Burundi : les conditions de vie de 35 000 réfugiés congolais deviennent insoutenables dans le camp de Busuma
Communiqué de presse
Les conditions de vie se dégradent de façon alarmante dans le camp de Busuma, au Burundi, où vivent 35 000 réfugiés ayant fui les violences en République démocratique du Congo (RDC). Leur situation est si précaire que nombre d’entre eux envisagent de retourner en RDC, malgré l’insécurité persistante et les risques liés à l’épidémie d’Ebola. Alors que plusieurs organisations s’apprêtent à cesser leurs activités à Busuma faute de financements, Médecins Sans Frontières (MSF) alerte sur le risque qui pèserait alors sur les populations.
Des milliers de Congolais déplacés par les violences au Sud-Kivu
Depuis décembre 2025, plus de 90 000 Congolais ont fui les offensives du M23 dans le Sud-Kivu, à l’est de la RDC, pour trouver refuge au Burundi, selon l’ONU. Après avoir transité par plusieurs centres d’accueil situés à la frontière entre les deux pays, la plupart ont été transférés au camp de Busuma, dans l’intérieur du Burundi, loin de la frontière congolaise. Plus de dix mois après leur arrivée, 35 000 réfugiés y vivent encore, dans des conditions extrêmement précaires, qui ne cessent de se dégrader. En septembre, le camp ne disposait que d’une latrine pour 119 personnes et d’une douche pour 242 personnes.
« Les besoins en abris sont massifs. Ceux construits au début de la crise, prévus pour six mois, se détériorent alors que la saison des pluies a commencé », explique Ouo-ouo Sakouvogui, coordinateur de MSF dans le camp.
Arrivée à Busuma à la mi-décembre 2025 après avoir fui la RDC, Asiya Bipemaju partage un abri avec 14 autres personnes. Comme de nombreuses familles de réfugiés, elle tente de survivre dans un quotidien marqué par la promiscuité, le manque de nourriture et l’incertitude.
« Nous avons fui en laissant tout derrière nous, et quand nous sommes arrivés ici, nous avons fait face au choléra, aux infections et aux décès des gens autour de nous. Aujourd’hui, nous luttons pour dormir et nourrir nos enfants. Tous ces problèmes me pèsent énormément. Honnêtement, je n’en peux plus. Je veux rentrer », témoigne-t-elle auprès des équipes de MSF.
Choisir le retour en RDC malgré la guerre et le risque d'Ebola
Depuis avril 2026, plus de 20 000 réfugiés ont volontairement regagné la RDC dans le cadre d’un programme des Nations Unies visant à faciliter leur retour vers des zones considérées comme sécurisées. Mais les conditions de vie sont devenues si précaires dans le camp de Busuma que de nombreux réfugiés envisagent désormais de retourner en RDC sans bénéficier de garantie similaire concernant leur sécurité, et malgré les risques sanitaires liées à l’épidémie de maladie à virus Ebola en cours.
« Nous ne voulons tout simplement pas rester ici. Il y a trop de souffrance et pas assez d’aide, tout manque. Nous voulons juste partir », témoigne Ibonge Alinoti, arrivé à Busuma en décembre 2025 après avoir fui les affrontements près d’Uvira, dans l'est de la RDC. « J’ai déjà fui la violence trois ou quatre fois au Congo. Si cela recommence, nous nous échapperons encore. »
« La population de Busuma ne peut pas continuer à vivre dans de telles conditions », insiste Adélaïde Ouabo, coordinatrice des programmes de MSF au Burundi. « Il n’est pas acceptable que des réfugiés préfèrent risquer leur vie plutôt que de rester dans un camp censé les protéger et les soutenir. Cette situation est un signal d’alarme auquel il faut remédier sans délai. »
Saison des pluies et baisse des financements risquent d'aggraver la crise sanitaire
Les interventions d’urgence menées début 2026 ont permis d’améliorer les conditions sanitaires dans le camp de Busuma et de maîtriser les épidémies de choléra et de rougeole. Mais la situation risque de se dégrader encore dans les prochains mois. « Les cas de maladies hydriques ont diminué pendant la saison sèche. Mais avec le début de la saison des pluies et les prévisions météorologiques associées à El Niño, nous craignons une recrudescence de ces maladies », souligne Ouo-ouo Sakouvogui.
Par ailleurs, en raison de la baisse des financements internationaux, certaines organisations actives dans le camp n’ont plus de budget au-delà d’octobre. D’autres n’ont aucune garantie de financement après la fin de l’année. « Malgré les efforts des autorités et des Nations Unies pour mobiliser les bailleurs, les coupes budgétaires globales sont là, et des acteurs humanitaires risquent de disparaître du camp dès le début de l’année 2027 alors que les besoins restent immenses », alerte Adélaïde Ouabo.
Des besoins médicaux et psychologiques immenses
Les besoins médicaux demeurent considérables. Entre juillet et septembre, les équipes de MSF ont réalisé plus de 12 000 consultations ambulatoires auprès des réfugiés et de la communauté d’accueil, notamment pour des infections respiratoires et intestinales. Plus de 300 personnes ont également bénéficié de soins spécialisés.
À ces difficultés s’ajoute une détresse psychologique profonde. Les violences subies en RDC, la fuite, la perte de proches et de biens, ainsi que la dégradation des conditions de vie à Busuma pèsent lourdement sur la santé mentale des réfugiés. Les équipes de MSF font face à une demande croissante de soutien psychologique.
« Beaucoup de personnes sont désespérées. L’aide diminue alors que certaines n’ont même pas de bâche ou de couverture pour se protéger. Nous constatons des dépressions, de l’anxiété, des psychoses et des syndromes de stress post-traumatique. Les besoins sont vraiment énormes », explique Vanessa Niyonizigiye, psychologue clinicienne de MSF dans le camp.