Secours en mer : MSF et SOS MEDITERRANEE, la fin d'un partenariat

Les équipes MSF travaillaient à bord de l'Ocean Viking, navire de recherche et de sauvetage affrété en partenariat avec SOS MEDITERRANEE.
Les équipes MSF travaillaient à bord de l'Ocean Viking, navire de recherche et de sauvetage affrété en partenariat avec SOS MEDITERRANEE. ©Hannah Wallace Bowman/MSF

Le 17 avril 2020, SOS MEDITERRANEE et Médecins Sans Frontières ont décidé de mettre fin à leur partenariat. MSF souhaitait repartir rapidement en mer quand SOS MEDITERRANEE s'opposait à la reprise immédiate des activités, dans un contexte d'hostilité croissante envers les opérations de recherche et de sauvetage.

La pandémie de Covid-19 a constitué un tournant pour les activités de secours en mer, en particulier celles menées par les ONG. En avril, Malte et l’Italie ont annoncé que leurs ports seraient fermés aux navires transportant des personnes migrantes rescapées. L'Ocean Viking a réalisé sa dernière opération de sauvetage au mois de février, avant que son équipage ne soit placé en quarantaine en Italie et que les 276 rescapés à son bord soient débarqués en Sicile. Depuis, le navire est à quai dans le port de Marseille.

Dans ce contexte, MSF souhaitait que l’Ocean Viking reprenne la mer malgré toutes les difficultés. « Bien que MSF et SOS MEDITERRANEE soient d'accord sur la nécessité vitale de nos activités de sauvetage en mer, SOS MEDITERRANEE a estimé que les États devaient donner des assurances supplémentaires concernant les lieux sûrs de débarquement, et ce, avant de partir en mer. Pour MSF, l'impératif humanitaire reste immédiat, avec ou sans ces assurances  », précise Annemarie Loof, responsable des opérations MSF. 

Médecins Sans Frontières a donc pris la décision de mettre fin à son partenariat avec SOS MEDITERRANEE. Les règles sanitaires édictées au nom de la lutte contre le Covid-19 ne pouvait justifier de laisser à leur sort celles et ceux qui n'ont d'autres choix que de fuir la Libye.

L'Ocean Viking, à quai dans le port de Marseille. 


 

 © Fabian Mondl/SOS MEDITERRANEE
L'Ocean Viking, à quai dans le port de Marseille.    © Fabian Mondl/SOS MEDITERRANEE

Médecins Sans Frontières et SOS MEDITERRANEE faisaient partie des rares organisations qui avaient réussi à maintenir leurs opérations de recherche et de sauvetage, dans un environnement de plus en plus hostile : harcèlement judiciaire, administratif, médiatique, accusations de complicité avec les passeurs… Ces opérations ont, durant leurs quatre ans d'activité, contribué à faire de la Méditerranée un espace moins dangereux pour les migrants fuyant la Libye, autant qu’elles ont permis d’informer le public des conséquences tragiques des politiques européennes de contrôle migratoire.

En Méditerranée, les traversées continuent à bord d'embarcations de fortune et les États européens sont plus que jamais décidés à ne pas leur apporter l'assistance nécessaire.  Ces derniers mois, les possibilités d'organiser des secours en Méditerranée s’étaient encore réduites avec le retrait des moyens maritimes européens de l'opération Sophia, puis sa suspension pure et simple. Dans l'immédiat et faute de pouvoir mener des opérations de recherche et de sauvetage en Méditerranée, Médecins Sans Frontières continue de dénoncer les pratiques et les politiques de l'Union européenne qui n'a de cesse d'organiser le refoulement des personnes en migration hors de son espace.

Les équipes médicales MSF ont travaillé à bord de deux navires affrétés en partenariat avec SOS MEDITERRANEE : l'Aquarius, à partir de 2016, puis l'Ocean Viking, lancé en août 2019. Ces équipes ont permis de sauver, de soigner et de débarquer en lieu sûr près de 30 000 personnes.

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