Gaza - « La trêve n’a pas duré »

Bloc opératoire de l'hôpital Al Shifa  Gaza
Bloc opératoire de l'hôpital Al Shifa - Gaza ©Nicolas Palarus / MSF

Michèle Beck, référente médicale pour Médecins Sans Frontières (MSF), est à Gaza ville, dans les Territoires palestiniens. Elle raconte ce que les équipes MSF ont pu faire - ou ne pas faire - ces derniers jours.

Une trêve de 72 heures a commencé ce matin, mais elle n’a pas duré longtemps.

Nous voulions profiter de la trêve pour aller jusqu’à l’hôpital Nasser de Khan Younis qui est plus au sud dans la bande de Gaza. On devait voir s’ils avaient besoin d’un soutien supplémentaire, de matériel médical ou de ressources humaines. Mais on n’a pas pu y aller. Nous avons dû faire demi-tour vers 12h00 à cause des combats et bombardements qui recommençaient. La trêve aurait pu permettre à la population de souffler, de se ravitailler et d’enterrer ses morts. Nous, nous aurions pu nous déplacer. Mais il n’y a pas eu de trêve digne de ce nom, ni de cessez-le-feu comme on l’avait espéré. Des employés MSF qui vivent du côté de Rafah et étaient bloqués chez eux, nous ont appelés et nous ont décrit des scènes de chaos, avec beaucoup de morts et de blessés dans les rues.

Les bombardements continuent, ils réduisent énormément nos mouvements et notre capacité à travailler dans la bande de Gaza. Nous faisons ce que nous pouvons. Cependant, une trêve de plusieurs jours reste absolument indispensable pour permettre l’acheminement des opérations de secours et faciliter l’accès aux structures de santé et aux biens de première nécessité pour la population. Je ne sais pas comment on va tenir des jours et des jours à ce rythme. Et la population est épuisée.

A Gaza ville, nous concentrons nos efforts sur l’hôpital d’Al Shifa. 

Les vagues de blessés se succèdent à l’hôpital Al Shifa, en fonction de l’intensité des bombardements. Les gens souffrent souvent de multiples traumatismes, de blessures dues à des explosions ou des éclats, des brûlures... MSF a sept expatriés - médecins, anesthésistes, infirmières et chirurgiens - qui travaillent à l’hôpital Al Shifa au côté du personnel palestinien. Ils interviennent au service des urgences, dans les salles d’opération et le service des brûlés. Mais le personnel palestinien du ministère de la Santé a l’habitude de prendre en charge des afflux de blessés et de pratiquer une chirurgie de guerre. Ils font un travail remarquable.

Les afflux sont parfois tellement importants qu’il est difficile de savoir le nombre exact de blessés. Mais nous voyons beaucoup de femmes et d’enfants. Dans la nuit du 29 juillet, nos équipes ont réalisé 27 interventions chirurgicales dont 15 sur des enfants de moins de 12 ans. Pour faire face à un très gros afflux de blessés la nuit du 30 juillet, les équipes de l’hôpital ont dû opérer toute la nuit, les blocs opératoires étaient occupés en permanence. Parfois il y avait deux opérations en même temps dans un bloc. Au total, 50 opérations ont été effectuées durant la nuit.

Ailleurs, la plupart des centres de santé sont fermés à cause du conflit et les hôpitaux sont débordés.

Les hôpitaux de Kamal Edwan à Beit Lahia et Nasser à Khan Younis ont reçu plusieurs centaines de blessés dans la nuit du 28 au 29 juillet. MSF a donné du matériel médical pour venir en aide à ces deux hôpitaux qui sont débordés.

A Gaza ville, nous avons une clinique de soins post-opératoires mais elle fonctionne au ralenti. La plupart de nos patients n’osent plus venir jusque-là à cause du danger permanent. On ne reçoit qu’une vingtaine de patients par jour.

Dossier Urgence Gaza

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