Nord du Nigeria : MSF mobilisée contre le kwashiorkor, une forme grave de la malnutrition
Au Nigeria, la crise nutritionnelle reste critique : près de deux millions d’enfants souffrent de malnutrition aiguë. Dans le Nord du pays, malgré une légère baisse des admissions dans l’État de Katsina ces derniers mois, les besoins demeurent importants. La région enregistre notamment une forte présence du kwashiorkor, une forme particulièrement grave de malnutrition. Face à cette situation, les équipes de Médecins Sans Frontières (MSF) poursuivent la prise en charge médicale des enfants.
Selon l’UNICEF, 12,2 millions d’enfants souffrent de malnutrition aiguë sévère dans le monde, un chiffre qui pourrait être sous-estimé et atteindre 20 millions. La malnutrition est associée à 45 % des décès d’enfants de moins de cinq ans dans le monde.
Malnutrition au nord du Nigeria : malgré les récents progrès, les besoins restent considérables
Le Nord-Ouest du Nigeria est une région fragile en termes d’insécurité alimentaire, de malnutrition infantile et d’accès aux soins, notamment pour les enfants. Ces dernières années, la criminalité et les conflits locaux ont entrainé des violences particulièrement meurtrières pour les communautés.
Dans l’État de Katsina, la situation s’est améliorée en 2026 grâce à de meilleures conditions de sécurité et de récolte. « Beaucoup de personnes déplacées, en raison de l’insécurité, ont pu rentrer chez elles, recommencer à cultiver et accéder plus facilement à la nourriture. Nous les voyons donc moins dans nos centres de traitement », explique Jean-Clément Ishimwe, coordinateur des partenariats pour MSF.
Malgré ces progrès, plusieurs facteurs structurels continuent d’alimenter la crise nutritionnelle dans le nord du Nigeria :
- La pauvreté et l’inflation réduisent le pouvoir d’achat des familles et leur accès à une alimentation suffisante.
- Les conflits et l’insécurité, liés aux groupes armés et jihadistes, continuent de provoquer des déplacements de population et perturbent les activités agricoles.
- Les aléas climatiques, notamment les sécheresses et les inondations, fragilisent davantage les moyens de subsistance.
À l’échelle du pays, selon la Société nigériane de nutrition, seuls 20 % des enfants concernés recevraient un traitement contre la malnutrition. Entre janvier et août 2026, MSF a pris en charge près de 280 000 enfants au Nigeria, dont plus de 87 000 dans les quatre centres ambulatoires de l’État de Katsina.
Le kwashiorkor, une forme de malnutrition grave qui touche les enfants
Il existe deux formes de malnutrition :
- La marasme est la forme la plus connue, se caractérisant par une forte perte de masse musculaire et de graisse sous-cutanée.
- Le kwashiorkor est une forme grave de malnutrition qui provoque notamment des gonflements du corps et des lésions cutanées, ressemblant à des brûlures.
Les causes du kwashiorkor restent mal comprises. Ces difficultés de dépistage et de traitement sont d’autant plus préoccupantes que le kwashiorkor peut être mortel. En 2025, plus de 145 000 enfants ont été admis dans les centres nutritionnels ambulatoires de l’État, dont plus de 8 400 souffraient de kwashiorkor.
Pour mieux prendre en charge ces enfants, MSF a ouvert cette année une unité de soins spécialisée dans son centre d’hospitalisation de Katsina. Nos équipes ont également renforcé les capacités des structures de santé en formant et en accompagnant le personnel de nouveaux centres.
« Je ne pensais pas que c’était de la malnutrition. », explique - Badiyya Shafi’u, la mère d’un enfant atteint du kwashiorkor et soigné par MSF. « Avant, il ne pouvait même pas s'asseoir tout seul. Mais maintenant, je constate une amélioration, il se tient debout, et il essaie même de recommencer à marcher ».
Le kwashiorkor en vidéo
Des engagements financiers essentiels pour lutter contre la malnutrition
Depuis 2021, le nombre de centres de traitement de la malnutrition est passé de quelques structures à plus de 400 dans le nord du Nigeria. Ces progrès restent toutefois fragiles. Les financements et l’approvisionnement en aliments thérapeutiques demeurent insuffisants, tandis que les réductions de l’aide internationale, notamment américaine, française, allemande et britannique, aggravent les difficultés de prise en charge.
De leur côté, les autorités de l’État de Katsina se sont engagées à consacrer un milliard de nairas, soit environ 672 000 euros, à la lutte contre la malnutrition. Ce montant représente le double de celui prévu en 2025. Une partie de cette somme doit financer l’achat d’aliments thérapeutiques prêts à l’emploi, essentiels au traitement des enfants. L’UNICEF a également promis de mobiliser un montant équivalent par l’intermédiaire de son Child Nutrition Fund. « Si ces engagements sont tenus, c’est un signe encourageant qui doit être soutenu et amplifié, non seulement dans l’État de Katsina, mais dans tout le nord du pays », souligne Jean-Clément Ishimwe, coordinateur des partenariats pour MSF.
L'action de MSF au Nigeria
Au Nigeria, MSF déploie des services de santé essentiels, en particulier dans le nord du pays en proie à une insécurité chronique. Les équipes y luttent massivement contre la malnutrition infantile aiguë, ripostent aux épidémies de diphtérie ou de rougeole par des campagnes de vaccination, et assurent des soins de santé maternelle vitaux pour les populations isolées ou déplacées.