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© Léa Gillabert/MSF

Abattement assurance-vie et succession : notre guide pour comprendre la fiscalité


Les abattements d'une assurance-vie lors de la succession bénéficient d'une fiscalité unique qui allège les droits à payer au moment du décès. Comprendre ce dispositif, ses seuils et ses conditions d’application, facilite une transmission sereine de patrimoine, dans le respect de la loi et des volontés de chacun.

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Civilité

Comprendre les termes clé : abattement, clause bénéficiaire, succession

Avant d’aborder les règles fiscales propres à l’abattement en assurance-vie lors d’une succession, il est préférable de définir les notions clé qui structurent ce mécanisme de transmission patrimoniale.

Qu'est-ce qu'un abattement fiscal ?

Un abattement fiscal correspond à une somme soustraite de la base imposable avant le calcul de l’impôt. Dans le cadre de l’assurance-vie, il réduit la part soumise aux droits de succession ou aux prélèvements spécifiques appliqués lors du versement du capital décès.

Chaque bénéficiaire peut, selon la situation et l’âge du souscripteur au moment des versements, profiter d’un abattement distinct prévu par le Code général des impôts (CGI).

Cette règle protège une partie du capital transmis et favorise une transmission plus équitable entre proches ou bénéficiaires choisis.

Le rôle essentiel de la clause bénéficiaire

La clause bénéficiaire désigne la ou les personnes appelées à recevoir le capital de l’assurance-vie au décès du souscripteur. Encadrée par le Code des assurances, elle constitue un outil juridique déterminant pour organiser sa succession tout en profitant d’un régime fiscal avantageux.

Elle peut être standard (prévue par l’assureur) ou personnalisée (clause libre), selon la situation familiale et les objectifs de transmission.

Une rédaction claire de la clause, permettant l'identification rapide des bénéficiaires, évite les ambiguïtés et garantit la bonne application des abattements fiscaux.

Différence entre l'assurance-vie et la succession

Contrairement à une succession, encadrée par la loi, l’assurance-vie relève d’un contrat spécifique : les sommes versées ne font pas partie de l’actif successoral. Elles bénéficient d’abattements et de taux préférentiels spécifiques avant d’être transmises directement au bénéficiaire désigné, sans passer par le partage entre héritiers.

Le principe fondamental : l'assurance-vie est « hors succession »

Le fondement juridique : l'article L. 132-12 du Code des assurances

Cet article précise que le capital versé au décès de l’assuré à un bénéficiaire désigné échappe aux règles classiques du partage successoral : En principe, ces fonds ne sont ni soumis à la réserve héréditaire, ni à la quotité disponible.

Toutefois, ce principe connaît une exception notable si les primes versées sont jugées « manifestement exagérées » au regard des facultés du souscripteur. En dehors de ce cas spécifique,

Ce mécanisme distinct du droit civil permet d’assurer la transmission directe du capital au bénéficiaire, sans attendre le règlement global de la succession.

Les implications pratiques pour les héritiers et les bénéficiaires

Ce fonctionnement « hors succession » a plusieurs conséquences concrètes.

- Le bénéficiaire perçoit le capital indépendamment du partage entre héritiers.

- Le notaire n’intègre pas ce montant dans l’actif successoral, sauf si des primes ont été jugées exagérées et qu'elles entament la part réservataire des héritiers réservataires.

- Les héritiers réservataires (enfants) ne peuvent pas réclamer la réintégration du capital, sauf en cas d’abus manifeste.

Ainsi, l’assurance-vie se démarque par sa rapidité de versement et sa neutralité juridique : elle ne modifie pas la répartition de l’héritage, mais vient compléter la transmission dans un cadre fiscal autonome.

La limite : la notion de « primes manifestement exagérées »

Lorsqu’un souscripteur consacre une part disproportionnée de son patrimoine à son contrat d’assurance-vie, au détriment de ses héritiers légaux, les primes manifestement exagérées peuvent être réintégrées dans la succession (L.132-13).

