Fuir les bombardements en Syrie, le directeur d’un centre de santé témoigne

Deir Hassan Camp
De jeunes enfants dans le camp de déplacés de Deir Hassan, dans le nord-ouest de la Syrie. Février 2020. © Abdul Majeed Al Qareh

Moustafa Ajaj dirigeait un centre de santé soutenu par MSF, à Takad, dans le nord-ouest de la Syrie. Comme des dizaines de milliers de personnes, il a été obligé de fuir l'offensive des forces armées syriennes et de leurs alliés russes dans la région d'Idlib. Il est désormais installé dans le camp surpeuplé de Deir Hassan, où il peut continuer d'offrir des soins à une population traumatisée par les bombardements. Témoignage. 

Il n'y a plus de civils à Takad maintenant – il n'y a que des combattants. Le régime a pris Basratoun, à seulement 10 km à l'ouest, et Takad se trouve maintenant sur la ligne de front.

Auparavant, il y avait environ 20 000 personnes dans la ville – 12 000 habitants et 8 000 personnes déplacées. Mais dès le 14 février, les gens ont commencé à fuir Takad et, trois jours plus tard, il n'y avait plus aucune famille dans la ville.

Offrir des soins à tout prix

« Ces personnes ont fui leur maison pour se réfugier dans les camps. Ici, les déplacés ne trouvent pas de maison où s’abriter, alors ils s’installent sur les collines.

Il n’y avait pas de centre de santé à Deir Hassan. On a trouvé un bâtiment vide. On s’y est installé et on a apporté notre équipement médical de Takad. 

On a commencé à donner des soins tout de suite. Il y a énormément de monde. »

Avec tous les autres, nous avons fui les bombardements et nous sommes allés vers Deir Hassan – car pour le moment, c'est une zone relativement sûre. Il y a eu un énorme rassemblement de personnes déplacées, qui se sont installées sous des tentes dans la région. Deir Hassan compte plus de 120 000 personnes déplacées, mais pas un seul centre de santé. C’est pourquoi nous avons choisi cet endroit.

Un jeune enfant, accompagné par sa mère, se fait ausculter dans le centre de santé du camp de Deir Hassan. 
 © Abdul Majeed Al Qareh
Un jeune enfant, accompagné par sa mère, se fait ausculter dans le centre de santé du camp de Deir Hassan.  © Abdul Majeed Al Qareh

Ce premier jour, nous n'avons déménagé que l'essentiel de ce que nous pouvions transporter, car il y avait de gros bombardements et nous ne pouvions pas tout prendre.

Nous avons pris l'équipement de laboratoire, l'échographe et l'équipement de surveillance cardiaque. Au départ, nous avons tout laissé à Termanine, qui est une zone sûre près de Takad, puis nous avons tout transféré à Deir Hassan lorsque les choses se sont un peu calmées, car le régime attaque maintenant le sud et l'est de la province d'Idlib. Au cours des trois ou quatre derniers jours, nous avons réussi à tout déménager, avec l’aide de MSF. Aujourd'hui, nous avons un grand nombre de patients alors que le centre de santé n'est pas encore très connu. Je ne peux pas imaginer ce que cela sera quand on sera vraiment connu.

Dans la salle d'attente du centre de santé du camp de Deir Hassan.
 © Abdul Majeed Al Qareh
Dans la salle d'attente du centre de santé du camp de Deir Hassan. © Abdul Majeed Al Qareh

L'équipe est composée d'un médecin, d'un pédiatre et d'une gynécologue. En seulement quatre heures, nous avons reçu 60 à 65 enfants et à 11 heures du matin, nous avons dû cesser de recevoir des patients car nous ne pouvions plus en prendre en charge. Nous sommes débordés.

Parmi les enfants, nous voyons de nombreux cas de bronchite – à cause des conditions météorologiques et des conditions de vie dans le camp – et aussi d’otite.

Un enfant et sa grand-mère dans le camp de Deir Hassan.
 © Abdul Majeed Al Qareh
Un enfant et sa grand-mère dans le camp de Deir Hassan. © Abdul Majeed Al Qareh

Chez les adultes, nous voyons des cas de colite, de gastrite et de pharyngite. Nous constatons des infections des voies respiratoires supérieures chez les enfants comme chez les adultes.

Je vis maintenant à Al-Dana, où j'ai déménagé avec ma famille – c'est la cinquième fois que nous avons dû fuir. Mes enfants ne sont pas allés à l'école depuis un mois, depuis le début des combats. La plupart des enfants des camps ne sont pas scolarisés.

Des personnes continuent d’arriver dans le secteur, mais elles ne viennent pas dans le camp de Deir Hassan, car il est plein. Elles installent leurs tentes à 2 ou 3 km de là. Les gens sont tributaires de l’aide, mais il n’y en a pas assez pour tout le monde. 

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