Accord migratoire « One in, one out » : des conséquences désastreuses pour les personnes exilées, alerte MSF

Une membre du personnel de MSF porte assistance aux survivants de naufrages ou de tentatives infructueuses de traversée de la Manche pour rejoindre l'Angleterre.
Une membre du personnel de MSF porte assistance aux survivants de naufrages ou de tentatives infructueuses de traversée de la Manche pour rejoindre l'Angleterre. © Mohammad Ghannam/MSF

Alors que l’accord franco-britannique « One in, one out » arrive à échéance le 1er octobre 2026, Médecins Sans Frontières (MSF) déplore ses conséquences particulièrement néfastes pour des centaines de personnes exilées. Un tel accord ne doit pas être reproduit avec la France, ni servir de base à un accord européen plus large.

Expulsions massives et précarisation des conditions d’accueil en France

Depuis août 2025, plus de 1 400 personnes - parmi lesquelles des victimes de torture, de traite d'êtres humains et des personnes souffrant de troubles mentaux graves - ont été placées en détention puis expulsées de force du Royaume-Uni vers la France, où les conditions d'accueil demeurent extrêmement précaires.

Entre janvier et septembre 2026, MSF a effectué des visites hebdomadaires dans des centres d’hébergement à Paris afin de proposer une prise en charge psychologique aux personnes renvoyées en France depuis le Royaume-Uni. Dans ce cadre, les équipes médicales ont accompagné plus de 60 patients, principalement originaires du Soudan, d’Afghanistan, du Yémen, de Palestine, de Somalie, d’Érythrée, d’Éthiopie et d’Inde.

Détresse psychologique grave et violences physiques chez les personnes renvoyées

Les constats de MSF sont particulièrement préoccupants. Chez les personnes renvoyées en France, les psychologues observent une détresse psychologique aiguë : symptômes de stress post-traumatique, flashbacks, anxiété sévère, cauchemars, réveil nocturne, repli sur soi et désorientation. Plusieurs patients présentaient des comportements d’automutilation et des idées suicidaires.

De plus, l'équipe médicale a constaté des blessures physiques graves sur certains patients. Une de nos psychologues a notamment pris en charge un jeune homme d’une vingtaine d'années expulsé vers la France qui présentait les séquelles de multiples coups : œdème nasal, traumatisme crânien et traumatisme maxillo-facial.

Conditions de détention précaires et accès aux soins restreint au Royaume-Uni

Selon les témoignages concordants recueillis par MSF, les conditions de rétention dans les centres britanniques s'avèrent très précaires : privation de liberté entre 20 h et 8 h, confiscation systématique des téléphones portables et absence d’éclairage naturel ou artificiel dans les cellules collectives.

« L’accord “One in, one out” a ajouté un degré supplémentaire de traumatisme à des personnes dont les parcours d’exil étaient déjà marqués par la violence et la guerre. Il ne s’agit pas d’un dispositif isolé, mais du dernier en date d’une série d’accords dangereux conclus entre la France et le Royaume-Uni depuis plus de vingt ans. Des politiques fermement critiquées par une récente commission d’enquête parlementaire en France », affirme Camille Niel, cheffe de la mission France de MSF

Absence de prise en charge médicale et opacité lors des expulsions

De plus, selon plusieurs témoignages des personnes prises en charge par nos équipes, l’accès aux soins en santé mentale dans les centres de rétention britanniques était quasi inexistant, y compris pour les patients à haut risque de suicide.

En outre, certains patients de MSF ont déclaré avoir reçu des médicaments, pendant leur rétention, sans aucune information ni sur leur nature, ni sur leurs effets. D’autres patients ont raconté aux psychologues de MSF qu’au moment de leur expulsion vers la France, ils n’avaient reçu aucune information sur la destination et avaient été menottés pendant toute la durée du vol.

© Mohammad Ghannam/MSF
© Mohammad Ghannam/MSF

L'appel de MSF contre la réplication de l'accord à l'échelle européenne

« Alors que le Premier ministre britannique doit échanger avec les États membres de l’Union européenne dans les prochains mois, notre message est clair : un tel accord ne doit pas être répliqué à échelle européenne. Ce dispositif a engendré d’immenses souffrances sans pour autant empêcher de nouveaux naufrages dans la Manche. Des morts sont toujours à déplorer à la frontière franco-britannique », conclut Sophie McCann, conseillère plaidoyer et protection de MSF UK sur les déplacements forcés.

Les gouvernements des deux côtés de la Manche, et au sein de l’UE, doivent voir la réalité en face : il est temps de réviser en profondeur les politiques migratoires. La priorité doit être donnée à la protection et la prise en charge des personnes exilées, plutôt qu’à la violence et à l’exclusion.

L'accord migratoire "One in on out"

En juillet 2025, le Royaume-Uni et la France ont conclu un nouvel accord migratoire, communément appelé « One in, one out » : les personnes exilées traversant la Manche sur des embarcations de fortune sont arrêtées, détenues puis, pour certaines, renvoyées en France.

En contrepartie, le Royaume-Uni promet une voie légale d'admission sur son territoire. Mais ses critères sont tellement restrictifs qu'elle reste inaccessible au plus grand nombre. Les mineurs non accompagnés et les apatrides sont exclus de cet accord. Cependant, plusieurs rapports font état de plus d’une centaine de jeunes dont l’âge fait l’objet d’un litige et qui ont pourtant été placés en rétention au Royaume-Uni dans le cadre de l’accord, dont certains ont été renvoyés en France.

Cet accord a été dénoncé par de nombreuses associations, dont MSF, qui y voient un marchandage cynique de vies humaines.

Notes

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