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Mali : conflit, inondations, couvre-feu… À Mopti, se soigner est un parcours d’obstacles

Des patients et des accompagnants dans une clinique installée par MSF à Diafarabé, une ville à l'ouest de Ténenkou. 2018. Mali. 
Des patients et des accompagnants dans une clinique installée par MSF à Diafarabé, une ville à l'ouest de Ténenkou. 2018. Mali.  ©Lamine Keita/MSF

En mars 2012, le nord du Mali est occupé par des groupes armés non-étatiques en lutte contre l’État malien et son armée. En 2015, malgré la signature des accords de paix, la crise s’est déplacée vers le centre du pays, qui demeure aujourd’hui un foyer grandissant d’insécurité et de violence. La population locale, qui est la première victime de la violence et de l’insécurité, est graduellement coupée de tout accès aux soins.

Adama a accompagné sa fille Mariam, sur le point d’accoucher, à l’hôpital soutenu par MSF à Douentza, dans la région de Mopti au centre du pays. Elles vivent dans la zone rurale de Douentza et la route vers la ville n'a pas été facile.

« Depuis le début de la crise, on a peur des braquages en route, explique-t-elle. On a peur qu’on pille nos biens, qu’on nous agresse. De nombreuses personnes ont perdu la vie sur ces routes. Si quelqu’un se fait agresser en route par des voleurs, et qu’il n’a pas d’argent, il se fera bastonner. Cette crise a créé une restriction totale de nos libertés ».

Adama et sa fille Mariam. 2018. Mali.
 © Pape Cire Kane/MSF
Adama et sa fille Mariam. 2018. Mali. © Pape Cire Kane/MSF

Les activités croissantes des groupes armés dans la région de Mopti se combinent aujourd’hui dans certaines localités avec une détérioration voire une instrumentalisation des conflits locaux entres communautés peules, vivant majoritairement de l’élevage, et communautés dogons, vivant principalement de l’agriculture. Des opérations militaires sont en cours depuis plusieurs mois avec le soutien des militaires français et du G5 Sahel[1], qui s’accompagnent de mesures d’ordre public décidées par les autorités militaires maliennes. Parmi les mesures imposées dans ce cadre figurent l’interdiction de la circulation des deux-roues motorisés et des véhicules de type pick-up et l’instauration de couvre-feux.

Tous ces facteurs contribuent à limiter la capacité des habitants de la région à se déplacer et à se rendre dans des structures de santé.

« C’est d’autant plus compliqué que nous n’avons pas de soignants dans le village et que le centre médical le plus proche est à 15 km d’ici, explique Ousmane, rencontré à Douentza où il a amené Soumaila, son fils de cinq ans, hospitalisé pour soigner un paludisme sévère. Nous sommes venus à l’aide d’une charrette jusqu’au centre de Douentza. »

L’insécurité et les violences ont poussé des personnels de santé et certains acteurs humanitaires à réduire leurs interventions ou à quitter la région, en particulier les zones rurales les plus conflictuelles.

Les équipes MSF travaillent à Douentza depuis 2017 pour assurer l’accès aux soins de santé gratuits pour les populations les plus vulnérables. Au centre de santé de référence de Douentza, elles ont constaté que les patients arrivent généralement avec des problèmes déjà avancés.

« En raison notamment des contraintes liées à l’insécurité, la peur et la distance à parcourir, ce n’est que lorsque l’état de santé des malades atteint un niveau très sérieux qu’ils tentent de se rendre au centre de santé. Nous avons par conséquent souvent du mal à guérir ces patients tout simplement parce qu’ils sont arrivés très tardivement », explique Badamassi Abdrahimoune, coordinateur de projet de MSF à Douentza.

Projet MSF à Douentza. Mali. 2018.
 © Pape Cire Kane/MSF
Projet MSF à Douentza. Mali. 2018. © Pape Cire Kane/MSF

Le constat est partagé par les équipes MSF présentes au centre de santé de référence de Ténenkou. Dans cette partie ouest de la région de Mopti et à proximité du fleuve Niger et de ses affluents, les crues régulières du fleuve durant la saison des pluies isolent plusieurs villages et rendent les trajets quasi impossibles. « La saison des pluies, qui s’étale généralement de juillet à décembre, provoque de nouveaux obstacles qui viennent s’ajouter aux limitations dues à l’insécurité. Des zones entières se retrouvent encore plus isolées, coupées des voies d’accès à cause des inondations », rappelle Frédéric Demalvoisine, chef de mission MSF au Mali.

Face à tous ces obstacles, MSF déploie ses équipes médicales pour aller à la rencontre des populations isolées, bloquées, et privées de soins.

Dans le district de Douentza, elles ont étendu les activités à  trois centres de santé dans les zones rurales de Boni, Hombori et Mondoro. D'août 2018 à janvier 2019, plus de 21 800 consultations ont ainsi été fournies dans ces trois centres.

Kassé et son fils de deux ans. 2018. Mali.
 © Lamine Keita/MSF
Kassé et son fils de deux ans. 2018. Mali. © Lamine Keita/MSF

Dans le district de Ténenkou, les équipes médicales  se rendent notamment régulièrement à Diafarabé, à l’ouest de Ténenkou, pour y fournir des soins primaires, distribuer des biens de première nécessité et organiser la référence des patients les plus sévèrement malades. Des centaines de déplacés  se sont installés à Diafarabé depuis le mois de novembre dernier, suite à une attaque armée contre leur village, Mamba, qui s’est soldée par une dizaine de morts.

Kassé Tiouté fait partie de ces déplacés : « Des hommes armés sont venus dans le village. Sur place, ils ont tué 11 personnes. Beaucoup de personnes ont immédiatement pris la fuite. Nous sommes venus en courant à Diafarabé. J’étais avec mon enfant, ma belle-mère et mes sœurs. Nous sommes tous tombés malades. Même aujourd’hui, je ressens encore de la peur à cause de ce que nous avons vécu. Pendant la nuit, je revis les mêmes scènes. Je ne veux plus retourner dans mon village. »

Dans la zone de Mopti, MSF appuie différents services des hôpitaux des cercles de Douentza et Ténenkou et assure la référence des patients. MSF a étendu son soutien à 3 centres de santé communautaires en périphérie de Douentza et soutient le déploiement des agents de paludisme auprès des populations de Ténenkou vivant dans les zones difficilement accessibles. Des consultations en cliniques mobiles sont effectuées pour les personnes n’ayant pas ou peu d’accès aux centres de santé communautaires. En 2018, MSF a effectué plus de 53 000 consultations dans la région de Mopti,  dont 12 000 consultations lors des cliniques mobiles, assisté environ 1 200 naissances et soigné près de 400 enfants sévèrement malnutris.


[1] Le G5 Sahel est un cadre de coopération créé en 2014 par cinq pays sahéliens (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) qui collaborent sur des questions de sécurité et de développement.

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