Grèce : aucun cas de coronavirus dans les camps, des restrictions de mouvements injustifiées

Yasin, 9 year-old boy in Moria
Yasin a 9 ans, il vient d'Afghanistan et vit dans le camp de Moria, en Grèce. Il souffre de cauchemars et a constamment peur que quelque chose lui arrive dans le camp. Son père Mohtar l'emmène une fois par semaine à la clinique MSF spécialisée en santé mentale. © Enri CANAJ/Magnum Photos for MSF

Il n’y a aucun cas de coronavirus déclaré dans les camps des îles grecques, où s’entassent actuellement plus de 30 000 demandeurs d’asile et migrants. Pourtant, les restrictions de mouvements mises en place en mars 2020 par le gouvernement grec sont toujours en vigueur, obligeant les personnes qui y vivent à rester enfermées dans des conditions déplorables. Une mesure injustifiée selon Médecins Sans Frontières, qui la dénonce.

Les restrictions de mouvement imposées dans les camps pour demandeurs d’asile et migrants comme ceux de Moria et Vathy, sur les îles grecques, se sont révélées délétères pour les milliers de personnes qui y sont enfermées.

« Les tensions ont augmenté de façon spectaculaire et il y a beaucoup plus de violence depuis la mise en place des restrictions, même les enfants n’y échappent pas, explique Mohtar, père de l’un des petits patients de la clinique MSF spécialisée en santé mentale pour les enfants. Avant, je pouvais au moins emmener mon fils pour une promenade ou pour se baigner dans la mer, dans un endroit calme en dehors de Moria. Aujourd’hui, nous sommes pris au piège. »

Si la vie revient à la normale pour la population locale et les touristes dans le reste du pays, les mesures discriminatoires du gouvernement grec à l’encontre de la population migrante sont prolongées toutes les deux semaines. Elles sont injustifiées d’un point de vue de santé publique et contribuent à stigmatiser ces personnes. 

Avant le début de la pandémie de Covid-19, les conditions de vie dans les camps étaient déjà inhumaines, avec un accès très limité aux soins de santé. 55% des 30 000 demandeurs d’asile et migrants qui sont actuellement enfermés sont des femmes et des enfants, obligés de vivre dans des camps insalubres et surpeuplés.

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Une famille récemment arrivée depuis l'Afghanistan s'est installée dans l'extension informelle du camp dénommée l'Oliveraie. Camp de Moria sur l'île de Lesbos. Grèce. 2018. © Robin Hammond/Witness Change

« Les restrictions de mouvement dans le camp ont considérablement affecté la santé mentale de mes patients, explique Greg Kavarnos, psychologue à la clinique MSF de Lesbos. Leur accès aux soins de santé, aux services sociaux et aux activités qui leur donnaient de l’espoir ou un certain degré d’indépendance est encore plus limité. Avant, les gens pouvaient par exemple acheter la nourriture qu'ils préféraient manger, se promener à l'extérieur du camp et socialiser dans la ville. Maintenant, même l'accès à ces choses simples est devenu impossible à cause des restrictions », raconte le psychologue. 

Les personnes vivant dans les camps grecs doivent être évacuées rapidement vers des logements sûrs, en particulier celles qui sont plus vulnérables au virus. Les conditions de vie y étaient déplorables avant les mesures arbitraires du gouvernement grec, elles se sont encore détériorées avec plus de violences et de misère. 

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Camp de Moria sur l'île de Lesbos. Grèce. 2018. © Robin Hammond/Witness Change

« 6 000 enfants sont piégés à Moria, explique Marco Sandrone, coordinateur de projet MSF à Lesbos. Nous voyons des enfants terrifiés qui refusent de quitter la clinique MSF car ils ne veulent pas retourner vivre dans le camp. Rien n’est fait pour la vie humaine : pas de douche, pas de toilettes, pas de loisirs, pas d’école, pas assez de soins médicaux. Chaque journée qui passe à Moria détruit l’espoir et la vie de ces gens. »

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