France : MSF dénonce les failles dans la prise en charge des mineurs non accompagnés
Arrivés seuls en France après un parcours migratoire souvent éprouvant, les mineurs non accompagnés (MNA) doivent être protégés par l’État. Pourtant, leur accès à cette protection dépend d'abord de la reconnaissance de leur minorité. En attendant, parfois pendant plus d’une année, certains se retrouvent à la rue, sans hébergement ni accompagnement adapté. Dans une interview diffusée sur notre chaîne YouTube MSF Frontlines, nos équipes reviennent sur les défaillances de leur prise en charge et sur notre action auprès de ces jeunes.
« Comme tout jeune, quand on arrive en Europe, on se dit que le plus dur est fait. Traverser le Sahara, la Méditerranée, il n’y a pas pire que ça. Mais une fois arrivé ici, on voit qu’il y a encore une autre étape difficile à franchir. » Souleymane, 17 ans, originaire de Côte d’Ivoire, est arrivé en France en 2025. Son parcours est celui de nombreux mineurs non accompagnés (MNA). Après avoir affronté les dangers de l’exil et de la traversée, certains découvrent en arrivant en France une nouvelle épreuve : faire reconnaître leur minorité et leur droit à être protégés.
Découvrez notre Talk "Mineurs non accompagnés, ce que la France fait (et ne fait pas)" sur notre chaîne MSF Frontlines
La France régulièrement condamnée pour ses procédures d’accueil et d’évaluation des mineurs non accompagnés
Les MNA sont des personnes de moins de 18 ans arrivées en France sans leurs représentants légaux, fuyant leur vie difficile dans leur pays d’origine. Beaucoup étaient dans une situation familiale compliquée avant de prendre la route, ou ont dû fuir des violences et des conflits armés. Majoritairement originaires d’Afrique subsaharienne, ces jeunes sont particulièrement vulnérables en raison de leur âge et de leur isolement.
Leur reconnaissance en tant que mineurs conditionne leur accès à la protection de l'enfance. Ils peuvent alors bénéficier d'un accompagnement par les services départementaux, notamment pour leur hébergement, leur scolarisation et leurs soins. À l’inverse, lorsque leur minorité n’est pas reconnue, ils sont privés de cet accompagnement spécifique.
Les défaillances des procédures d’accueil et d’évaluation de la minorité
À leur arrivée, les jeunes doivent se présenter auprès du conseil départemental afin que leur minorité et leur isolement soient évalués. Dans l'attente de cette évaluation, ils doivent bénéficier d'une mise à l'abri d'urgence. Pourtant, MSF constate que cette obligation n'est pas toujours respectée, et les conditions d'accueil varient fortement d'un département à l'autre.
Les méthodes utilisées pour déterminer leur âge sont également régulièrement critiquées. Les conditions des entretiens ne sont pas toujours adaptées et certains jeunes peuvent être soumis à des tests osseux. Or, ces examens ne permettent d'établir qu'une fourchette d'âge, parfois large. « Si les mineurs refusent ce type de test, ce refus peut être pris en compte en leur défaveur dans l'évaluation de leur minorité », explique Clémence Beaubier, juriste de la mission France de MSF.
Le 19 janvier 2026, le Comité des droits de l’enfant des Nations unies a condamné une troisième fois la France pour ses pratiques envers les MNA. Il a notamment dénoncé les évaluations sommaires fondées sur l’apparence physique, le rejet de documents d’état civil et le recours aux tests osseux. Pour Clémence Beaubier, le constat est clair : « L'État viole ses obligations. Ces mineurs doivent être protégés. »
À la rue, des mineurs livrés à eux-mêmes
Lorsque leur minorité n’est pas reconnue, les adolescents peuvent contester cette décision devant un juge des enfants. Ils deviennent alors des jeunes « en recours ». Mais cette procédure peut durer plus d’un an. Dans l’attente d’une décision, ils restent généralement sans hébergement ni accompagnement auxquels ils pourraient prétendre en tant que mineurs.
À Paris, une enquête inter-associative menée en 2023 auprès de jeunes « en recours révèle l’ampleur de leurs difficultés : 92 % souffrent de faim sévère ou modérée et 90 % dorment dans la rue depuis plus de trois mois.
Des traumatismes qui se prolongent en France
Ces conditions de vie fragilisent aussi leur santé mentale. Comme l'explique Clémence Beaubier, ces jeunes arrivent souvent après des parcours marqués par les violences et les traumatismes : « Il y a le départ du pays, les raisons qui les ont poussés à le quitter, souvent traumatiques. Ensuite, il y a la traversée, pendant laquelle ces mineurs sont exposés à tous les dangers et à tous les types de violences. Et enfin il y a cette arrivée en France qui est extrêmement difficile, parce qu’on va renier leur identité et leur âge », explique-t-elle.
Comment MSF accompagne les jeunes et interpelle les pouvoirs publics
MSF propose un accompagnement pluridisciplinaire aux MNA en région parisienne :
- Au centre d’accueil et de jour à Pantin destiné aux jeunes filles, nos équipes proposent un soutien médical, psychologique, social et juridique.
- Pour assurer la continuité des soins lors du transfert des jeunes filles vers les nouveaux hébergements de la Ville de Paris, MSF épaule les structures d'accueil et renforce les compétences des équipes sociales.
- Auprès des garçons, nous menons des ateliers socio-éducatifs de prévention et de sensibilisation à la santé mentale, ou encore aux violences sexuelles.
En parallèle, MSF poursuit ses actions de plaidoyer pour améliorer l'accès aux soins et la protection des MNA. Aux côtés notamment de Médecins du Monde, l’UNICEF, la Cimade, du Comede et d’Utopia 56, MSF interpelle en effet les pouvoirs publics pour garantir le respect du principe de présomption de minorité tout au long de la procédure d’évaluation et de recours. Ce principe implique que le doute bénéficie au jeune se déclarant mineur et qu’il puisse accéder à l’ensemble des droits et des mesures de protection dans l’attente d’une décision judiciaire définitive.
Une proposition de loi portée par des députés en ce sens a été adoptée par l'Assemblée nationale, mais reste en attente d'examen au Sénat.
L'action de MSF auprès des personnes exilées
En France et le long des routes migratoires, Médecins Sans Frontières (MSF) apporte une assistance médicale, psychologique et humanitaire d'urgence aux personnes exilées. En région parisienne et aux zones frontalières, nos équipes proposent des soins gratuits, un soutien en santé mentale et un accompagnement social ciblé sur les publics les plus vulnérables, notamment les femmes et les mineurs non accompagnés. En parallèle, MSF milite activement pour dénoncer le manque de protection institutionnelle et les défaillances des dispositifs d'accueil publics.