Typhon Hagupit : entretien avec Olivier Aubry, chef de mission MSF aux Philippines

Olivier Aubry chef de mission MSF
Olivier Aubry, chef de mission MSF ©MSF

Alors que le typhon Hagupit a atteint les terres dans la ville de Dolores, dans l'est de Samar à 21h15 hier soir, les équipes de Médecins Sans Frontières ont signalé des vents violents et de fortes pluies dans la ville de Tacloban, aux Philippines. A ce stade, le niveau des dommages à Samar ne peut pas être précisemment évalué dans la mesure où l'énergie et les communications ont été coupées dans la majorité de l'île.

Quelle est la situation en ce moment?

Le typhon Hagupit a touché les terres à environ 21h15 hier soir dans la ville de Dolores dans l'est de l’île de Samar. Dolores est une grande ville, mais pas aussi densément peuplée que Tacloban, qui, comme nous l'avons vu l'année dernière, a été dévastée par le typhon Haiyan.

Jusqu'à présent, nous n’avons pas d'informations précises sur ce qui se passe exactement dans Samar car l'électricité et les communications ont été coupées dans la plupart de l'île. Il n'y a rien d'officiel encore et toutes les nouvelles que nous avons à ce stade viennent de nos propres réseaux. Donc, cela signifie que nous ne connaissons toujours pas clairement l'ampleur des dégâts, l’importance des inondations ainsi que le nombre de victimes.

Les quelques informations que nous avons commencé à recueillir sont inquiétantes car de nombreuses régions semblent faire face à des inondations. Nous ne savons pas si l'un des établissements de santé de la région est encore opérationnel, ni si le personnel médical est en mesure de travailler dans ces structures.

Les seules informations fiables que nous ayons à ce stade viennent bien sûr de Tacloban, où MSF gère un projet de santé pour la mère et l'enfant à l'hôpital provincial de Leyte. J’étais en contact avec notre équipe la nuit durant laquelle le typhon est arrivé et ils m’ont signalé des vents violents et des pluies torrentielles. Il n'y a plus de courant en ville et les câbles électriques sont par terre, dans les rues. Heureusement, l'hôpital n'a pas été inondé et les patients sont toujours en mesure de l'atteindre. Il y a même eu deux naissances ce matin et d’autres cette nuit pendant la tempête.

Ce matin, il y avait encore des vents et des pluies résiduelles à Tacloban, cependant, les gens étaient de retour dans les rues et il y avait quelques motos et véhicules de transport publics - des « jeepney » - sur les routes.

Quelle va être l’action de MSF ?

L'équipe de MSF à l'hôpital provincial de Leyte, à Tacloban, a passé les derniers jours à tout préparer pour sécuriser l'hôpital et s’assurer que tous les patients et le matériel médical étaient en sécurité pendant le typhon. Tous nos patients ont été déplacés vers une aile de l'hôpital en prévision de la catastrophe et aucun n'a été blessé. Cependant, le bloc opératoire chirurgical a été endommagé et pour l'instant il n’est pas en état de fonctionnement.

MSF prépare l’envoi d’une équipe chirurgicale vers les zones affectées. L'équipe, arrivée du Japon, se compose d’un chirurgien, d’un anesthésiste et d’une infirmière. Ils se rendront sur place dès que possible. Leur destination dépendra de l’identification des zones dans lesquelles MSF sera susceptible de se rendre utile. L'objectif est d'identifier un hôpital pour leur permettre de travailler dans les plus brefs délais afin de soutenir les équipes médicales du ministère philippin de la Santé. MSF dispose de deux hélicoptères en attente qui peuvent rapidement transporter l'équipe à Tacloban, ainsi que vers les zones les plus touchées sur l'île de Samar dès que possible.

A quels types de problèmes de santé pensez-vous être confrontés ?

L’effondrement ou la chute de structures physiques peuvent provoquer blessures et fractures. C’est pourquoi nous devons envoyer une équipe chirurgicale dès que possible. Mais nous devons aussi nous préparer à traiter des maladies chroniques comme le diabète. Nous y avons été confrontés l'année dernière alors que nous ne nous y attendions pas. Les Philippines ont un taux de diabète élevé, nous avons dû prendre soin d'un grand nombre de patients qui n’avaient plus accès à leurs médicaments. Et bien sûr, les femmes continueront à avoir des bébés et comme nous l’avons constaté, elles continuent de venir à l'hôpital pour accoucher.

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