Nord-Kivu : face à des foyers d’Ebola qui se multiplient, les centres de traitement au bord de la saturation
Depuis le début du mois de septembre 2026, la province du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC), fait face à une recrudescence alarmante de la maladie à Ebola. Alors que les foyers épidémiques se multiplient à Beni, Butembo et dans les zones environnantes, Médecins Sans Frontières (MSF) alerte sur l'insuffisance critique des capacités d'accueil.
La province du Nord-Kivu concentre désormais près de 40 % des nouveaux cas confirmés d’Ebola dans le pays, contre 24 % à la fin du mois d’août. Face à cette propagation rapide, les structures sanitaires locales peinent à absorber le flux de patients, exposant les malades et le personnel soignant à des risques accrus de contamination.
« Dans cette épidémie, nous sommes comme des pompiers confrontés à un mégafeu, avec de multiples foyers simultanés, d’intensité variable et éloignés les uns des autres. Il est impossible d’endiguer cette crise tant que de nouveaux foyers continuent de se multiplier. D’une semaine à l’autre, l’épidémie est très mouvante : Butembo a enregistré une légère baisse la semaine dernière tandis que Beni connaît une forte augmentation, mais la situation peut évoluer à tout moment. Nous ne pouvons que craindre une aggravation de la situation dans les semaines à venir », affirme Stéphanie Hoffmann, responsable du Centre de traitement Ebola (CTE) de MSF à Butembo.
Saturation des structures sanitaires et hausse des risques de transmission
La province du Nord-Kivu est en effet de plus en plus touchée par la maladie à Ebola, alors que les capacités de prise en charge demeurent très limitées. Au 28 septembre, 34 % des cas positifs étaient encore hospitalisés dans des structures de santé générales non équipées pour traiter Ebola, en raison de la saturation des centres dédiés et des retards de diagnostic. Ces structures ne bénéficient d'aucun soutien spécifique pour la gestion de la maladie, ce qui accroît considérablement le risque de transmission nosocomiale, entre patients et personnel soignant.
« Depuis plusieurs semaines, nos capacités d’accueil sont saturées. Faute de places, nous devons régulièrement orienter des patients confirmés vers d’autres structures, alors même qu’ils présentent un risque important de transmission pour la communauté. Par ailleurs, la qualité des soins disponibles dans certaines structures périphériques ne répond pas toujours aux standards requis pour la prise en charge d’Ebola. C’est extrêmement préoccupant », poursuit Stéphanie Hoffmann.
Dans la zone de Butembo, seules deux structures spécialisées étaient opérationnelles jusqu’à récemment. Même si deux nouveaux centres viennent d'ouvrir, le niveau de qualité des soins dans les structures non spécialisées demeure inférieur aux standards requis pour faire face à la fièvre hémorragique.
La réponse médicale de MSF à Butembo
Dans le cadre de son appui au ministère de la Santé congolais, MSF soutient trois structures clés dans la zone de Butembo et ses environs :
- Le centre de traitement Ebola (CTE) de Kitatumba : qui dispose de 29 lits dédiés aux cas suspects et confirmés ;
- Le centre de transit de l’Université catholique du Graben (UCG) : 16 lits pour l'isolement des cas suspects ;
- Le centre de transit de Musienene : 5 lits d'urgence pour les cas suspects.
Convaincre les patients de se faire soigner, une clé pour réduire la mortalité à domicile
Disposer d'infrastructures médicales ne suffit pas à stopper la chaîne de transmission. Actuellement, plus de 60 % des décès liés à Ebola surviennent encore au sein des communautés, hors des structures de soins.
« Il est donc tout aussi essentiel de renforcer la confiance entre les communautés et les acteurs de la riposte, afin que les malades acceptent de se faire soigner et de s'isoler. Sans cette confiance, nous risquons de voir davantage de décès dans les semaines à venir et une poursuite de la propagation de la maladie vers les zones voisines », témoigne Stéphanie Hoffmann. Pour éviter que des malades ne restent cachés chez eux par crainte ou méfiance envers la riposte, MSF collabore étroitement avec les leaders communautaires, les soignants locaux et les associations de jeunes. L'objectif est d'encourager le dépistage précoce, d'expliquer la nécessité de l'isolement et de restaurer la confiance autour de la prise en charge médicale.
Face à l’ampleur de cette crise sanitaire au Nord-Kivu, MSF rappelle qu'elle ne pourra pas répondre seule aux besoins et demande un renforcement d'urgence des moyens humains et logistiques sur l'ensemble de la province.
L'action de MSF face à l'épidémie d'Ebola
Médecins Sans Frontières (MSF) fait face à la plus importante épidémie d'Ebola en RDC en mobilisant plus de 2 800 soignants à travers 8 centres de traitement et des unités d'isolement. L'organisation concentre ses efforts sur la prise en charge des malades, la surveillance épidémiologique et l'engagement des communautés locales pour rompre les chaînes de transmission, tout en maintenant l'accès aux soins de santé essentiels dans la région. Nos équipes ont traité plus de 3 500 patients.