Migrants : Entretien avec Stefano Di Carlo, chef de mission MSF en Italie

Sicile octobre 2014
Sicile, octobre 2014 ©Ikram N'gadi/MSF

Pour répondre aux besoins humanitaires et médicaux des migrants, des demandeurs d’asile et des réfugiés qui traversent la mer Méditerranée et arrivent en Italie, l’équipe MSF travaille depuis février et pour la première fois au sein du CPSA (centre de premier accueil) de Pozzallo, en Sicile. En collaboration avec le ministère de la santé, MSF dispense des soins médicaux aux migrants à leur arrivée. Entretien avec Stefano Di Carlo, chef de mission MSF en Italie.

Quel est le travail de MSF dans le centre ?

"Depuis début 2014, MSF travaille au port de débarquement de Pozzallo, où l’équipe procède à des dépistages médicaux et au triage des migrants, des demandeurs d’asile et des réfugiés. En février, nous avons commencé à travailler dans le centre de premier accueil (CPSA), en collaboration avec le ministère de la santé, pour offrir des services médicaux à leur arrivée et pendant toute la durée de leur séjour dans le centre. Les médecins et les infirmiers de notre équipe travaillent aux côtés du personnel du ministère de la santé.
    
Quels sont les besoins médicaux ?

L’année passée, nous avons vu arriver de nombreuses personnes souffrant de pathologies liées aux longs voyages ou à de mauvaises conditions de vie, comme des infections de la peau, des blessures légères, un état de faiblesse générale ou des brûlures dues aux contacts avec l’essence. Ces personnes avaient pu bénéficier d’un traitement lors de l’opération de sauvetage en mer, avant leur arrivée, et se trouvaient donc généralement dans un état de santé correct. Depuis l’arrêt de l’opération de sauvetage en mer Mare Nostrum, fin 2014, nous ne savons pas à quoi nous attendre. Nous nous inquiétons d’une possible dégradation de la situation et craignons de voir arriver davantage de migrants dans un état de santé déplorable à cause des mauvaises conditions de voyage.

MSF fournit également des soins psychologiques aux migrants, aux demandeurs d’asiles et aux réfugiés dans la province de Raguse. Un soutien en santé mentale à l’arrivée est vital, car nombre de ces personnes ont vécu des expériences traumatisantes dans leur pays d’origine ou pendant la traversée, comme des naufrages par exemple.
    
Quelles sont les premières constations de MSF ?

Nous venons de commencer à travailler dans le centre de premier accueil. Il n’y a encore eu que quelques débarquements au cours des dernières semaines. Cependant, les récentes tragédies qui se sont produites en dehors de la mer Méditerranée montrent qu’il y a un problème. En raison des politiques restrictives menées par l’Union Européenne (UE) en ce qui concerne les migrants et le contrôle des frontières, les gens n’ont plus d’autre option que de rejoindre l’Europe par la mer. C’est ainsi que ces accidents se produisent. Nous savons que les opérations de sauvetage en mer ne constituent pas une solution au problème, mais tant que les réfugiés n’auront pas d’autres choix pour atteindre l’Europe sains et saufs, elles sont absolument indispensables.

Nous nous attendons à assister à une augmentation du nombre de départs dans les mois qui suivront la période hivernale. L’Italie et l’UE doivent remédier à cette situation."

MSF travaille auprès des réfugiés et des migrants en Italie depuis 2002 et a plus particulièrement œuvré sur l’île de Lampedusa entre 2002 et 2013. MSF soutient aujourd’hui les autorités de santé italiennes en offrant des soins médicaux aux réfugiés, aux migrants et aux demandeurs d’asile à Pozzallo et dans la province de Raguse, en Sicile.

À lire aussi