Cette appréciation, laissée à la décision du juge, prend en compte :

- l’âge et la situation du souscripteur au moment des versements ;

- son patrimoine global et ses revenus ;

- le montant total des primes par rapport à sa capacité financière ;

- l’intention éventuelle de détourner les droits des héritiers réservataires.

Son objectif réside à préserver l’équité successorale sans remettre en cause la liberté de transmission attachée à l’assurance-vie.

La fiscalité des primes versées AVANT 70 ans (article 990 I du CGI)

L'abattement de 152 500 euros par bénéficiaire

Selon le Code général des impôts (CGI), les sommes versées sur un contrat d’assurance-vie avant les 70 ans du souscripteur bénéficient d’un régime fiscal très avantageux.

Un abattement de 152 500 €, propre à l’assurance-vie en succession, s’applique séparément pour chaque bénéficiaire, quel que soit le nombre de contrats ouverts par le souscripteur.

Ce dispositif favorise une transmission équitable et fiscalement optimisée, notamment pour les familles souhaitant répartir leur patrimoine financier entre plusieurs héritiers ou légataires.

La taxation au-delà de l'abattement : les prélèvements de 20 % et 31,25 %

Au-delà de l’abattement de 152 500 €, le capital décès reste soumis à une fiscalité spécifique, indépendante des droits de succession classiques :

- 20 % pour la part taxable comprise entre 152 500 € et 700 000 € ;

- 31,25 % pour la fraction excédant 700 000 €.

Ce barème progressif s’applique aussi individuellement. Les organismes d’intérêt général comme Médecins Sans Frontières (MSF), en revanche, bénéficient d’une exonération totale sur les sommes reçues, conformément à l’article 795 du CGI.

Exemple de calcul pour un capital transmis avant 70 ans

Cas d’un souscripteur ayant versé 400 000 € sur un contrat d’assurance-vie avant ses 70 ans et désignant deux bénéficiaires :

Chaque bénéficiaire prétend 200 000 €, dont 152 500 € sont exonérés d’impôt. Les 47 500 € restants sont taxés à 20 %, soit 9 500 € de prélèvement fiscal individuel.
↪️ Les bénéficiaires reçoivent 190 500 € nets chacun, soit 381 000 € sur 400 000 € transmis.

Cette imposition démontre la puissance de l’abattement sur l’assurance-vie en succession dans une stratégie de transmission équilibrée et fiscalement allégée.

Le cadre légal : l'article 990 I du Code Général des Impôts

Cet article fixe le régime fiscal applicable aux versements effectués avant 70 ans. Il définit :

- le seuil d’exonération par bénéficiaire ;

- les taux de prélèvement applicables au-delà ;

- les cas d’exonération totale pour certains organismes.

Il encourage l’épargne à long terme tout en facilitant la transmission d’un capital en dehors de la succession, dans un cadre légal sécurisé et équitable.

La fiscalité des primes versées APRÈS 70 ans (article 757 B du CGI)

L'abattement global de 30 500 euros, tous bénéficiaires confondus

Les primes versées sur un contrat d’assurance-vie après 70 ans bénéficient d’un régime fiscal spécifique, prévoyant un abattement global de 30 500 € partagé entre tous les bénéficiaires désignés.

L'intégration des primes à l'actif successoral

Les sommes excédant l’abattement global sont réintégrées à l’actif successoral et soumises aux droits de succession selon la qualité du bénéficiaire (lien de parenté ou autre).

Les enfants sont taxés selon le barème progressif des droits de succession, après application des abattements personnels. Les personnes non-parentes (amis, concubins) sont taxées à 60 %, sauf désignation d’un organisme exonéré, comme MSF.

Une particularité importante : l'exonération des intérêts et plus-values

L’un des principaux avantages de l’assurance-vie après 70 ans réside dans le traitement fiscal des produits capitalisés. En cas de dépassement du seuil de 30 500 €, les intérêts et plus-values générés par le contrat restent hors champ de taxation successorale.

