France : le centre d’écoute et de soins à Paris

Depuis le 1er mars 2007 MSF a ouvert à Paris un Centre d'écoute et de soins médico psychologiques destiné aux personnes venues chercher asile et protection en France suite à des violences politiques ou un conflit. Après un an et demi d'activité Lau
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Depuis le 1er mars 2007, MSF a ouvert à Paris un Centre d'écoute et de soins médico-psychologiques destiné aux personnes venues chercher asile et protection en France suite à des violences politiques ou un conflit. Après un an et demi d'activité, Laura Brav, chef de mission revient sur l'histoire de ce programme.

Pourquoi avoir ouvert ce centre d'écoute et de soins ?
Jusqu'en 2005, nous avions à Paris un centre médico-social. Nous avons décidé de le fermer parce qu'il est aujourd'hui possible de se faire soigner à Paris, même pour des personnes sans couverture médicale, et même si c'est parfois compliqué. En revanche, nos équipes médicales avaient à ce moment-là d'énormes difficultés pour trouver des soins psychologiques pour les patients demandeurs d'asile, sans titre de séjour et non francophones. Nous avons donc décidé de mener une évaluation de l'offre de soins pour ces patients présentant une grande détresse psychologique. Lors de cette évaluation, nous avons effectivement constaté que seules quelques associations offraient ce type de soin et avec des délais d'attente très longs. Quant aux centres médico-psychologiques d'Etat, beaucoup d'obstacles empêchent cette population d'accéder à leurs services : le problème d'interprétarait, manque de paier , précarité seraient des entraves aux soins.

Quelles sont donc les caractéristiques des personnes que vous accueillez dans le centre ?
Les patients que nous prenons en charge sont, pour la plupart, sans titre de séjour et presque tous sont non francophones. Ils ont fui un pays en conflit, ont subi des violences directes ou indirectes comme la torture pour 30 % d'entre eux, des violences sexuelles pour un patient sur quatre, la perte d'un être cher ... Ils ont donc cherché refuge France, où ils espéraient être protégés et retrouver une vie stable. Nos patients cumulent une histoire pré-migratoire très douloureuse, un trajet d'exil éprouvant, souvent fait d'errances dans différents pays européens, et, au final, une situation sociale dégradée en France. Les troubles psychologiques dont ils souffrent sont sévères et diminuent souvent leur capacité à faire face à un quotidien déjà difficile.

"En raison de leur vécu, nos patients vivent dans une peur extrême car ils redoutent ce qui pourrait leur arriver s'ils étaient renvoyés chez eux ; et ceci les met en réel danger sur le plan psychologique."

Laura Brav, chef de mission.


Vous apportez également une offre de soin médical et un suivi social ?
Nous avons, en effet, choisi une approche pluridisciplinaire dans ce programme car les populations que nous soignons rencontrent d'autres problématiques que celles du soins : le logement, la santé, l'alimentation... Des médecins sont présents pour faire un bilan de leur état de santé, et les orienter vers d'autres structures médicales si nécessaires. Ensuite, certains des patients suivis pas les psychologues bénéficient d'un suivi médical associé à la psychothérapie. Une personne responsable du suivi social et juridique les oriente vers des associations pouvant répondre à leur besoin alimentaire, de logement, d'accès au droits... Cette approche globale est une vraie plus-value car elle tient compte du fait que les troubles psychologiques ne sont pas uniquement liés à une histoire migratoire violente mais également à la situation sociale vécue en France. Elle permet tout simplement la prise en charge de personnes qui n'ont aujourd'hui aucun lieu d'accueil ni aide spécifique. Leur profil se trouvent souvent confondus avec ceux d'autres migrants, qu'on appelle « sans papiers » ou « SDF ». Pourtant, en raison de leur vécu, nos patients vivent dans une peur extrême car ils redoutent ce qui pourraient leur arriver s'ils étaient renvoyés chez eux ; et ceci les met en réel danger sur le plan psychologique.


Après un an et demi d'activité, quels sont les principaux constats que vous faites ?
Les besoins en terme de soutien psychologique identifiés en 2006 se sont avérés exactes. Il y a bien une réelle carence de soins adaptés pour ces personnes ayant vécu des évènements traumatiques et recherchant protection et soutien. Nous constatons à travers nos activités qu'il est possible, quelle que soit la sévérité de leur état de santé et le degré de précarité, de les aider à faire face à un quotidien aussi difficile soit-il, à récupérer une autonomie, à stabiliser leur relation et interaction avec leur famille et environnement, à recouvrer des envies et des intérêts qui les aideront à faire des projets pour le futur.

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