Sri Lanka - Le récit de notre coordinatrice d'urgence

Sri Lanka mai 2009.
Sri Lanka, mai 2009. ©REUTERS/Stringer

Le 16 mai dernier, les autorités sri-lankaises annonçaient la fin du conflit qui les opposait aux rebelles des Tigres Tamouls. Au même moment, des milliers de personnes quittaient le Vanni, l'ancienne zone de combats, au nord du Sri-Lanka, et arrivaient à Vavuniya avec d'énormes besoins en soins médicaux. Les explications de notre coordinatrice d'urgence qui s'est rendue au principal point de passage entre les deux zones.

La coordinatrice d'urgence de Médecins Sans Frontières, Lauren Cooney et son équipe ont fourni des soins aux populations fuyant le Vanni dès leur arrivée au principal point de passage, celui de Omanthai.

Là, des dizaines de milliers de civils affluaient en provenance de la zone de conflit en direction du sud. L'équipe MSF a essayé d'identifier les personnes les plus sérieusement blessées ou malades pour les soigner sur place.

Certaines ont pu être envoyées vers l'hôpital de Vavuniya où les équipes MSF travaillent en collaboration avec le ministère de la Santé sri-lankais.


Ecouter le récit de Lauren Cooney (en anglais)




Lire le transcript du récit de Lauren Cooney :

Nous étions sur le site où les gens arrivaient lorsqu'ils voulaient entrer dans la zone autour de Vavuniya. Nous travaillions seize heures par jour et nous voyions environ 150 à 200 patients par jour. Et ils n'étaient pas tous là. Il ne s'agissait que de ceux qui avaient été désignés comme pouvant être soignés sur place, lors du triage.

C'était vraiment très difficile de voir arriver ces personnes blessées qui ont connu des conditions de vie effroyables et vécu des événements terribles. Rien que de voir le regard de tous ces gens qui arrivaient, effrayés, et ne savaient pas ce qui allait maintenant leur arriver était très dur à supporter. On a vu des blessures vraiment terribles, de très grosses blessures, des fractures. On a même vu une jeune fille de seize ans dont la partie inférieure de la jambe avait été arrachée lors de l'explosion d'une mine. En fait, c'est totalement indescriptible. La situation était vraiment bouleversante, et pour nous tous.

Beaucoup d'entre nous avaient déjà une grande expérience des situations d'urgence mais c'est vraiment une des pires que nous ayons jamais vue. Voir ce grand mouvement de population et le niveau de leur détresse était vraiment quelque chose de terrible.

Pour les équipes intervenant à l'hôpital : elles ont travaillé nuit et jour. Les équipes du ministère de la Santé et les équipes de MSF ont travaillé sans relâche pour essayer de traiter tous les cas les plus urgents en attente de soins. Et je ne parle pas de tous les autres qui attendent encore car ils pouvaient survivre sans soins immédiats. À l'hôpital, la folie continue, les équipes ont toujours de très longues journées. Il y a plusieurs priorités en même temps mais je pense que la première d'entre elles, c'est de répondre aux besoins urgents à tous les niveaux.

Beaucoup d'entre nous avaient une expérience des situations d'urgence mais c'est vraiment une des pires que nous ayons jamais vue.
Lauren Cooney

Au niveau hospitalier : les hôpitaux doivent pouvoir faire face à l'énorme augmentation de la population dans la région. Des hôpitaux supplémentaires tel que l'hôpital de terrain de MSF aident bien entendu, mais les hôpitaux du ministère de la Santé, comme celui de Vavuniya, doivent tout de même faire face à une population beaucoup plus nombreuse. C'est donc une réelle priorité que d'être en mesure de dispenser les soins secondaires dont cette énorme population a besoin, elle qui présente de nombreuses blessures, et notamment des blessures nécessitant une hospitalisation.

Au niveau des camps : il y a un réel besoin en soins médicaux primaires d'urgence. Il y a donc des dispensaires gérés par le ministère de la Santé dans les camps. Beaucoup de médecins et d'infirmières y travaillent mais il est réellement nécessaire d'augmenter la capacité de ces services le plus vite possible.

Un plan satisfaisant existe pourtant. Il prévoit des petits centres médicaux et des centres de référence. Une partie de ce plan a déjà été mise en œuvre mais des services d'urgence doivent aussi être mis en place pour répondre aux besoins urgents. Et cela inclut des soins médicaux de base et des services médicaux pour les blessés.

Il est primordial de s'assurer que le système d'assainissement, le système de distribution d'eau et les conditions d'hygiène soient bonnes à l'intérieur des camps. Ils sont surpeuplés donc les risques de propagation des maladies sont très importants. C'est aussi une priorité.

Il existe également un besoin urgent en soins psychologiques. Toute cette population est traumatisée. Il est nécessaire d'être en mesure de répondre à ces besoins, non seulement par la prise en charge de cas individuels, qui ont peut-être besoin de soins psychiatriques ou d'accompagnement psychologique, mais aussi par des séances de groupe, à un niveau psycho-éducatif, pour simplement discuter avec eux de ce qui leur est arrivé.

 

 

 

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