Exemple de calcul pour des versements après 70 ans

Cas d’une personne ayant versé 60 000 € après 70 ans sur son contrat d’assurance-vie, avec un capital final de 90 000 € au moment du décès.

↪️ L’abattement global de 30 500 € s’applique sur les 60 000 € de primes versées, ce qui laisse 29 500 € imposables. La plus-value de 30 000 € est totalement exonérée de droits de succession. Les droits à payer dépendront ensuite du lien de parenté entre le défunt et les bénéficiaires.

Le cadre légal : l'article 757 B du Code Général des Impôts

L’article 757 B du CGI précise que :

« Les sommes versées après soixante-dix ans au titre d’un contrat d’assurance-vie sont soumises aux droits de mutation à titre gratuit pour la fraction des primes excédant 30 500 euros, quel que soit le nombre de bénéficiaires. »

Cette disposition vise à éviter les abus fiscaux et à réguler les transmissions effectuées à un âge avancé, tout en conservant un avantage minimal pour les contrats d’assurance-vie souscrits ou alimentés après 70 ans. Elle cherche ainsi un équilibre entre encouragement à l’épargne et équité successorale, en assurant une protection partielle pour les capitaux transmis tardivement.

Cas particuliers et exonérations totales

L'exonération totale pour le conjoint survivant ou le partenaire de PACS

Depuis la loi du 22 août 2007 (article 796-0 bis), le conjoint survivant et le partenaire lié par un PACS bénéficient d’une exonération totale de droits de succession sur les capitaux transmis par assurance-vie, quelle que soit la date des versements et l’âge du souscripteur au moment des primes.

Cette mesure illustre la volonté du législateur de renforcer la protection du couple et de simplifier la transmission patrimoniale.

Le cas spécifique des frères et sœurs sous conditions

Concernant les sommes relevant de l’article 757 B (primes après 70 ans), les frères et sœurs du défunt peuvent être exonérés de droits de succession si les trois conditions de l’article 796-0 ter du CGI sont remplies :

1. être célibataire, veuf, divorcé ou séparé de corps au moment du décès ;

2. être âgé de plus de 50 ans ou atteint d’une infirmité les empêchant de subvenir à leurs besoins ;

3. avoir résidé continuellement avec le défunt pendant les cinq années précédant le décès.

Cette exonération ne s’étend pas aux versements des primes effectués avant 70 ans (article 990 I).

Le démembrement de la clause bénéficiaire : usufruit et nue-propriété

Il est possible de rédiger la clause bénéficiaire d’un contrat d’assurance-vie sous forme démembrée, en séparant l’usufruit et la nue-propriété. Le capital est alors transmis à deux niveaux :

- l’usufruitier (souvent le conjoint survivant) perçoit les revenus ou peut disposer temporairement du capital ;

- le nu-propriétaire (généralement les enfants) en récupère la pleine propriété au décès de l’usufruitier.

Lorsque l’usufruit porte sur une somme d’argent (quasi-usufruit), l’usufruitier peut utiliser le capital librement, mais il laisse au nu-propriétaire une créance de restitution, équivalente au montant initial transmis. Cette créance est déduite de la succession de l’usufruitier, évitant ainsi une double imposition.

Transmettre à une association comme Médecins Sans Frontières : l'exonération totale de droits

Le statut d'association reconnue d'utilité publique

Les associations reconnues d’utilité publique, comme MSF, bénéficient d’un statut juridique particulier, prévu par la loi du 1er juillet 1901. Ce statut leur confère une capacité à recevoir des libéralités, c’est-à-dire des legs, donations ou désignations dans une clause bénéficiaire d’assurance-vie.

Dans ce cadre, le capital n’est assujetti à aucune fiscalité, garantissant que la totalité des sommes transmises est consacrée à leurs actions d’intérêt général.

