Situation sanitaire préoccupante à Zouara, comme ailleurs en Libye

L'Hôpital maritime à Zouara
L'Hôpital maritime à Zouara ©Samuel Gratacap

Pour faciliter l’accès aux soins, MSF intervient dans l’est et dans l’ouest de la Libye où le système de santé fonctionne très mal du fait du conflit. Issiaka Abdou, coordinateur de projet à Zouara, décrit la situation dans cette ville située dans l’ouest du pays.

Pourquoi MSF est à Zouara ?

Zouara est un endroit un peu à part en Libye. Cette ville d’environ 45 000 habitants située en bord de mer non loin de la frontière tunisienne est comme un îlot de tranquillité. Mais la situation sanitaire y est aussi préoccupante que dans le reste du pays.

MSF a commencé à apporter un soutien à l’hôpital maritime de Zouara, en septembre de l’année dernière. L’hôpital manquait de médicaments et de personnel bien formé. Comme ailleurs en Libye, une bonne partie du personnel médical qualifié était parti et les aides-soignantes se retrouvaient à faire le travail des infirmières. De septembre à février, nous avons donc organisé des formations. Et pour pallier le manque de personnel qualifié dans le domaine biomédical, nous avons envoyé un technicien réparer et assurer la maintenance des appareils médicaux en panne.

Par ailleurs, depuis le mois dernier, nous apportons un appui aux polycliniques de Jedi Ibrahim et Abou Kammash où des consultations sont données aux enfants de moins de 15 ans. A Abou Kammash, nous assurons aussi la prise en charge des urgences et référons les cas sèvères à Zouara. Nous assurons la rémunération du personnel de ces deux polycliniques parce qu’il y a un gros problème de liquidités dans le pays. Le personnel n’avait pas touché de salaire pendant deux à trois mois. La plupart des centres de santé et des hôpitaux n’ont même pas de quoi payer les salaires et acheter des médicaments.

MSF intervient maintenant en dehors de Zouara. Mais cela n’a pas été sans difficultés.

Le calme règne à Zouara mais les tensions ne sont pas loin. A l’est se trouve l’axe routier Sabratha-Tripoli où ont lieu régulièrement des attaques armées. A l’ouest, la frontière avec la Tunisie, qui est à une heure de route, est souvent fermée pour des raisons sécuritaires, ou pour lutter contre la contrebande. Et au sud de Zouara, ville berbère, se trouvent des zones de peuplement arabe dont l’accès a été impossible du fait des tensions tribales.

Jusque début avril, la route entre Zouara et Al-Jumayl qui ne se trouve pourtant qu’à 8 km était fermée. Des barrages routiers avaient été mis en place entre les deux localités. Une fois la route rouverte, nous avons pu commencer, fin avril, à apporter un soutien à un hôpital à Al-Jumayl. Nous appuyons le service de pédiatrie de l’hôpital où des soins primaires et secondaires sont dispensés aux enfants de moins de 15 ans. Notre équipe médicale assure la formation du personnel médical et paramédical aux différents protocoles de prise en charge, et fournit aussi le service en médicaments.

Y a-t-il des populations déplacées dans cette région ?

Les mouvements de populations s’observent plus vers l’est où il y a le plus souvent des affrontements armés, du côté de Misrata et au-delà vers Benghazi. En revanche, on voit des migrants originaires du Soudan, du Nigeria, du Mali et d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. Ils arrivent par la route, en passant généralement par le Niger, et rejoignent les principales villes portuaires : Misrata, Tripoli, Tobrouk, Zaouia ou Zouara. Une fois arrivés, ils travaillent pour économiser. Après, soit ils décident d’aller en Europe et cherchent à embarquer sur un bateau pour traverser la Méditerranée, soit ils décident de rester et envoient l’argent à leur famille. Mais à Zouara, les autorités locales ont mis en place une brigade d’hommes masqués qui font la chasse aux passeurs et, depuis le début de l’année il n’y a pas eu de départs.

Ceci dit, on voit des migrants car ils constituent une main d’œuvre bon marché qui est recherchée. Bon nombre d’entre eux sont des vendeurs de rue. Et ce sont des populations vulnérables. Les migrants dorment dans des maisons en construction ou abandonnées, sans sanitaires. Ils doivent acheter l'eau. Bien que les soins médicaux soient gratuits en Libye, eux n' y ont pas droit. Ils doivent donc payer pour se faire soigner. Dans le dispensaire de Jedi Ibrahim, nous prévoyons de donner des consultations aussi aux adultes. Ainsi, nous pourrons offrir aux migrants un accès aux soins. 

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