Sud-Soudan : plus d'excuse pour ne rien faire

Vaccination Soudan du Sud
Vaccination -Soudan du Sud ©MSF

Dans cette tribune, le docteur Pauline Horrill, responsable des programmes de Médecins Sans Frontières au Soudan, souligne la nécessité d'augmenter rapidement les secours d'urgence au sud du Soudan, où en dépit du retour de la paix, les conditions sanitaires ne s'améliorent pas pour la population.

En janvier 2005, après plus de 20 ans de guerre, le gouvernement du Soudan et les mouvements rebelles de la partie sud du pays ont signé des accords de paix et un gouvernement d'union nationale a été mis en place. Pourtant, 9 mois plus tard, les populations des zones les plus touchées par le conflit sont toujours privées d'une aide indispensable à leur survie.

Jusqu'à maintenant, les divers acteurs - autorités soudanaises, bailleurs de fonds, agences de l'ONU et organisations d'aide - n'ont toujours pas déployé des efforts à la hauteur des besoins des populations. Aujourd'hui encore, en attendant la mise en place de programmes de reconstruction à plus long terme, des secours d'urgence sont indispensables au sud du Soudan.

Le comté d'Aweil Est, dans la région du Bahr El-Ghazal, est un bon exemple de la situation. C'est là, dans le village d'Akuem, que nous avons créé en 1999 un centre de soins, véritable hôpital comprenant des services de consultations, d'hospitalisation, de traitement de la tuberculose, de santé materno-infantile ainsi qu'un centre nutritionnel.

Proche de l'ancienne ligne de front, l'Aweil Est a subi de plein fouet les ravages de la guerre. Bombardements gouvernementaux et attaques des milices sur les villages ont provoqué l'effondrement de l'économie locale et des infrastructures sanitaires, poussé des centaines de milliers de personnes à fuir, et provoqué des famines en 1988 et 1998.

Des méthodes d'aide critiquables en temps de guerre, injustifiables en temps de paix

Pendant la guerre, des problèmes de sécurité entravaient fortement l'aide humanitaire. Ainsi, le décès de deux volontaires MSF en 1989 dans un avion abattu nous a contraint à interrompre nos activités pendant 4 ans, puis à nouveau de 1995 à 1998 suite à des menaces.

La vaste opération d'aide mise en place en 1989 sous l'égide des Nations unies, baptisée Operation Lifeline Sudan (OLS), s'est souvent avérée inefficace. Le délabrement des infrastructures et les difficultés à acheminer des secours dans une zone en guerre ont conduit à considérer comme acceptable une situation sanitaire déplorable.

De plus, parce que l'OLS déléguait la distribution de l'aide sur le terrain à la branche humanitaire du principal mouvement rebelle, le SPLA (Sudanese People's Liberation Army), elle a laissé libre cours à des détournements massifs des secours qui n'atteignaient qu'en faible proportion ceux qui en avaient le plus besoin.

Déjà critiquable pendant la période de guerre - MSF a refusé d'intégrer l'OLS et choisi de mener ses programmes de façon indépendante -, le mode de fonctionnement de l'OLS et le niveau de l'aide apportée ne sont plus justifiables en temps de paix.

Quatre jours de marche pour se faire soigner...

Pourtant, le sud du Soudan n'a bénéficié d'aucune amélioration significative des secours, ni en quantité ni en qualité. Dans notre hôpital d'Akuem, tous les services arrivent à saturation. Nous les avons continuellement développés depuis notre arrivée à Akuem en 1999, et atteignons aujourd'hui les limites de nos capacités.

Les structures de soins font cruellement défaut dans la région (3 centres de soins pour 390.000 personnes dans l'Aweil Est, quand le minimum recommandé est d'un centre pour 80.000 personnes). A Akuem, nous recevons des patients qui ont marché jusqu'à quatre jours pour venir se faire soigner.

Lorsqu'ils arrivent, il est parfois trop tard, et certains meurent de maladies comme le paludisme qui, soignées à temps, sont bénignes. Malgré le rétablissement de la paix, ni les autorités locales ni les opérateurs d'aide n'ont renforcé les moyens du peu de structures de santé existantes. Notre hôpital reste le seul point d'accès à des soins gratuits et de qualité dans l'Aweil Est.

Equilibre sanitaire et nutritionnel précaire

La réponse à la crise nutritionnelle survenue cette année illustre bien cette inaction. Alors que le Programme alimentaire mondial estimait dès novembre 2004 les besoins à près de 6.000 tonnes de nourriture, moins du tiers a été livré.

Pire, ces distributions ont été faites tardivement (en mai puis en août) et par le biais de largages aériens sans contrôle de la répartition des vivres au sol, ce qui laisse le champ libre aux détournements. Utilisée pendant la guerre et motivée par les risques de sécurité, cette méthode est toujours aussi peu efficace et aujourd'hui injustifiée.

Quant au retour des populations déplacées dans leur région d'origine, il s'effectue pour l'heure sans aucune aide. 250.000 personnes réfugiées au nord du Soudan pendant la guerre ont regagné le sud du pays, dont 30.000 dans le comté d'Aweil Est depuis la signature des accords de paix en janvier 2005.

Ce mouvement devrait s'accélérer d'ici à la fin de l'année. En 2006, selon les estimations des Nations unies, entre 500.000 et 1,5 million de déplacés sont attendus. Parce que leur retour déstabilise une région en équilibre déjà précaire, une réelle assistance est indispensable. Rien d'autre qu'une assistance minimale n'a pour l'heure été prévu.

Augmenter l'aide, la rendre plus efficace

Les Nations unies et quelques grandes puissances - les Etats-Unis et la France, entre autres - ont oeuvré pour que le gouvernement du Soudan et les rebelles du SPLA parviennent à un accord de paix. Elles ont soutenu le processus de négociation, quitte à fermer les yeux un temps sur le conflit qui se déroulait au Darfour et ses dramatiques conséquences pour les habitants de cette région.

Aujourd'hui, pour que l'avènement de la paix se traduise par une amélioration concrète des conditions sanitaires des populations du sud du Soudan, ces intervenants doivent impérativement augmenter l'aide qu'ils apportent et mieux la contrôler pour une meilleure efficacité.

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