Les combattantes du sida en République démocratique du Congo

Philomène patiente séropositive de MSF  lutte pour la reconnaissance des droits des personnes vivant avec le VIH et apporte son soutien à ceux qui souffrent de la maladie.
Philomène, patiente séropositive de MSF, lutte pour la reconnaissance des droits des personnes vivant avec le VIH et apporte son soutien à ceux qui souffrent de la maladie. ©Rosalie Colfs

C’est l’histoire d’une lutte. L’histoire de deux femmes, Elise et Philomène, l’une adolescente, l’autre mère de famille, toutes deux séropositives. Dans cette lutte que Philomène et Elise ont chacune à leur manière menée contre la maladie, c’est le dépistage et le traitement qui ont fait toute la différence.

C’est l’histoire d’une petite fille de 12 ans qui a cessé de se battre. Elise est née de parents séropositifs, son papa est décédé du sida. Une minuscule fragile petite puce de 30 kilos à peine qui a consacré toute son énergie à lutter contre le virus qui la détruisait de l’intérieur. Tellement petite que c’est dans un berceau que les médecins l’ont couchée quand elle est venue à l’hôpital. L’histoire d’Elise nous raconte les failles d’un système. Elle nous raconte qu’en République démocratique du Congo (RDC), 87 personnes meurent chaque jour du sida parce que le dépistage et les médicaments ne sont pas accessibles. Parce que le traitement pour enfants n’était pas disponible, la petite Elise n’avait reçu que des médicaments pour adulte pendant la majeure partie de sa vie. Des médicaments trop forts, que son petit corps ne pouvait pas tolérer. Elise a combattu avec toute son énergie pour être plus forte que le virus. Elle s’est éteinte à l’hôpital le 10 novembre dernier.

Et puis il y a l’histoire de Philomène, une femme douce et forte à la fois, énergique et déterminée. Philomène est le symbole de tout ce que peut être la vie positive, dans toutes ses dimensions, pour autant que les patients aient accès au traitement. Depuis l’annonce du diagnostic, cette mère de famille est sous traitement. Son mari, ses enfants sont séronégatifs. Correctement soignée depuis quatorze ans, cette femme de 47 ans est en bonne santé et mène une vie normale, qu’elle a choisi de dédier aux autres, en prenant part au combat pour la reconnaissance des droits des personnes vivant avec le VIH et en apportant son soutien à ceux qui souffrent de la maladie.

Dans cette lutte que Philomène et Elise ont à leur manière menée contre la maladie, c’est le dépistage et le traitement qui font toute la différence. En République démocratique du Congo, 366 000 personnes sont privées du traitement qui pourrait leur sauver la vie.

Témoignage d'Elysée, patiente séropositive prise en charge par MSF

Elysée, patiente séropositve du centre MSF du Kabinda

Elysée au centre MSF de Kabinda, en mars 2014 © MSF

« Cela fait six jours que je suis ici au Centre MSF de Kabinda. A mon arrivée, j’étais bien plus mal en point. Je ne pouvais plus me redresser ni tenir debout. Maintenant, je vais mieux. J’ai un peu mal, surtout au niveau du flanc, mais lorsque ces douleurs auront disparu, je pourrai rentrer chez moi. C’est une maladie pénible et douloureuse … Mais c’est comme ça ! Il faut vivre et faire avec.   

Je suis née et j’ai grandi à Kinshasa. Pourtant, je n’avais jamais entendu parler de ce centre. Les gens ne parlent pas du VIH ici, c’est un sujet tabou. 

Tout a commencé il y a cinq ans. A l’époque, je travaillais dans un magasin de vêtements et j’ai commencé à maigrir terriblement. Mes proches s’en sont aperçus. C’est ma sœur qui m’a emmenée ici, et c’est ici que j’ai appris que j’étais séropositive.  Je ne comprenais pas… je me disais : « Je ne me suis jamais prostituée, comment ai-je pu attraper le VIH ? J’étais mariée – alors comment ai-je pu être contaminée ? » Comme je continuais à maigrir, j’ai été suivie dans un autre centre de santé. J’ai commencé à prendre des médicaments  mais j’étais un peu négligente. Si j’avais continué à bien prendre les médicaments, je n’aurais jamais été dans l’état dans lequel je me trouve aujourd’hui.      

A un certain moment, j’avais vraiment perdu tout espoir. Ma famille, mes quatre frères, tous m’ont abandonnée. Mon mari a fini par envoyer nos enfants dans un autre village. C’est lui qui m’a transmis le VIH, contaminé par une jeune femme du quartier. Quand j’ai commencé à perdre du poids, il m’a répudiée et a épousé une autre femme. Quel choc ! J’ai fait une dépression et les malheurs  ont commencé à s’enchaîner. Le plus souvent, les proches vous abandonnent quand ils découvrent votre séropositivité. Ils vous jettent et vous tournent le dos. 

Des gens ont profité de ma maladie pour venir chez moi. Ils ont tout pris, tout ce qu’ils pouvaient car ils pensaient que j’allais mourir. Cela m’a tellement traumatisée que j’ai fait une rechute. Quand je serai à nouveau en bonne santé, je prendrai soin de mon apparence et personne ne devinera que je suis séropositive. 

J’ai dépensé tout mon argent dans les centres de santé et les hôpitaux. Lorsque je n’ai plus eu d’argent, on m’a jetée hors du centre. Un médecin a dit qu’ils ne pouvaient pas me laisser mourir comme ça et j’ai donc été transférée à l’hôpital MSF de Kabinda. Si je n’avais pas eu cette chance, je serais morte.  

Ici au centre, c’est différent. A votre arrivée, ils changent les draps, ils vous donnent quelque chose à manger, même si vous avez mouillé le lit. Ce n’est pas grave. Ils vous lavent pour que vous soyez propre. Un médecin nous donne des explications sur les médicaments que nous prenons et en cas de rechute, vous revenez. Et s’ils constatent que vous n’êtes pas bien du tout, ils vous gardent ici pour vous soigner. Il y a toujours de l’électricité et de l’eau courante. Certains patients ne veulent pas partir car les conditions de vie sont meilleures ici. »

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