SIDA : L'accès à des ARV à prix modéré menacé

Antirétroviraux dans le programme de traitement VIH/sida d'Homa Bay au Kenya
Antirétroviraux dans le programme de traitement VIH/sida d'Homa Bay, au Kenya ©Julie Damond/MSF - Kenya, octobre 2009

A l'occasion de la conférence sur le sida à Rome, Médecins Sans Frontières publie un rapport sur les prix des médicaments antirétroviraux.

Selon un rapport publié aujourd'hui par Médecins Sans Frontières (MSF) lors de la Conférence de l'International AIDS Society à Rome, plusieurs compagnies pharmaceutiques ont interrompu les programmes de réduction du coût des médicaments antirétroviraux (ARV) dans les pays à revenu intermédiaire.

Le rapport "Untangling the Web - Guide des prix des ARV" qui analyse les prix de 23 ARV selon les informations fournies par 19 fabricants, confirme également une tendance à la baisse du coût des médicaments lorsqu'ils ne sont pas protégés par des brevets.

« Dans les pays les plus pauvres, les prix continuent de baisser, explique Nathan Ford, directeur médical de la Campagne d'Accès aux Médicaments Essentiels de MSF. Mais un nombre important de personnes vivant avec le VIH/sida habitent dans des pays à revenus
intermédiaires exclus par ces réductions de prix. »

A titre d'exemple, Tibotec/Johnson & Johnson excluent tous les pays à revenu intermédiaire de leurs programmes de réductions des coûts. Les réductions du laboratoire Abbott ne s'appliquent pas aux pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. ViiV (Pfizer et GlaxoSmithKline) ne proposent plus de prix réduits pour les pays à revenu intermédiaire, même lorsque les programmes de traitement sont entièrement financés par le Fonds Mondial pour la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme ou le programme PEPFAR du gouvernement américain.

Merck vient d'annoncer qu'elle n'appliquera plus de réductions du prix à son nouveau médicament, le raltegravir, dans 49 pays à revenu intermédiaire. En font partie plusieurs pays où se trouvent un grand nombre de personnes vivant avec le VIH/sida, comme l'Inde, l'Indonésie, la Thaïlande, le Vietnam, l'Ukraine, la Colombie et le Brésil.

Le coût du traitement, en ne considérant que ce médicament, est ainsi de 5.870 $ par patient et par an au Brésil, alors qu'il est de 675 $ dans les pays à plus faible revenu. Pourtant, ce dernier montant est déjà quatre fois supérieur au prix du traitement de première ligne recommandé (combinaison TDF / 3TC / EFV).

Ces changements interviennent après que la semaine dernière, plusieurs pays en voie de développement ont été exclus de l'accord entre le laboratoire pharmaceutique Gilead et le Medicines Patent Pool. Ce mécanisme vise à élargir l'accès aux ARV à faible prix, en donnant accès aux brevets aux producteurs de médicaments génériques.

Il y a plus de dix ans, MSF a démarré des programmes de traitement du HIV en Asie et en Amérique Latine. Depuis, l'organisation a transféré bon nombre de ces programmes aux autorités locales, dans l'espoir que les programmes mis en place par les gouvernements allaient pouvoir fournir aux malades les médicaments dont ils avaient besoin. Dans ces pays, beaucoup d'entre eux sont sous traitement depuis plusieurs années, et devraient aujourd'hui avoir accès à de nouvelles lignes de traitement. Mais les brevets bloquent l'accès aux médicaments génériques, moins chers.

« Les programmes de réduction du coût des ARV mis en place par les compagnies pharmaceutiques ne sont pas une solution à long terme, explique Janice Lee, pharmacienne spécialiste du VIH/sida à La Campagne d'accès aux médicaments essentiels de MSF. Lorsque les brevets constituent un obstacle à l'accès et que les producteurs refusent de diminuer les prix, les gouvernements sont obligés de contourner les brevets afin de garder en vie les personnes atteintes du VIH dans leurs pays ».

Les « licences obligatoires » pour les ARV octroyées par la Thaïlande et le Brésil en 2006 et 2007 ont permis de réduire considérablement les prix dans un contexte où les brevets constituaient un obstacle à l'accès de la part des patients. Malgré le fait que ces mesures soient autorisées par la les règles du commerce international, ces pays ont été par la suite ciblés par des mesures de représailles de la part des compagnies pharmaceutiques ou d'autres pays.

Mais le rapport de MSF sur les prix des ARV contient également de bonnes nouvelles. Grâce à la concurrence entre producteurs de médicaments génériques, le coût du tenofovir, médicament très efficace, est aujourd'hui de 76$ par patient et par an, contre les 88$ par patient et par an de la zidovudine (AZT). Ceci rend aujourd'hui plus simple pour les gouvernement l'abandon des traitements à base de stavudine (d4T), qui a d'importants effets secondaires sur le long terme, en faveur des combinaisons thérapeutiques à base de tenofovir, plus efficaces et recommandées par l'OMS.

Le prix de la combinaison à base de tenofovir, un comprimé à prendre une fois par jour, a diminué de 70% par rapport à il y a cinq ans, quand l'OMS en avait recommandé l'utilisation : de 613 $ à 165 $par patient et par an.

« Nous observons que lorsque les brevets n'entravent pas l'utilisation de médicaments génériques, le coût des médicaments diminue, poursuit Janice Lee. Or, ces baisses de prix laissent espérer d'atteindre le nouveau objectif des Nations Unies : mettre 15 millions de personnes sous traitement d'ici 2015 ».

Aujourd'hui, MSF fournit des traitements antirétroviraux à 170 000 personnes dans 19 pays.

 


Vidéos - Regarder les interviews de :

Sharronnan Lynch, expert en VIH / SIDA à la Campagne d'Accès aux Médicaments Essentiels (CAME) de MSF (en anglais)

Janice Lee, pharmacienne spécialiste du VIH/sida à la CAME (en anglais)

Eric Goemaere, Conseiller Régional VIH et TB, MSF-Afrique du Sud (en anglais)

 


Pour télécharger le rapport Untangling the Web et pour plus d'informations sur la participation de MSF à la Conférence sur le sida à Rome, rendez-vous sur aids2011.msf.org

 

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