Yémen : De nombreux civils blessés et tués dans les combats

Vue aérienne de Taiz pendant un bombardement le 3 juin 2015.
Vue aérienne de Taiz pendant un bombardement, le 3 juin 2015. ©MSF

Deux mois après le début du conflit au Yémen, les équipes MSF fournissent une aide médicale et humanitaire aux personnes dans le besoin vivant près des lignes de front. À Taiz, la troisième ville du pays, qui compte 1,2 million d'habitants, une équipe soutient les hôpitaux locaux en leur fournissant de l'aide, des fournitures médicales et des médicaments. Le Dr Ahmad Bilal, coordinateur médical MSF au Yémen, décrit la situation sur place.

« La situation à Taiz est extrêmement tendue avec les combats incessants entre les différents groupes armés. On entend sans arrêt les obus de mortier tomber et les raids aériens frapper les différentes parties de la ville. Ces derniers jours, les raids aériens et les tirs de chars se sont intensifiés. Si les attaques visent des cibles militaires stratégiques, elles n'en font pas moins de nombreuses victimes civiles.

À cause des bombardements et des affrontements continus, de nombreuses personnes vivant dans les zones de combat déménagent dans des quartiers plus sûrs ou évacuent les femmes et les enfants. D'autres quittent définitivement Taiz.

La plupart des habitants de la ville sont originaires des villages du gouvernorat, c'est pourquoi un grand nombre d'entre eux y reviennent ou se réfugient dans des régions relativement sûres, comme le gouvernorat d'Ibb, au sud de Sana’a.

Il y a quelques jours, le 26 mai, un camion-citerne a été bombardé. Dans les heures qui ont suivi, 184 personnes ont été admises à l'hôpital avec des brûlures sévères : 115 à l'hôpital Al-Thawra et 69 à l'hôpital international du Yémen. Nous avons entendu dire que plus de 15 personnes sont décédées dans l'explosion. MSF étant l'une des rares organisations humanitaires présentes à Taiz, nous avons été exhortés à faciliter la distribution des fournitures médicales. À leur arrivée à l'hôpital Al-Thawra, nos équipes ont été accueillies par un tir de mortier. Elles ont dû courir pour se réfugier au sous-sol jusqu'à l'arrêt du pilonnage. Heureusement, l'hôpital n'a pas été touché.

Jusqu'ici, nous avons distribué trois « kits anti-brûlures » et du matériel médical pour soigner les patients souffrant de brûlures sévères, ainsi que 200 poches de perfusion, aux hôpitaux de Taiz. Nous leur fournirons des médicaments dès que nous pourrons faire parvenir d'autres fournitures dans la région. À cause du conflit, l'acheminement des fournitures et des équipes médicales jusqu'aux lignes de front peut prendre du temps. 

Le manque de carburant est un vrai problème, pour nos équipes comme pour la population locale, qui complique le transport des patients et des fournitures médicales. Alors que le Yémen importe 90 % de son carburant et de ses produits alimentaires, les navires commerciaux ont du mal à arriver à quai. Pour les locaux, cela signifie qu'il est difficile de se déplacer en ville et que l'accès à la nourriture et à l'eau propre est une lutte incessante. De nombreux habitants des zones de combat ne peuvent pas se rendre dans les cliniques ou les hôpitaux à cause des affrontements et du manque de carburant. Et quand ils parviennent à s'y rendre, ils constatent que les infrastructures médicales ne fonctionnent pas. Au moins 12 hôpitaux à Taiz ont dû fermer leurs portes pour ces raisons.

La guerre n'est pas une situation normale. Personne ne devrait s'habituer au bruit des balles et des raids aériens. Mais après quelques mois dans le pays, nous nous y habituons malgré tout, à l'instar des civils. Les habitants essaient d'éviter les zones de combat, mais les affrontements peuvent se produire inopinément et les tirs d'obus sont extrêmement imprévisibles. 

Nous sommes parfois frustrés parce que le volume d'aide est bien trop faible par rapport à l'étendue des besoins. Malgré tout, nous faisons de notre mieux pour fournir une aide humanitaire et médicale aux victimes du conflit. »

Malgré les nombreux défis logistiques et sécuritaires, les équipes MSF continuent à prodiguer des soins à la population du Yémen. Les équipes médicales MSF ont soigné plus de 1 700 blessés de guerre  depuis le 19 mars. MSF travaille actuellement dans les gouvernorats de Sana’a, Aden, Ad-Dhale, Amran, Taiz et Hajjah.

EN SAVOIR PLUS

► Consulter notre dossier sur la crise au Yémen.

 

À lire aussi