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« Fatigué de fuir » : le témoignage du directeur d'un centre de santé à Idlib en Syrie

Despair and displacement in wintery northwest Syria
Camp de déplacés dans la région de Jebel Harem, dans le nord-ouest de la Syrie. Le camp accueille environ 120 familles, dont environ 50 nouvellement déplacées, qui ont fui en raison de la récente offensive militaire dans la province d'Idlib. © MSF

L’offensive pour reprendre la province d'Idlib, dernier grand bastion rebelle, s'intensifie. Ceux qui fuient les combats ont déjà été déplacés à plusieurs reprises au cours des dernières années. La ville de Takad, située à l’ouest d’Alep, est restée épargnée par les combats. Moustafa Ajaj y dirige un centre de santé, soutenu par MSF. Témoignage. 

Des régions de la province d'Idlib jugées relativement sûres ces dernières années sont désormais des zones à fuir. La population de Takad et des environs est passée d’environ 20 000 à 30 000 personnes ces dernières semaines, selon Moustafa Ajaj, qui y vit avec sa femme et leurs trois enfants depuis plus de trois ans. 

Lorsque les bombardements se sont rapprochés, les gens ont commencé à fuir Takad et Moustafa Ajaj craint aujourd'hui que sa famille et lui ne soient les prochains à partir. « Chaque jour, nous constatons de nouvelles arrivées, explique-t-il. Mais les gens commencent aussi à fuir Takad à cause des frappes aériennes ciblant les zones voisines... Les gens ont peur et ils s’en vont. »

« Fatigué de fuir » : le témoignage d’un médecin syrien dans la province d’Idlib
Une famille fuit les combats en camion dans la province d'Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie.  © MSF

L'homme de 42 ans raconte que les bombardements autour de Takad ont commencé la semaine dernière, ciblant les villes d'Atarib, Al-Fouk, Kafr Amma, Urem, Kafr Halab et d'autres. « Depuis que le régime a pris le contrôle de Kafr Halab, les gens ont peur qu'il continue à avancer et se rapprocher. » Les rues de Takad et les collines environnantes sont recouvertes de tentes, car il n’y a tout simplement « pas assez d’espace » pour accueillir tous les déplacés dans les maisons.

« La plupart des gens ne trouvent pas d’abris dans les villes où ils cherchent refuge, ils sont donc obligés de planter des tentes et de dormir dehors », décrit-il, en ajoutant que le nombre de tentes augmente lorsqu'on se rapproche de la frontière turque.

Moustafa Ajaj, déplacé trois fois par les combats

« C'est très triste. Cette semaine, on a vu la pire vague de déplacements, en raison des températures glaciales. Les gens partent avec leurs vêtements sur le dos et c’est tout. Aujourd'hui, nous avons eu de la neige et il faisait de -5° ce matin. »

« Ces gens ont peur. Qui partirait sous la neige et sous la pluie à moins d'avoir tout perdu ? »

Les zones sous contrôle rebelle dans le sud du gouvernorat d'Idlib sont bombardées les unes après les autres dans le cadre de l'intense offensive militaire menée par les forces armées syriennes et leurs alliés russes. 

« Les bombardements visent maintenant le sud de Takad… Ici on est en sécurité, donc les personnes qui fuient les combats viennent vers nous. Si nous sommes bombardés, Dieu nous en préserve, les gens partiront d'ici aussi », observe Moustafa Ajaj.

« Hier, nous avons rencontré une famille qui a déclaré avoir été déplacée à sept reprises. D'Alep à Idlib d'abord, puis d'un village à l'autre, en quête de sécurité. »

Craignant le pire, cette famille a également fui Takad. « Ils étaient terrorisés... Ils ont dit qu'ils étaient fatigués de fuir et qu'ils ne voulaient pas rester à Takad pour s’en aller à nouveau si le régime poursuivait son avancée. »

Un enfant retourne dans sa tente, portant des couvertures qu'il a reçues lors d'une distribution MSF. Le camp où lui et sa famille se sont installés, dans la région de Jebel Harem, accueille environ 120 familles. 
 © MSF
Un enfant retourne dans sa tente, portant des couvertures qu'il a reçues lors d'une distribution MSF. Le camp où lui et sa famille se sont installés, dans la région de Jebel Harem, accueille environ 120 familles.  © MSF

« Le nombre de personnes déplacées est tout simplement hallucinant. Hier, je suis allé à Atmeh [à 35 kilomètres de Takad] pour apporter des médicaments provenant de l'entrepôt. Il m'a fallu cinq heures pour y arriver et cinq autres pour rentrer », détaille-t-il. Généralement, ce trajet ne prend qu'une heure. 

À Takad, beaucoup de patients du centre de soins de santé primaire, soutenu par MSF, souffrent d'infections des voies respiratoires supérieures en raison des températures hivernales, tandis que d'autres viennent pour des infections gastro-intestinales. La plupart des patients qui cherchent de l'aide ont besoin d'un soutien psychologique.

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« Jusqu'à présent, je n'ai pas pensé à quitter Takad. Je suis ici pour aider ces gens forts qui ont décidé de rester. »

« Nous sommes habitués à cela maintenant. J'ai 5 enfants : 3 garçons et 2 filles. Ils ne m'ont pas demandé de fuir. Ils veulent rester. Ils sont plus résilients que moi. »

Dans un contexte de détérioration de la sécurité, Moustafa a dû garder ses enfants à la maison. « Bien sûr, ils vont à l’école, mais cela fait quelques jours que les écoles ont fermé leurs portes par crainte d'être ciblées. » Ces dernières années, des écoles ont été visées par des raids aériens à plusieurs reprises durant la guerre.

Quelques heures après son premier témoignage, la femme de Moustafa et ses enfants ont dû quitter Takad pour rejoindre la maison de ses parents, non loin de là.

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« Les bombardements ont commencé jeudi soir [13 février]. Les seules personnes qui sont restées à Takad sont celles qui n'avaient pas de véhicule pour quitter la ville ou qui dépendent des transports en commun pour se déplacer. »

« Nous déménageons notre stock médical dans une ville voisine. Je suis toujours à la recherche d'un endroit sûr où reprendre nos activités. Nous avons laissé des médicaments de base pour les habitants de Takad et des environs. C’est tellement difficile maintenant. »

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