Covid-19: Au Brésil, l'absence de réponse adaptée des autorités a conduit le pays à une catastrophe humanitaire

MSF response to COVID-19 in Porto Velho - Rondonia
Unité de soins intensifs. Porto Velho, Etat de Rondônia. Brésil. Avril 2021.   © Diego Baravelli/MSF

Plus de 12 mois après le début de l’épidémie de la Covid-19 au Brésil, il n’y a toujours pas de réponse de santé publique efficace, centralisée et coordonnée dans le pays. L’absence de volonté politique pour agir de manière adaptée face à cette pandémie est responsable de la mort de milliers de Brésiliens.

MSF appelle de toute urgence les autorités brésiliennes à reconnaître la gravité de la crise et à mettre en place un système de coordination et de réponse centralisé contre la Covid-19 afin de prévenir de nouveaux décès évitables.

La semaine du 5 avril, 11% des nouvelles infections à la Covid-19 dans le monde étaient enregistrées au Brésil ainsi que plus d’un quart des décès. Le 8 avril, 4 249 décès ont été recensés, un record pour une seule journée ainsi que 86 652 nouvelles infections à la Covid-19 avec des services de soins intensifs saturés dans 21 des 27 unités territoriales du Brésil. Ces chiffres illustrent l'incapacité des autorités à gérer la crise sanitaire et humanitaire dans le pays et à protéger les Brésiliens, en particulier les plus vulnérables, contre le virus.

« Au Brésil, les problématiques de santé publique sont instrumentalisées par le pouvoir politique », déclare le Dr. Christos Christou, président international de MSF. « En conséquence, les mesures sanitaires à adopter qui devraient être basées sur des faits scientifiques sont davantage associées à des opinions politiques au lieu de servir de cadre pour protéger les individus et leurs communautés. »

Par ailleurs, la grande quantité de rumeurs et d’informations erronées qui circulent dans les communautés a des conséquences dévastatrices. Les masques, la distanciation physique et la restriction des mouvements et des activités non essentiels sont contestés et remis en cause par certains politiciens. En outre, l'hydroxychloroquine (un médicament antipaludéen) et l'ivermectine (un médicament antiparasitaire) sont présentés comme la panacée et sont prescrits par les médecins, à la fois comme prophylaxie et comme traitement à la Covid-19.

« En agissant ainsi, le gouvernement fédéral a abandonné le personnel médical engagé à prendre seul en charge les personnes gravement malades dans les unités de soins intensifs et à improviser des solutions lorsque les lits ne sont pas disponibles », poursuit le Dr. Christou.

Les hôpitaux font face à une pénurie constante d'oxygène et de sédatifs, nécessaires pour intuber certains patients. En conséquence, les équipes de MSF ont vu des patients, qui auraient pu survivre, être privés des soins médicaux appropriés.

« Cette situation de chaos dont les équipes de MSF ont été les premiers témoins dans la région de l'Amazonas est devenue la réalité dans la majorité du pays », indique Pierre Van Heddegem, coordinateur d'urgence de la réponse Covid-19 de MSF au Brésil. « Le manque de planification et de coordination entre les autorités sanitaires fédérales et leurs homologues étatiques et municipaux ont des conséquences fatales. Non seulement les patients meurent sans pouvoir accéder aux soins, mais le personnel médical est épuisé et souffre de graves traumatismes psychologiques et émotionnels en raison des conditions de travail », rapporte Pierre Van Heddegem.

« La réponse à cette épidémie doit commencer au niveau communautaire et non dans les unités de soins intensifs », déclare Meinie Nicolai, directrice générale de MSF. « Non seulement les fournitures médicales telles que l'oxygène, les sédatifs et les équipements personnels de protection doivent être disponibles là où elles sont nécessaires, mais le port du masque, la distanciation physique, les mesures d'hygiène et la restriction des mouvements et activités non essentiels doivent être encouragés et mis en œuvre dans la communauté, conformément à la situation épidémiologique locale. Les directives relatives au traitement de la Covid-19 doivent être régulièrement mises à jour pour refléter les dernières recherches médicales et les tests antigéniques rapides doivent être rendus plus largement disponibles afin de faciliter à la fois les soins aux patients et le contrôle de l'épidémie », explique M. Nicolai.

Le retard dans la vaccination aggrave encore la  situation. Alors que les autorités avaient réussi  à vacciner 92 millions de personnes contre le virus H1N1 (grippe porcine) en seulement trois mois en 2009, la campagne de vaccination Covid-19 fonctionne au ralenti. À ce jour, environ 11 % des personnes ont reçu au moins une dose de vaccin, ce qui signifie que des millions de vies, sont menacées par plus de 90 variants du virus qui circulent actuellement dans le pays.

« Depuis un an, les autorités brésiliennes ont favorisé la propagation incontrôlée de la Covid-19 », conclut le Dr. Christou. « Leur refus de recourir à des mesures de santé publique fondées sur des données probantes a précipité un trop grand nombre de personnes dans la tombe. Il est urgent que le Brésil  apporte à cette crise une réponse bien coordonnée et fondée sur des données scientifiques afin d’empêcher de nouveaux décès évitables et la destruction du système de santé brésilien, jusqu’ici performant. »

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