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Gaza - Conférence de presse à Paris et à Jérusalem

Médecins Sans Frontières a tenu deux conférences de presse simultanées, à Jerusalem et à Paris, le vendredi 16 janvier. Voici un extrait des questions abordées.

«Jusqu'où l'armée israélienne peut-elle aller avant qu'il n'y ait une mobilisation de la communauté internationale pour arrêter ça ? » a demandé Cécile Barbou, coordinatrice médicale des programmes MSF dans la bande de Gaza, en liaison téléphonique depuis la ville de Gaza.

« Ici c'est l'enfer ! Même les porteurs de drapeaux blancs se font tirer dessus. Il est plus que temps que la communauté internationale se mobilise se positionne et prenne les décisions et mesures qui s'imposent pour arrêter ce conflit ! Cette passivité est insupportable, intolérable ! Il faut que tout cela cesse. Nous sommes révoltés ! »

« Il faut mettre fin à cette hécatombe de civils. Médecins Sans Frontières exprime aujourd'hui sa révolte face au nombre de victimes civiles et l'impossibilité pour les secours de sauver davantage de vies » a déclaré depuis Paris le docteur Christophe Fournier.

Le président du Conseil International de Médecins Sans Frontières a qualifié la situation d'inacceptable : « La population de Gaza continue à être victime de tirs et de bombardements non discriminés, les soignants n'ont pas accès aux blessés et peu de blessés peuvent se rendre dans les hôpitaux. Alors qu'un hôpital et un bâtiment des Nations-unies sont bombardés, le sentiment d'insécurité est total, nous ne savons pas quelle sera la prochaine cible.»

« Alors que la situation est déjà catastrophique, nous craignons une escalade de la violence dans les heures, les jours à venir. Nous redoutons de voir plus de civils tués ou blessés, d'hôpitaux bombardés. Il est essentiel que les civils, les secouristes, les structures de santé, les acteurs humanitaires soient respectés par toutes les parties au conflit. Ce qui n'a pas été le cas jusqu'à maintenant. Le droit humanitaire existe pour être appliqué dans tous les conflits et respecté par tous, Etats compris », a déclaré de Jérusalem le Dr Marie-Pierre Allié, présidente de la section française de Médecins Sans Frontières.

«Cette violence extrême frappe une population prisonnière, prise au piège. On s'entend répondre que la population est prévenue avant chaque attaque, mais elle n'a nulle part où fuir, où se réfugier ! » - a ajouté le Dr Marie-Pierre Allié.

« En près de 40 ans d'action dans des contextes de conflit, MSF a rarement été confrontée à une telle violence à l'encontre de populations civiles. Que ce soit en Somalie, en RDC ou même au Darfour, aucune de ces guerres n'a entraîné autant de morts en si peu de temps. Notre objectif n'est pas d'établir une hiérarchie des horreurs de la guerre, mais de dénoncer le cynisme avec lequel Israël mène son offensive militaire, sans aucun respect pour les civils

Le docteur Marie-Pierre Allié a insisté sur les entraves aux secours : « Malgré les déclarations officielles du gouvernement israélien, force est de constater que l'aide humanitaire et notamment médicale est gravement entravée. Bombes et tirs n'épargnent ni les ambulances, ni les hôpitaux, ni les personnels de santé... Un tel décalage entre de si louables intentions et les risques réellement encourus est inacceptable.»

« Prendre pour excuse que un ou des tireurs soient embusqués à proximité d'une structure médicale pour bombarder ce lieu est inacceptable. Ce n'est pas un argument recevable. Notre message est clair : les parties au conflit doivent respecter les équipes médicales. Un médecin mort est un médecin inutile, nous ne pouvons pas envoyer des équipes sous les bombes sans savoir où ça tombe », a précisé depuis Paris Filipe de Ribeiro, directeur général de Médecins Sans Frontières.

Du personnel médical MSF travaillait dans l'hôpital d'Al Quds mais n'était pas présent lorsque cet hôpital a été bombardé.

Le docteur Cécile Barbou a décrit la situation à Gaza : « Les gens ici sont désespérés, ils tentent de fuir mais les évacuations des familles sont très difficiles, il faut des heures pour sortir, souvent les mains vides. Nous recevons des familles qui fuient d'autres quartiers mais nous craignons nous aussi d'être pris pour cible, personne n'est à l'abri. »

Cécile Barbou regrette que l'assistance que Médecins Sans Frontières peut aujourd'hui apporter soit infime par rapport aux besoins. Les possibilités d'action sont tellement limitées que l'ampleur des besoins ne peut même pas être précisément estimée.

La clinique de soins post-opératoires de MSF à Gaza continue à recevoir des blessés ayant besoin de soins après des opérations, soit une vingtaine de personnes par jour. « Ce sont des cas médicaux lourds, des patients grièvement blessés et soignés très rapidement. Par exemple, une fille avait une différence de 4 à 5 centimètres entre la jambe gauche et la jambe droite. Il y aura certainement beaucoup de reprises chirurgicales derrière. Les chirurgiens font au plus vite, il y a eu 400 à 500 opérations chirurgicales à l'hôpital Al Shifa ces trois dernières semaines donc les opérations sont rapides et ceux qui ne sont pas grièvement blessés sont renvoyés chez eux. D'autres ne prennent pas le risque de se déplacer jusqu'à l'hôpital. Nous soignons aussi beaucoup de brûlures très importantes dans notre clinique. »

Une équipe chirurgicale MSF essaie toujours de se rendre à Gaza, où les hôpitaux réclament le soutien de Médecins Sans Frontières. « Depuis plus d'une semaine, deux chirurgiens, deux anesthésistes, deux infirmiers et un logisticien attendent à Jerusalem de pouvoir entrer dans la bande de Gaza », a expliqué Mego Terzian, responsable adjoint des urgences, « il y a eu un délai pour obtenir les autorisations, ensuite les conditions de sécurité ne permettaient pas de passer par le point d'entrée d'Erez, au nord de la bande de Gaza. Le passage par un autre point, celui de Kerem Shalom, a été refusé par les autorités israéliennes. L'équipe est maintenant en Egypte et espère entrer aujourd'hui par Rafah.»

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