Histoire de migrants : « J’ai l’impression d’être de nulle part et de partout en même temps »

Mohamed Soudanais ayant travaillé pour MSF recueilli par le My Phoenix en juin 2015.
Mohamed, Soudanais ayant travaillé pour MSF, recueilli par le My Phoenix en juin 2015. ©Gabriele François Casini/MSF

Mohamed, 32 ans, a travaillé comme informaticien en Arabie saoudite et comme traducteur pour MSF au Soudan, avant de décider de partir vers l’Europe avec sa femme et leurs cinq enfants.

« Je m’appelle Mohamed et je suis originaire du Soudan. Mes parents sont Érythréens mais je suis né au Soudan, où j’ai étudié pour devenir informaticien.

Mon père a investi beaucoup d’argent pour mon éducation. Après avoir obtenu mon diplôme, j’ai décidé de me rendre en Arabie saoudite car je ne trouvais pas de travail en tant qu’expert informatique au Soudan. Mais je ne me suis jamais senti le bienvenu en Arabie saoudite, notamment à cause de ma couleur de peau. Alors j’ai décidé de rentrer au Soudan.

En 2006, j’ai commencé à travailler pour MSF comme traducteur, principalement dans les cliniques mobiles. Il y a de nombreux médecins et personnels compétents dans l’organisation, j’en ai rencontré un certain nombre. J’ai de bons souvenirs de cette période. Je gagnais ma vie et j’aimais mon travail.

Au bout de quelques mois, MSF nous a toutefois remerciés parce que cela devenait trop dangereux. À partir de là, j’ai essayé de gagner ma vie au Soudan en jonglant entre plusieurs jobs, mais c’était difficile.

En tant qu’Érythréen né au Soudan, et parce que j’ai pas mal bougé pour travailler, je me sens un peu de nulle part et de partout – je suis très mobile. C’est pourquoi j’ai décidé de rejoindre l’Europe. Je suis marié et j’ai cinq enfants qui voyagent avec moi.

Avant de monter sur ce bateau en partance pour l’Europe, nous avons passé trois mois en Libye. C’est un endroit atroce, très dangereux, et les gens ne sont plus humains là-bas. Dès que nous avons franchi la frontière, ils nous ont emmenés ma famille et moi dans une maison avec de nombreuses autres personnes et nous ont enfermés. Nous n’avions pas le droit de sortir. Tout ce qu’ils nous ont donné, c’est des pâtes et de l’eau.

Les gens qui nous séquestraient étaient toujours drogués et nous battaient tout le temps. Comme nous n’avions pas beaucoup d’argent, je me suis vendu à eux pour aller sur le bateau avec ma famille. J’ai travaillé comme esclave. Et ils n’ont pas arrêté de me battre. Il n’y avait aucun respect, aucune humanité.

Un jour, ils nous ont emmenés avec 400 autres dans un entrepôt. Il faisait nuit quand ils nous ont poussés dans un bateau. J’ai été placé dans la soute et ma famille sur le pont. Le trajet a été très difficile car nous étions très nombreux dans un espace très réduit. Il faisait vraiment très chaud. Beaucoup de gens avaient la sensation de ne plus pouvoir respirer. Au bout d’un moment, le moteur a commencé à faire du bruit et j’ai pris peur.

Quand nous avons été sauvés par le bateau My Phoenix, cela faisait environ huit heures que nous étions en mer. Depuis le sauvetage, une partie de ma famille est sur un autre bateau. J’espère que nous allons nous retrouver quand nous serons en Italie. Après cela, j’aimerais passer en Suisse. »

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Consultez notre dossier consacré à nos opérations de recherche et de sauvetage de migrants en Méditerranée

 

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