Haïti : Peu de lits disponibles pour soigner les malades du choléra

CTC MSF à Port au Prince novembre 2014
CTC MSF à Port au Prince, novembre 2014 ©Haïti : Peu de lits disponibles pour soigner les malades du choléra

Depuis mi-octobre, plus de 2 000 personnes présentant les symptômes du choléra ont dû être hospitalisées en urgence à Port-au-Prince (Haïti). Alors que - faute d’accès à l’eau potable et aux latrines - la majorité de la population haïtienne reste exposée au choléra, la capacité de prise en charge des malades reste insuffisante. MSF a renforcé en urgence son intervention.

Quatre années après l’apparition du choléra, le système de santé haïtien fait toujours face à des pénuries de financements, de ressources humaines et de médicaments.  Cela témoigne du manque de préparation des autorités face à des épidémies qui sont pourtant aujourd’hui connues et prévisibles. « Malgré le Plan National d’Elimination du Choléra, les patients arrivent chez nous dans un état critique faute de dispositif de prise en charge en urgence », déplore Oliver Schulz, chef de mission MSF en Haïti.

Ce sont près d’une centaine de malades qui affluent chaque jour dans le centre d’urgence de Martissant à Port-au-Prince, capitale haïtienne. « Nous avons essayé de référer les patients vers d’autres centres de traitement du choléra mais très vite nous avons constaté qu’il n’y avait pas assez de lits disponibles », s’inquiète Olivia Gayraud, coordinatrice médicale MSF en Haïti. « Le centre de Martissant s’est rapidement trouvé dépassé par le nombre de patients car les structures de santé nationales sont mal préparées pour réagir à des flambées de choléra pourtant prévisibles durant la saison des pluies ».

Les équipes MSF ont donc monté en urgence deux centres de traitement de choléra (CTC) dans les quartiers de Martissant et de Delmas 33. Des structures du Ministère de la Santé Publique et de la Population (MSPP) ont été ouvertes, mais - faute de financement - elles se sont très vite trouvées dans l’incapacité de fonctionner. MSF a alors soutenu certains de ces centres soignant près de 2 000 patients depuis le 10 octobre dernier.

Beaucoup de malades viennent de quartiers où l’accès à l’eau potable et aux toilettes est déplorable. « Les bidonvilles sont un environnement propice au développement du vibrion du choléra et à l’infection de la population », explique Olivia Gayraud.
Une fois les personnes infectées via l’eau et/ou la nourriture, la propagation de la maladie est amplifiée par de mauvaises pratiques d’hygiène, un manque de latrines et un réseau d’assainissement des eaux usées inefficace. C’est pourquoi, il est primordial d’améliorer les mesures d’hygiène et de sensibiliser la population pour pouvoir éliminer la maladie.

En Haïti, l’épidémie de choléra sévit particulièrement durant la saison des pluies. Au cours des dernières années, les populations ont graduellement perdu leur immunité face à cette maladie. Comparé à 2013, le nombre de cas pris en charge par MSF a plus que doublé pour la même période.

Le manque d’infrastructures sanitaires et de mesures d’assainissement de l’eau fait craindre une aggravation de l'épidémie. « L’éradication du choléra ne pourra être envisagée sans des mesures drastiques pour prévenir et soigner la maladie. Il est nécessaire de garantir que le niveau de chloration de l’eau distribuée dans les quartiers soit suffisant pour éviter la propagation de la maladie », explique Oliver Schulz. « Les autorités haïtiennes - en collaboration avec les partenaires internationaux - doivent activer une réponse d'urgence et intégrer rapidement une prise en charge des cas de choléra dans les structures de santé ».  

Dès les premiers cas de choléra signalés, fin octobre 2010, MSF a déployé des équipes médicales d’urgence sur l’ensemble du territoire haïtien. Sur les 711 558  cas recensés par le MSPP à la date du 28 octobre 2014, plus de 204 000 patients ont ainsi été traités par MSF avec un taux de mortalité inférieur à 1%. Dès 2011, MSF a progressivement rétrocédé aux autorités sanitaires haïtiennes la responsabilité des centres de traitement situés hors de la zone affectée par le séisme du 12 janvier 2010, après formation de leur personnel et des donations de matériel.

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