L'exonération totale de prélèvements et de droits de succession (article 795 du CGI)

L’article 795 du CGI prévoit une exonération totale de droits de mutation pour les organismes agréés, quel que soit le montant du capital versé.

Cette exonération fiscale renforce la valeur solidaire du geste, en assurant que 100 % du capital transmis est utilisé pour financer les missions médicales, humanitaires et sociales de MSF.

Comment désigner MSF dans votre clause bénéficiaire ?

Pour intégrer MSF dans une clause bénéficiaire, mentionnez clairement son nom et son adresse complète dans la rédaction du contrat. Certains assureurs demandent une fiche d'avis de situation mentionnant le SIRET de l'association. Si besoin, contactez-nous pour recevoir les documents pouvant être demandés par votre compagnie.

Exemple de formulation :

« Je désigne comme bénéficiaire de mon contrat d’assurance-vie l’association Médecins Sans Frontières, 14-34 avenue Jean Jaurès, 75019 - Paris, ou toute structure qui lui serait substituée en cas de changement de siège. »

Faites relire la clause par un notaire ou par le service legs et donations de MSF, afin d’assurer sa validité juridique et d’éviter toute ambiguïté. Ainsi, vos volontés seront respectées et l’abattement applicable à l’assurance-vie en cas de succession sera pleinement valorisé.

Questions fréquentes sur l'abattement de l'assurance-vie

Peut-on cumuler les abattements de 152 500 € et 30 500 € ?

Oui, un même contrat peut combiner les deux régimes fiscaux si des versements ont été effectués avant et après 70 ans. Chaque tranche bénéficie alors de son propre traitement fiscal, sans double imposition.

L'abattement de 152 500 € s'applique-t-il à chaque contrat ou à chaque bénéficiaire ?

L’abattement de 152 500 € s’applique par bénéficiaire et non par contrat. Autrement dit, si un même bénéficiaire reçoit des capitaux issus de plusieurs contrats souscrits par une même personne, l’abattement de 152 500 € ne s’applique qu’une seule fois pour l’ensemble des sommes perçues. En revanche, plusieurs bénéficiaires profitent chacun de leur abattement personnel.

Que se passe-t-il si aucun bénéficiaire n'est désigné ?

En l’absence de clause bénéficiaire ou si celle-ci est invalide, le capital de l’assurance-vie est réintégré dans la succession du souscripteur et soumis au régime fiscal des droits de succession classiques. Les héritiers légaux se partagent alors le capital selon les règles de la dévolution légale, et perdent le bénéfice du régime d’abattement assurance-vie succession.

Pour éviter cette situation, il est fortement conseillé de vérifier et d’actualiser régulièrement la clause bénéficiaire, notamment en cas de mariage, de naissance, de divorce ou de décès d’un bénéficiaire initial.

Faut-il déclarer les sommes reçues à l'administration fiscale ?

Oui, même si les sommes issues d’un contrat d’assurance-vie sont souvent exonérées de droits de succession, elles doivent être déclarées à l’administration fiscale pour appliquer correctement les abattements et les taux prévus par le CGI (articles 990 I et 757 B).

L’assureur fournit au bénéficiaire les informations nécessaires (montant brut, abattement applicable, prélèvements effectués), facilitant la déclaration.

Lorsque le bénéficiaire est une association comme MSF, aucune imposition n’est due, mais la transmission doit être signalée à titre informatif.

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Anticiper la fiscalité et les arbitrages de transmission patrimoniale permet d’organiser votre succession avec clarté, tout en profitant pleinement des avantages liés à l’abattement en assurance-vie par succession.

Nos équipes sont à votre écoute pour vous informer sur les règles fiscales applicables et les options juridiques possibles selon votre situation personnelle. Cet accompagnement vise à vous aider à sécuriser vos choix et, si vous le souhaitez, à donner une dimension solidaire à votre patrimoine en soutenant les actions humanitaires de MSF.

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