Gaza : les données médicales de MSF illustrent l’impact de la famine sur les mères et leurs bébés
Communiqué de presse
Médecins Sans Frontières (MSF) a été témoin d’une hausse alarmante des naissances prématurées et de la mortalité néonatale, en raison de la situation de famine provoquée dans la bande de Gaza pendant les phases les plus aiguës de la guerre, et notamment en 2025, par le siège et les restrictions imposés par Israël. MSF appelle les autorités israéliennes à autoriser l’entrée immédiate et sans entrave de l’aide humanitaire et des biens essentiels à Gaza, selon leurs obligations en tant que puissance occupante.
Malnutrition maternelle : un danger vital pour les nouveau-nés à Gaza
MSF a analysé les données recueillies auprès de 201 mères de nouveau-nés qui ont dû être pris en charge par les unités de soins intensifs néonatals des hôpitaux Al Nasser à Khan Younès, et Al Helou dans la ville de Gaza, entre juin 2025 et janvier 2026. Plus de la moitié des femmes ont souffert de malnutrition* à un moment donné de leur grossesse, et 25 % étaient encore en situation de malnutrition au moment de l’accouchement.
La mortalité néonatale était deux fois plus élevée chez les nourrissons nés de mères souffrant de malnutrition. 90 % des bébés nés de mères souffrant de malnutrition sont nés prématurément et 84 % présentaient un faible poids à la naissance.
Avant la guerre, la malnutrition aiguë était pratiquement inexistante à Gaza. A partir de janvier 2024, les équipes de Médecins Sans Frontières ont identifié les premiers cas de malnutrition infantile. Entre cette date et février 2026, MSF a admis 4 950 enfants de moins de 15 ans — dont 98 % avaient moins de 5 ans — pour malnutrition aiguë dans le cadre de programmes ambulatoires et hospitaliers.
Le blocus et les attaques contre les infrastructures médicales pointés du doigt
MSF établit un lien entre ces résultats et le blocus israélien sur les biens essentiels, les attaques contre les infrastructures civiles et notamment médicales. « Israël a restreint l’entrée de denrées alimentaires, a militarisé l’aide humanitaire et sa distribution, et ciblé les infrastructures essentielles », affirme José Mas, responsable des urgences pour Médecins Sans frontières. « Ce sont autant de moyens utilisés pour affamer la population de Gaza et la contrôler. »
Entre octobre 2024 et décembre 2025, les équipes de MSF ont admis 513 nourrissons de moins de six mois dans les programmes de nutrition des centres de santé d'Al Mawasi et d'Al Attar à Khan Younès. Parmi les enfants admis, 91 % présentaient un risque de retard de croissance et de développement.
Insécurité alimentaire : des familles privées d'accès aux programmes nutritionnels
« Mon plus jeune fils est mort à l’âge de cinq mois des suites d’une malnutrition sévère », raconte Mona, une femme de 23 ans prise en charge par MSF. « J’ai moi-même souffert de malnutrition pendant ma grossesse, de diarrhées et d’une grande fragilité. Je vis dans une maison partiellement détruite. Mon mari était pêcheur et possédait un petit bateau, qui a été détruit par les bombardements israéliens. Nous n’avons aucun revenu régulier. »
En décembre, un tiers des nourrissons (32 %) n’a pas pu continuer à bénéficier d’une prise en charge dans le cadre des programmes de nutrition de MSF, principalement en raison de l’insécurité et de la difficulté à se déplacer dans la bande de Gaza.
« La baisse des admissions fin juillet et début août 2025 a coïncidé avec une période d’insécurité accrue et de perturbations dans la distribution alimentaire », explique Marina Pomares, coordinatrice médicale pour la Palestine. « La plupart des mères ont demandé une aide nutritionnelle même lorsque leurs enfants n’étaient pas encore identifiés comme souffrant de malnutrition. Cela reflète l’insécurité alimentaire généralisée due au blocus imposé par Israël, qui a empêché l’entrée de nourriture à Gaza pendant des mois. Les familles ont mis en place des mécanismes d’adaptation, donnant souvent la priorité aux hommes et aux enfants plutôt qu’aux mères lors de la distribution de denrées alimentaires limitées. »
Une situation de famine déclarée : une première au Moyen-Orient
Pour rappel, l’IPC (le cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire) estimait qu’entre le 16 octobre et le 30 novembre 2025, environ les trois quarts de la population de Gaza étaient confrontés à des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë. Il avait par ailleurs déclaré une situation de famine en août, une première dans la région du Moyen-Orient.
*Note à l’attention des rédacteurs : la malnutrition chez les femmes enceintes et allaitantes ainsi que chez les nourrissons de moins de 6 mois est généralement classée comme une sous-alimentation, plutôt que comme une malnutrition aiguë modérée ou sévère. Les patients présentent un « mauvais état nutritionnel » ou sont « en situation de risque nutritionnel ».