RD Congo : garantir l’accès aux soins pour les civils déplacés par les tensions persistantes au Katanga

Docteur Thomas Mollet  chef de mission au Katanga analyse les registres d'admissons avec un collégue infirmier.
Docteur Thomas Mollet , chef de mission au Katanga, analyse les registres d'admissons avec un collégue infirmier. ©MSF

Des affrontements entre des milices Maï-Maï et les forces gouvernementales secouent depuis novembre la région proche de Shamwana, dans la province du Katanga, en République démocratique du Congo (RDC). Alors que les gens fuient la destruction, les attaques et l’intimidation, Médecins Sans Frontières appelle les groupes armés du Katanga à respecter et à garantir la sécurité des civils et permettre l’accès aux soins.  

En novembre et décembre 2013, des villages le long des routes reliant Shamwana et Dubie ainsi que Mitwaba et Mpiana ont été incendiés. La vague de destruction s’est poursuit entre Noël et le jour de l’An dans les villages de Lenge, Nkonkole, Lubinda, Kabwesungu et Kilambwilu. Des centaines de personnes ont fui dans la peur, laissant derrière elles leur maison, leur commerce et tout ce qu’elles possédaient pour s’installer dans les villages environnants ou dans la brousse. Certaines d’entre elles ont aussi été victimes d’intimidation ou ont été forcées par les groupes armés de déménager ou de retourner dans ces villages.

Le déplacement forcé, les violents affrontements et parfois même le harcèlement pendant plusieurs mois rendent la population vulnérable. Pour empirer les choses, la saison des pluies vient de commencer, alors que de nombreuses personnes devront dormir dehors, sans protection contre les intempéries.

Le fait qu’un nombre important de personnes vulnérables n’auront pas accès aux soins médicaux et à l’aide humanitaire dont elles ont besoin est très inquiétant, explique Docteur Thomas Mollet, chef de mission de MSF dans la province du Katanga. La situation sécuritaire est tendue, et les organisations ne peuvent se déplacer librement. Les civils risquent de se retrouver coincés au beau milieu des combats et d’être pris à tort pour des combattants. Nous craignons donc qu’ils ne cherchent pas à obtenir les soins dont ils ont besoin. »

Baisse du nombre de consultations

À l’hôpital de Shamwana, où MSF offre toute une gamme de services médicaux, les équipes voient le nombre de patients baisser par rapport aux années précédentes, ce qui semble indiquer que la population ne reçoit plus les soins médicaux nécessaires. En novembre, le nombre de consultations externes réalisées a baissé de 30 pour cent par rapport au même mois l’année précédente. En décembre, 18 patients recevant un traitement à long terme contre le VIH et la tuberculose à l’hôpital de Shamwana ne sont jamais revenus pour poursuivre leur traitement, pourtant essentiel.

Le manque d’accès aux soins va sans aucun doute se traduire en pertes humaines. Des complications durant l’accouchement peuvent s’avérer fatales pour les femmes enceintes, tandis que le paludisme, s’il n’est pas traité, peut être mortel pour les enfants, prévient le Dr Mollet. Les groupes armés dans la province du Katanga, mais aussi l’armée nationale, doivent respecter et garantir la sécurité des civils, et leur permettre d’accéder aux services médicaux dont ils ont besoin. »

Poursuite des activités médicales malgré les conditions sécuritaires

MSF continue d’œuvrer à l’hôpital de Shamwana en dépit des conflits incessants et des conditions de sécurité de plus en plus mauvaises. Les équipes effectuent également des cliniques mobiles, mènent des activités d'approvisionnement en eau potable et en assainissement, et distribuent des moustiquaires gratuitement dans la zone. Surnommée le « triangle de la mort », cette région est caractérisée par un contexte de violence. En 2005, de nombreuses personnes ont été assassinées, violées, blessées ou déplacées en raison de violents affrontements entre les milices Maï-Maï et l’armée dans cette partie de la province. Ces tensions se sont intensifiées au cours des dernières années, de sorte que MSF peine à poursuivre ses activités médicales dans la région en raison des conditions particulièrement difficiles.

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