Récit de mission de Silvia, kiné cardiaque et respiratoire dans la Bande de Gaza

Silvia formatrice MSF en kiné cardiaque et respiratoire au chevet d'un patient
Silvia, formatrice MSF en kiné cardiaque et respiratoire, au chevet d'un patient ©MSF

Du fait de l’embargo israélien, en place depuis 2007 sur la bande de Gaza, les professionnels de santé palestiniens, comme l’ensemble de la population, rencontrent d’importantes difficultés à quitter ce territoire bouclé pour se rendre à l’étranger y bénéficier de formations et de remises à jour. L’un des objectifs de MSF dans la bande de Gaza est donc de favoriser un transfert de compétences de nos équipes expatriées spécialisées vers les équipes médicales locales. C’est dans cette optique que Silvia, kinésithérapeute cardiaque et respiratoire, s’est rendue un mois et demi à Gaza.

« Je m’appelle Silvia Helena Cesar Thomaz de Aquino. Je suis brésilienne et kinésithérapeute cardiaque et respiratoire. Depuis douze ans, je travaille dans un hôpital de Sao Paulo, au Brésil.

J’ai obtenu mon diplôme en 1998 ; MSF a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1999, ça a attiré mon attention sur cette organisation et m’a donné envie de travailler avec elle. Je pense que les ONG sont l’avenir de ceux qui, d’une manière ou d’une autre, se retrouvent « à part », ostracisés par une société de plus en plus standardisée. En juillet 2010, je suis partie avec MSF en Haïti, comme kiné généraliste, c’était ma première mission.

Il y a un mois et demi, je suis partie dans la bande de Gaza. L’objectif de ma mission était d’assurer une formation en kiné cardiaque et respiratoire à dix kinésithérapeutes hospitaliers palestiniens.

Les autorités sanitaires viennent juste de lancer la chirurgie cardiaque, une spécialité qui n’était pas disponible avant à Gaza. Mais les personnels médicaux n’avaient pas été formés et n’avaient aucune expérience du suivi et des soins postopératoires nécessaires et très spécifiques à ce type de chirurgie spécialisée.

Car une personne opérée du cœur qui ne bénéficierait pas d’un suivi postopératoire et de soins de réhabilitation appropriés ne pourrait pas retrouver une vie normale, refaire les gestes du quotidien ; les facteurs de risque de rechute ne pourraient pas être évités et, parce qu’il/elle ne serait pas aidé(e) et accompagné(e), le/la patient(e) risquerait un autre accident cardiaque.

J’ai essayé de partager mon expertise avec les kinés de Gaza. Ils se sont montrés très intéressés par cette formation, avides de savoir, preneurs de toute opportunité d’apprendre et d’améliorer leurs connaissances afin d’aider leurs patients à aller mieux. Ils appellent au changement et se sont donnés à fond lors de cette formation, révisant le soir, revenant le lendemain avec des questions.

Du fait des différents volets de formation intégrés au projet médical offrant des soins gratuits à des patients nécessitant une chirurgie plastique et des soins de suite, Gaza est une mission assez unique dans la « planète » MSF. Je pense que ce dont les personnels de santé là bas ont le plus besoin c’est d’apprendre encore pour encore améliorer leurs compétences. Ce genre de formation peut potentiellement bénéficier à toute la population. A MSF, nous avons des experts dans les principaux domaines dont ils ont besoin, autant les en faire profiter.

Les gens que j’ai rencontrés à Gaza, qu’ils travaillent pour MSF ou pour les hôpitaux et structures publiques, sont dévoués et investis, ouverts, motivés et prêts à apprendre. Je les ai trouvés très solidaires aussi, particulièrement dans les moments difficiles. Ils redonnent un sens au mot « réseau » : « si je sais, alors je vous apprendrai, puis ensemble nous apprendrons aux autres et tous nous progresserons. »

 

En complément à son programme chirurgical, MSF a crée un centre de rééducation spécialisé dans les soins de kinésithérapie de la main et du membre supérieur.

Ce centre, qui reçoit des patients venant de toute la bande de  Gaza, propose des soins adaptés, prodigués par des kinés spécialisés, ainsi que la fabrication d'orthèses (appareillages) nécessaires pour le suivi postopératoire et la récupération du patient. Il s’agit d’obtenir des résultats rapides et d’ainsi offrir au patient une réinsertion adaptée à son handicap.

La rééducation de la main et du membre supérieur est une spécialité qui requiert des connaissances théoriques et pratiques très spécifiques. Début 2012, les kinésithérapeutes du centre MSF ont bénéficié d’une première formation qui a abouti à la mise en place de protocoles de travail ; puis une deuxième session d’apprentissage, plus approfondie et complète en vue de consolider leurs acquis, leur a été proposée cet été.

En parallèle, sept kinésithérapeutes hospitaliers de Gaza ont été sensibilisés à ce type de rééducation spécialisée. L’objectif : proposer aussi ce type de soins dans les structures de santé publiques afin que, conjointement à l’action de MSF, toutes les pathologies du membre supérieur puissent être prises en charge dans la bande de Gaza.

L’action de MSF s’inscrit ainsi dans une démarche de prise en charge globale des patients : soins spécialisés (chirurgie et kinésithérapie) et formation de personnels (para)médicaux locaux qui pourront ou prendre part ou assurer un relais thérapeutique.

 

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