Histoire de migrants : « J’ai été battue à mains nues, avec des bâtons, des armes »

Agnes maman érythréenne recueillie par le My Phoenix en juin 2015.
Agnes, maman érythréenne recueillie par le My Phoenix en juin 2015. ©Gabriele François Casini/MSF

Agnes, 30 ans, et son mari, ont fui l’Érythrée dans l’espoir de rejoindre l’Europe. Incapables de réunir assez d’argent pour leurs deux passages, son mari a dû rester au Soudan et Agnes et leur fille de deux ans ont continué seules.

« J’ai quitté l’Érythrée il y a quatre ans avec mon mari. Il était militaire mais ne pouvait subvenir à nos besoins. S’il quittait l’armée, il allait en prison. Beaucoup de gens vont en prison sans raison en Érythrée.

Quand nous sommes partis, nous sommes allés au Soudan. Nous avons passé trois ans d’un endroit à un autre, en cherchant du travail et en essayant de gagner suffisamment d’argent pour rejoindre l’Europe. Finalement, nous avons gagné un peu d’argent, mais cela ne suffisait pas pour nous tous alors je suis partie avec ma fille. Mon mari n’a pas pu nous accompagner.

Traverser le désert entre le Soudan et le Libye a été une épreuve très difficile. Sept jours, sans s’arrêter, dans une voiture bondée.

Après avoir franchi la frontière, nous sommes passés de ville en ville jusqu’à Tripoli. Nous avons voyagé dans des containers, comme des animaux ou des marchandises. Il faisait très sombre, très chaud. Beaucoup se sont évanouis à cause de la chaleur, certains sont même morts.

La Libye est un endroit terrible. Il y a beaucoup de gens armés, certains viennent de Daesh [État islamique]. Ils tuent beaucoup de gens et pratiquent de nombreux enlèvements.

Quand nous sommes arrivés à Tripoli, ils nous ont placés dans une maison avec 600 à 700 personnes et nous ont enfermés. Nous n’avions pas d’eau pour nous laver, très peu de nourriture et nous avons dû dormir les uns sur les autres. C’était très dur pour ma fille – elle est tombée malade à de nombreuses reprises.

Il y avait beaucoup de violence. J’ai été frappée à mains nues, avec des bâtons, des armes. Si vous bougez, ils vous battent. Si vous parlez, ils vous battent. Nous avons passé deux mois comme ça, à être battus chaque jour.

Ils nous ont demandé de payer pour rejoindre l’Europe, alors j’ai payé 1 700 dollars pour moi et ma fille. Nous avons eu de la chance parce que les femmes et les enfants ont été placés sur le pont. Les gens dans la soute étaient plongés dans le noir et il faisait vraiment très chaud. J’en entendais certains dire qu’ils n’arrivaient pas à respirer.

Je savais que le voyage serait très difficile et dangereux, surtout pour ma fille. Mais quelle alternative avions-nous ? On ne pouvait pas survivre en Érythrée ou au Soudan. Notre gouvernement ne laisse pas les gens partir. Avec nos papiers en Érythrée, nous n’avions pas d’autre moyen de rejoindre l’Europe. »

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Consultez notre dossier consacré à nos opérations de recherche et de sauvetage de migrants en Méditerranée

 

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