« La violence n’a pas de religion », témoignage d’un membre palestinien de l’équipe MSF à Gaza

Dispensaire MSF ville de Gaza février 2014
Dispensaire MSF, ville de Gaza, février 2014 ©Chris Huby

Depuis le début de la guerre, plusieurs membres de l’équipe palestinienne de Médecins Sans Frontières à Gaza sont hébergés dans les locaux de l’organisation. Ils s’y sentent plus en sécurité et y trouvent aussi du réconfort en se soutenant les uns les autres. Désemparés par leur impuissance à protéger leurs propres enfants et sidérés par la violence avec laquelle Gaza est bombardée, ils sont piégés et résignés. L’un d’entre eux témoigne.

« Dès le premier jour de la guerre, j’ai emmené ma femme et mes deux enfants chez ma belle-famille pour qu’elle y trouve du soutien. Moi j’ai décidé de rester ici au bureau MSF. Ma fille a deux ans et demi. Elle a très peur. Quand elle entend les détonations, elle vomit et elle peut parfois rester des heures sans plus parler. Mon fils a trois ans, mais lui fait comme si de rien était.

Moi aussi je ressens cette peur. Quand je suis ici au bureau MSF, on est ensemble entre collègues, on discute, on partage un café ou une shisha, ça va. Mais dès que je sors, c’est terrible. Dehors, c’est la tragédie. Aujourd’hui je suis retourné chez moi prendre quelques affaires et dans la voiture je sentais mon cœur battre à toute vitesse. J’ai vécu les précédentes guerres, mais pour moi, celle-ci, est de loin la pire. Des bombardements si forts, si près, qui peuvent tomber n’importe où, jamais je n’avais vécu ça.

Je ne veux même pas voir verser une seule goutte du sang de mes enfants, pas une seule égratignure. Il n’y a rien de pire que la guerre. Quoiqu’il arrive, nous sommes perdants, parce que nous avons perdu nos enfants. Peu importe les maisons ou les voitures, mais les enfants, c’est ce qu’il y a de plus précieux. Si des soldats meurent à la guerre, c’est triste, mais c’est leur choix. Les enfants n’ont pas choisi, ils sont innocents.

Si je ne peux pas protéger notre famille, alors comment est-ce que je pourrais protéger mon pays ? J’appartiens à mon pays, et je l'aime, mais pas aveuglément. Je pense qu’il faut être droit et juste, mais sans tomber dans l’extrémisme.  Je veux que ça s’arrête. La violence n’a pas de religion. Toutes les religions sont pour la paix. Je crois en la paix, sincèrement. »

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