soignants à travers sept centres de traitement et 15 unités d'isolement. L'organisation concentre ses efforts sur la prise en charge des malades, la surveillance épidémiologique et l'engagement des communautés locales pour rompre les chaînes de transmission, tout en maintenant l'accès aux soins de santé essentiels dans la région. Au 30 juillet, nos équipes ont traité 1 362 patients. 90% d’entre eux ont été admis dans les centres de Mongbwalu et Bunia.